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LIVRE XIV, — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

Les Baptistes des six principes, répandus surtout dans les États de Massachussets et de Rode-Island, sont ainsi nommés parce qu'ils professent les six principes qui sont émis au chapitre vr de l’Épitre aux Hébreux : « C’est pourquoi quittant les principes primordiaux de la doctrine du Christ, passons à ce qu’il y a de plus parfait, sans nous arrêter à jeter de nouveau le fondement du repentir des œuvres mortes et de la foi en Dieu, de la doctrine des baptêmes, de l’imposition des mains, de la résurrection des morts et du jugement éternel. » C’est en raison de ce passage qu’ils considèrent l’imposition des mains après le baptême comme étant d’une nécessité absolue (1).

ARTICLE VII

HBénédiction et imposition du sel

Quand il n’y a point de sel exorcisé conservé d’un précédent baptême, le prêtre procède à la bénédiction d’un peu de sel, en prononçant cette prière : « Je t’exorcise, créature de sel, au nom de « Dieu, Père tout-puissant 54, et dans la charité de Notre-Seigneur « Jésus-Christ 5%, et dans la vertu de l'Esprit x Saint. Je t’exorcise « par Dieu vivant 5%, par Dieu vrai 4, par Dieu Saint 4, par Dieu x « qui t'a créé pour la conservation du genre humain et qui a ordonné « que tu fusses consacré par ses serviteurs pour le peuple qui vient à « la foi, afin qu’au nom de la Sainte Trinité, tu deviennes un sacre- « ment salutaire pour mettre en fuite l'ennemi. C’est pourquoi nous « te supplions, Seigneur, notre Dieu, afin que, sanctifiant, tu sanc- « tifies % cette créature de sel, et, bénissant, tu la bénisses 5%, afin « qu'elle soit un remède parfait à tous ceux qui la recevront, per- « manente dans leurs entrailles, au nom de Notre-Seigneur Jésus- « Christ, qui doit venir juger les vivants et les morts et le siècle par « le feu. Amen. »

Le prêtre introduit ensuite un peu de ce sel bénit dans la bouche de l'enfant, en disant : « N..., recevez le sel de la sagesse, qu’il soit pour

(1) Bertrand, Dict. des Relig., vo Baptistes.

vous une propitiation pour la vie éternelle. Amen. » Il ajoute ensuite cette oraison : « Dieu de nos Pères, Dieu créateur de l’universelle Vérité, nous vous prions humblement de jeter des regards propices sur votre serviteur N... que voici; maintenant qu’il a goûté cette première nourriture du sel, ne souffrez pas qu’il ait faim plus longtemps, comme s’il n’était pas rempli de nourriture céleste, et qu’ainsi il soit toujours fervent d'esprit, se réjouissant dans l'espérance, empressé de toujours servir votre nom. Amenez-le, Seigneur, nous vous en supplions, au bain de la nouvelle génération, afin qu'il mérite de partager un jour avec vos Élus les récompenses éternelles que vous avez promises. Par le Christ, Notre-Seigneur. Amen. »

C'était la coutume chez les Juifs de purifier l'enfant naissant avec du sel. Ézéchiel (xvr, 4.) fait dire à Dieu : « Lorsque vous êtes née, on ne vous a point coupé l’ombilic, on ne vous a point lavée dans l’eau pour votre salut, ni purifiée avec du sel. » Saint Jérôme remarque à ce sujet que les sages-femmes avaient coutume de frotter le corps des nouveaunés avec du sel,. pour faire resserrer la peau et la rendre plus ferme. Cette précaution, recommandée par Galien et Avicenne, était une simple mesure hygiénique, et l’on aurait tort de chercher là l’origine de la cérémonie baptismale du sel. Elle se rattache, de loin, au symbolisme

"que prêta au sel l’antiquité judaïque et païenne. Le sel, auquel Homère donne l’épithète de divin, était un gage d’incorruption et par conséquent de sagesse, et c’est pour cela qu’on en mettait dans l’eau lustrale (1), et qu’on ne faisait point de sacrifices sans gâteaux pétris avec du sel. Le sel était un signe d'alliance, le témoignage d’un pacte, un gage qui sanctionnait les droits de l'hospitalité, la marque d’un serment de fidélité (2). À ces divers points de vue on comprend pourquoi l'Église fait goûter le sel au Catéchumène. Ne doit-il pas être préservé contre la corruption du siècle et disposé à goûter la saveur parfois amère de la sagesse chrétienne ? Ne contracte-t-il pas avec Dieu une solennelle alliance qui lui ouvre l'hospitalité du Ciel? Ne prête-t-il pas un serment de fidélité à la loi qui désormais va régler sa vie ?

On sait que jadis les conquérants semaient du sel sur les fondations de la ville qu’ils venaient de détruire, pour effacer entièrement la mémoire de ses anciens possesseurs. D’après le faux Alcuin, l'Église en agit de même en employant le sel dans la cérémonie du baptême; par là, elle intime au démon l’ordre de quitter une âme dont bientôt va

1) Théocrite, Idyl. XXIV.

2) Samuel Treuer, De fœdere salis.

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