LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
s'emparer un plus digne conquérant qui veut détruire son empire et effacer jusqu’au souvenir de son nom.
Voilà les divers motifs symboliques pour lesquels, dans l’Église latine, on donnait le sel aux Catéchumènes, surtout le mercredi de la quatrième semaine de carême. Saint Augustin qui, tout enfant, avait été fait catéchumène par la réception du sel et du signe de la croix (1), dit que le sel était le sacrement spécial des Catéchumènes (2). On sait que la terminologie des sacrements n’a été fixée qu'au x1° siècle ; jusque-là on avait coutume d’associer aux principaux sacrements un certain nombre d’actes et de rites qui, eux aussi, sont, bien qu’à un moindre degré, des communications de la grâce. Saint Isidore de Séville ayant été le premier qui ait mentionné et expliqué la cérémonie du sel dans le rite même du baptême (3), on en a conclu (4) que cet usage datait du vie siècle; Walafrid Strabon ne le considère pas comme très ancien (5). Saint Ildefonse, tout en trouvant ce rite très recommandable par son antiquité, ne veut point blâmer les églises qui s’en abstiennent (6), ce qui doit nous faire supposer qu’il n’était pas encore pratiqué au vn° siècle dans quelques diocèses d'Espagne. — Nous ignorons pourquoi Bernard de Palissy s’est imaginé que ce fut en Bourgogne qu’on employa pour la première fois le sel dans les rites du baptême (7).
La cérémonie du sel est mentionnée au moyen âge dans tous les liturgistes des contrées latines (8) qui ont multiplié les explications de ce rite symbolique.
Nous ne voyons pas que les théologiens du moyen âge se soient préoccupés, au point de vue du jeûne, de cette dégustation du sel, faite avant la communion qui accompagnait alors le baptême. Ils auront pensé, comme un liturgiste moderne (9), que ce sel mis dans la bouche ne rompt pas le jeûne naturel exigé pour la réception de l'Eucharistie, parce qu’il se confond avec la salive avant d’être avalé.
(1) Confess., 1. I, c. 11.
(2) De catechiz. rudib., c. xxvI.
(3) De divin. offic., 1. II, c. xx.
(4) Pellicia, De Christ. eccles. politia, 1. I, sect. 57; Martigny, Dict. vo Catéchuménat.
(5) De Offic. divin., c. xx.
( De cognit. bapt., c. xxvi.
(7) Intermédiaire des chercheurs, t. V, p. 53.
(8) Le faux Alcuin, De divin. offic., De Sabb. pasch.; Raban Maur, de Jnstit, cler., ec, xavir; Ivo Carnut., Serm. de Sacr. Neoph.; Petrus Damian, Ep. XV, c. xx; Jessé, de Baptismo; Hug. à S. Vict., 1. I de Sacram.,c. xvin; Sacrament. de S. Gélase et de S. Grégoire ; Pontifical de S. Prudence, év. de Troyes (1xe siècle), etc.
(a) De Herdt, Sacr. lit. prax., part. VI, n. 4.
Sile Rituel romain recommande de ne donner à personne du sel bénit, c'est parce que la superstition l'employait dans divers sortilèges.
En quelques contrées, et spécialement en Belgique, les parents présentent le sel qui doit servir au baptême; parfois ils voudraient remporter, comme souvenir, ce qui en reste. Pour se conformer au Rituel, le prêtre ne prend que quelques grains du sel présenté et ne bénit que cette minime portion.
Le sel baptismal est renfermé dans un petit vase en argent, en étain ou en bois, avec couvercle, et contenu lui-même dans un plus grand vase, de facon à ce que le sel reste à l'abri de l'humidité. Quelquefois ce petit vase est annexé à celui qui contient les saintes huiles. On rencontre, mais rarement, de ces sa/aria dans les églises et les musées. Notons, entre autres, une salière émaillée du musée du Louvre (n° 360) qui représente des scènes de la vie de Moïse, et celle en grisaille (n° 371), datée de 1545, où on lit ces mots en lettres d’or : Conf... in Domino.
L'imposition du sel n’a jamais été en usage en Orient; il n’en est fait mention ni dans les Pères grecs, ni dans les eucologes manuscrits ou imprimés. Si, dans quelques contrées de l'Asie, les Chrétiens, comme les Mahométans, mettent un peu de sel dans la bouche du nouveau-né, c’est uniquement pour l’exciter à cracher. Peut-être étaitce dans le même but que les anciens Moscovites mettaient du sel dans la bouche de l’enfant aussitôt après son immersion.
Dans toutes les ramifications protestantes, il n'y a que les Frères Moraves qui aient conservé le sel comme symbole de sagesse dans l'administration du baptême, sans se soucier de l’anathème de Calvin qui proclame ce rite une invention du diable (1).
ARTICLE VIII
Exorcismes
L’exorcisme (é&éxéw, forcer par serment, adjurer) est une sommation adressée au démon, par paroles et par gestes, de sortir soit d’un lieu
Ans At aChr LAINE CET.