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LIVRE XIV. —— RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

formules que nous connaissons ne remontent peut-être qu’au 1v* siècle, mais le rite était pratiqué dès le mr°. Le signe de croix, ou plutôt le signe du Christ, était employé au second siècle, ainsi que les renonciations à Satan : or l’idée de la possession par le Diable est contenue dans ces deux rites.

Ni saint Denys l’Aréopagite, ni saint Justin ne font mention des exsufflations et des exorcismes. Les Constitutions de l'Église d’ Égypte, qui paraissent remonter au second siècle (1), disent que « l’évêque exorcise les Catéchumènes pour les délivrer des mauvais esprits. » Laissons de côté quelques textes douteux de Tertullien; mais comment ne point rapporter au baptême ces paroles de saint Cyprien (2) : « Le « diable est comme flagellé, brûlé et tourmenté par la voix des exor- « cistes et par la puissance divine; et quand on descend dans l’eau « salutaire et sanctifiante du baptême, le diable y est suffoqué, ainsi « qu'il arrive aux scorpions qui sont si vigoureux sur la terre, mais « qui, jetés à l’eau, perdent toute la force de leur venin. » Un concile de Carthage, tenu sous saint Cyprien, en 256, dit que les hérétiques etles schismatiques qui veulent entrer dans le sein de l'Église catholique doivent d’abord être exorcisés et baptisés. « Les démons « adjurés au baptême par le Dieu vivant sont contraints de quitter la « place et de laisser les corps qu’ils possédaient, » dit Minutius Félix (3). « Ceux qui s’approchent du sacrement de la régénération, « ditsaint Jean Chrysostome (4), n’entrent point dans la fontaine de « vie avant que l'esprit immonde soit chassé de leur âme par les « exorcismes et les exsufflations des clercs. » Tous les Pères des iv® et v° siècles tiennent le même langage (5), et Gennade constate la pratique de ce rite dans tout l’univers chrétien (6).

Les anciens écrivains ecclésiastiques nous fournissent quelques curieux renseignements sur les modes de ce rite, qui ont dû varier selon les temps et les pays. Tantôt on faisait venir les Catéchumènes un à un, et, à la lueur des flambeaux, ils étaient exposés à la vue de

(1) Ap. Bunsen, xLvr,

(2) Epist. LXXVI.

(3) In octavio.

(4) Hom. de Adam et Eva. :

(5) Ambros., l. I, de Sacram., c, v,n. 18; Optat., De schism., 1. IV, n. 6; Greg. Naz., Orat. XL ; Leo Magn., Epist. ad episc. Sicil., c. vi; Siric., Epist, ad Himer.; August., de Nupt.L I, n. 22; De pecc. orig., €. xL, n. TS De peccat. et mer; l.1,c. XXXIV, nm. 62,

(6) Gennad., De dogm. Eccl.; Celest., Epist. J, €. xur.

toute l'Église (1); tantôt on exorcisait ensemble d’abord tous les garcons, puis toutes les filles, et il y avait, selon le sexe, des oraisons différentes (2). Pendant les exorcismes, accompagnés d’insufflations, le Catéchumène se tenait debout, tourné vers l'Occident; pour mieux montrer qu'il voulait se dépouiller du vieil homme, il était nu-pieds et dépouillé d’une partie de ses habits (3); pour que son esprit ne se dissipât point, sa tête était recouverte d’un voile (4). On a prétendu qu’il tenait en main un cierge allumé (5), mais c’est là une fausse induction tirée de quelques textes mal compris (6).

Le ministre de l’exorcisme est depuis longtemps le ministre même du baptême. Mais, dans l’antiquité, lorsque l’évêque baptisait à certains jours fixes un grand nombre de Catéchumènes, il les faisait exorciser par des prêtres, des diacres et des exorcistes (7).

Tous les Orientaux pratiquent le rite de l’exorcisme, à l’exception des Arméniens et des Nestoriens qui l'ont abandonné (8). Depuis que ces derniers sont tombés dans le pélagianisme, ils ne croient plus que les nouveau-nés soient sous l'empire du démon.

Luther conserva les exorcismes dans son Formulaire, non pas comme une opération efficace qui chasse le démon, mais comme un symbole qui rappelle sa puissance et qui exprime la libération du péché originel par les mérites de Jésus-Christ. Zwingle, Bucer, Calvin, Hunnius, etc., combattirent énergiquement l'emploi de ce rite. Chrétien I®, électeur de Saxe, l'abolit dans ses États par une ordonnance (1591), ce qui donna lieu à de vives controverses et même à des émeutes populaires. Le 16 septembre 1664, l'électeur de Brandebourg publia un édit proclamant la liberté d'employer ou d’omettre les exorcismes dans l’administration du baptême. On trouva que l'électeur empiétait un peu trop sur le domaine théologique; son ordonnance mécontenta tout à la fois ceux qui considéraient les exorcismes comme une partie intégrante du sacrement, et ceux qui les rejetaient comme une invention absurde.

(1) Ex locis secretis singuli produceremini in conspectu totius Ecclesiæ. (August., Serm. ad catech.,c.1,n.1.)

(2) Baluze, Miscell., t. II, p. 527.

(3) Concil. I Const. act. 1; Chrysost., Homil. ad illum., n. 2; August., lib. Il De fide ad catech., c. 1; Cyril., Procatech., n. 0.

(4) Bed., Quæst. sup. Genes.

(5) Visconti, Observ., 1. II, p. 32; Basnage, Crit. in Baron., p. 488. 6) Cypr., Ad Donat.; Aug., Enarr. in ps. Lxv. ) Hildeph., De cognit. bapt., c. xx; Gennad., De eccl. dogm.; Sacram. de S. Gélase.

( (7 (8) Georg. Arbel., Quæsit xx; Assemani, Cod, lit., t. I, p. 172.

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