LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
quelconque, soit des êtres animés ou inanimés dont il a pris possession. L'exorcisme simple, appelé aussi extraordinaire, est celui qu'on emploie pour délivrer les possédés; l'exorcisme sacramentel ou ordinaire est une des préparations du baptême. Nous n'avons point à nous occuper du premier, si fréquemment employé par Jésus-Christ, qui communiqua cette puissance à l'Eglise, mais seulement du second. Et encore devons-nous faire remarquer que l’insufflation, les signes de croix, l'imposition des mains, la bénédiction de l’eau et du sel, les onctions, sont diverses formes d’exorcismes, et que nous n’avons à nous occuper, en ce moment, que de l’exorcisme proprement dit, c’est-àdire des prières qui suivent limposition de la main et qui précèdent l'introduction dans l’église.
Le prêtre s'adressant à Satan, lui dit : « Esprit immonde, je t'exor- « cise au nom du Père 4, et du Fils %, et du Saint-Esprit %, afin « que tu sortes et que tu t'éloignes de ce serviteur de Dieu, N... En « effet, maudit damné, Celui-là même te le commande qui marcha sur « les flots de la mer et qui tendit la main à Pierre qui s’enfonçait dans « l’eau. Donc, ange maudit, reconnais ta sentence et rends gloire au « Dieu vivant et vrai; rends gloire à Jésus-Christ, son Fils, et à « l'Esprit-Saint, et éloigne-toi de ce serviteur de Dieu N..., parce que « Dieu a daigné l’appeler pour lui-même et que Notre-Seigneur Jésus- « Christ le convie à sa sainte grâce, à sa bénédiction et à la fontaine « du baptême. »
Ici, le prêtre signe avec le pouce l’enfant sur le front et dit : « Et ce « signe de la sainte croix Æ que nous donnons à son front, toi, maudit « diable, n'ose jamais le violer. Par le même Christ Notre-Seigneur. « Amen. »
Les exorcismes du Rituel grec sont beaucoup plus longs et plus énergiques. Nous nous bornerons à reproduire le second : « Dieu, « le saint, le terrible, le glorieux, l’incompréhensible dans toutes ses « œuvres et dans sa force, l’investigable, qui a réservé pour toi, « Ô Diable, le châtiment éternel de l'enfer, se sert de nous, ses misé- « rables serviteurs, pour t'ordonner à toi et à tous tes suppôts de « t’éloigner de cette créature, nouvellement scellée au nom de Notre- « Seigneur Jésus-Christ, notre vrai Dieu. Je t’'adjure donc, esprit « tout mauvais, impur, infect, pervers et vagabond, au nom de la « puissance de Jésus-Christ qui a toute puissance dans le ciel et sur « la terre, qui a dit au démon sourd et muet : « Sors de cet homme « et ne rentre plus en lui; » éloïigne-toi; reconnais la vanité de ta
puissance qui n’est pas même celle des pourceaux. Souviens-toi que c'est dans leur corps que, sur ta demande, il t'a ordonné d'entrer. Crains Dieu dont la parole affermit la terre sur les eaux. Il a construit les cieux, mesuré les montagnes et pesé les vallées, donné à la mer pour barrières le sable du rivage et formé dans les eaux tourmentées une route sûre. Il allume les montagnes et elles sont en fumée. Il est entouré de feu comme d’un vêtement. Il étend les cieux comme la peau d’une tente et il couvre son firmament avec les eaux. Il a donné à la terre toute sa sûreté; elle ne sera point ébranlée dans les siècles des siècles. Il appelle l’eau de la mer et elle verse ses ondées sur la face de la terre. Sors et éloigne-toi de celui qui se hâte vers la sainte lumière. Je t’adjure au nom de la passion salutaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de son corps vénérable et de son sang, et par son terrible avènement. Car il viendra sur les nuées, il viendra et ne tardera pas, jugeant la terre entière et toi aussi; etil punira tes phalanges coopératrices dans la géhenne du feu, où le ver ne sommeille point et où le feu ne s’éteint point. Car le règne appartient au Christ notre Dieu, avec le Père et le Saint- Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen. »
On peut comparer l'énergie des exorcismes du Rituel grec avec
celle qui respire dans les objurgations suivantes, empruntées à l’an-
cien Missel gallican : « C’est toi que j’attaque., Ô très immonde esprit 8 que ) ° P
damné; toi qui es l’auteur de la malice, la matière des crimes, la source et l’origine du péché; toi qui ne te repais que de larcins, de sacrilèges, d’incestes et de meurtres. C’est au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, que j'invoque, c'est par sa majesté, sa puissance, sa passion, sa résurrection, son avènement et le jugement qui le doit suivre, que je t’ordonne de te déceler toi-même, en quelque partie des membres de cette créature que tu sois caché; de céder aux coups spirituels que je te porte et qui te pressent si vivement, comme aux tourments invisibles qu’ils te font souffrir: de fuir loin de ce vase, dont tu prétends être emparé; et après qu'une fois nous laurons purifié de l’habitation que tu y as faite, de l’abandonner et la rendre enfin au Seigneur. Qu'il te suffise d’avoir régné dans les premiers âges du monde, sur presque tous les cœurs. Déjà de jour en jour se détruit ton odieuse domination : puissent, jusqu’à la fin des siècles, puissent tes traits empoisonnés s'émousser et demeurer sans force. Depuis longtemps ces pertes