LIVRE XIV, — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
enchaîné; ouvrez-lui, Seigneur, la porte de votre amour; que, pénétré du signe de votre sagesse, il soit garanti des miasmes infects des passions ; que, marchant à la douce odeur de vos commandements, il vous serve avec joie dans votre Église, et qu’il fasse de jour en jour des progrès nouveaux. »
Dans PEucologe grec, l'imposition de la main, qui ouvre la cérémonie, est accompagnée de ces paroles : « En ton nom, Seigneur, et « au nom de ton Fils unique et du Saint-Esprit, j'impose ma main « sur ton serviteur, qui a été jugé digne de recourir à ton saint nom « et d’être protégé et couvert par tes ailes. Éloigne de lui cet antique « égarement et remplis-le de la foi en toi, d'espérance et de charité, « afin qu’il connaisse que tu es seul Dieu véritable, et ton Fils unique « Notre-Seigneur Jésus-Christ, et ton Saint-Esprit. Accorde-lui de « marcher dans tous tes commandements et de garder ce qui te « complaît, car l'homme qui fait cela vivra en cela. Écris-le donc dans « ton livre de vie et compte-le dans le bercail de ton héritage. Glorifie « sur lui ton saint nom, celui-de ton Fils bien-aimé Notre-Seigneur « Jésus-Christ, et celui de ton Esprit vivificateur. Que tes yeux soient « dirigés vers lui dans une éternelle miséricorde; et tes oreilles, afin « que tu entendes la voix de ses supplications. Réjouis-le dans les « œuvres de ses mains et dans tout ce qui lui appartient pour qu'ilte « confesse, adorant et glorifiant ton nom grand etélevé, et qu'il te « loue éternellement tous les jours de sa vie, car toute puissance dans « les cieux te chante, et c’est là ta gloire, Ô Père, et celle de ton Fils « et de ton Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des « siècles. Amen. »
Dans l’Eucologe grec, comme dans le Rituel romain, l'imposition se fait avec une seule main, sans doute parce que Jésus, pour guérir les malades, se bornait souvent à les toucher d’une seule main qu'il étendait sur eux (1).
C’est aux Hébreux que l'Église a emprunté l'imposition des mains, en en conservant la plupart des significations. Chez le peuple de Dieu, elle conférait l'autorité, comme lorsque Moïse délégua une partie de ses pouvoirs à Josué; elle appelait la bénédiction du Ciel, comme lorsque le grand sacrificateur étendait les mains sur le peuple assemblé pour faire descendre sur lui la force et la bonté d’en haut; elle consacrait au Seigneur la victime des autels; c'était aussi le geste
(1) Matth., var, 3.
symbolique qu'on employait pour l'expulsion mystérieuse du bouc émissaire. Les Apôtres étendaient les mains tantôt pour communiquer une partie de leurs pouvoirs, tantôt pour opérer des guérisons miraculeuses (1). Ananias imposa les mains à saint Paul avant de le baptiser.
Ce rite devint bientôt le signe de l’admission au Catéchuménat. On consacrait ainsi au Seigneur le candidat au baptême, on appelait sur lui les bénédictions du Ciel, on en prenait possession au nom de l'Église, et on paralysait en son âme les efforts du démon. « Pour que le Gentil courbé sous le poids de ses péchés, dit saint Chrysologue (2), puisse s'élever vers le Ciel, il faut auparavant le délivrer du démon par l'imposition des mains qui le met en fuite. » Ces raisons symboliques ont complètement échappé à Claude de Vert qui prétend (3) que l'imposition des mains ne se fait que « pour spécifier le sujet, le déterminer, le fixer sensiblement et, si l’on peut parler ainsi, l'individualiser. »
Dans un Rituel éthiopien du x° siècle, l'imposition des mains est précédée de prières nombreuses pour les malades, pour les voyageurs, pour la paix, pour les évêques et le clergé, pour les catéchumènes, pour les défunts, etc. (4).
Chez les Sociniens ou Antitrinitaires, l'imposition des mains est une cérémonie qui n’accompagne point le baptême, mais qui le précède d’un bon nombre d'années, puisqu'elle se fait aux enfants nouveau-nés et que le baptême d'immersion ne se donne qu'aux adultes. Voici comment on procède à cette cérémonie : le pasteur se rend au domicile du nouveau-né, et, après le chant d’un psaume et de diverses prières, il impose les mains à l'enfant en le nommant par son nom. Ensuite il prie Dieu de rendre un jour cet enfant digne de recevoir le baptème : c’est une espèce de consécration à Dieu, qui a surtout pour but de prendre possession du nouveau-né au nom de l'Église, et un avertissement adressé aux parents de l’élever de manière à le rendre digne de bien recevoir plus tard le sacrement de la régénération (5).
L'imposition des mains est restée en usage dans les églises luthériennes.
(1) Marc, vi, 32; Act. vi, 6.5 1x, 123 xt, 3. (2) Serm, CV.
(3) Expl. des cérém. de 'Église, tu CR DD Aie (4) Patr. lat., t. CXXXVIII, col. 038.
(5) Wolkelius, De vera relig., |, V.