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LIVRE XIV, — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

conciles et divers rituels (1) se sont vainement élevés contre cet usage de parer l’enfant si luxueusement et de lui faire violer, pour ainsi dire, en entrant dans la vie chrétienne, la promesse qu’il va faire à Dieu de renoncer aux pompes du monde.

En Allemagne, au moyen âge, les enfants des princes étaient souvent portés à l’église sous un dais. Sainte Élisabeth de Hongrie y fut ainsi conduite, « sous un dais qui était ce qu’on avait pu trouver de plus beau à Bade, où était alors un des principaux entrepôts du luxe oriental (2). »

! Le PorTEUR où LA PoRTEUSE DE L'ENFANT. — Aujourd’hui l'enfant est toujours porté par une femme; c’est ordinairement la garde de l’accouchée, la sage-femme, quelquefois la nourrice ou une voisine, très rarement la marraine. À Paris, le parrain et la marraine montent dans la première voiture où ils occupent la place d'honneur, ayant en face d’eux le père de l’enfant et la garde de l’accouchée, porteuse de l'enfant. C’est elle qui entre la première dans l’église, précédée du suisse et du bedeau; viennent ensuite le parrain et la marraine, puis le père et enfin les invités.

A Ferrare, c’est souvent une jeune fille, amie de la famille, qui porte l’enfant. Dans les baptêmes princiers, cette charge était parfois remplie par un homme : ainsi le fils d'Anne de Bretagne et de Charles VIIT fut porté par le prince d'Orange,

La Sacr-FEMME. — Alors qu’on immergeait l'enfant entièrement nu dans les fonts, c'était la sage-femme qui devait déshabiller et rhabiller l'enfant.

A Naples, la sage-femme se rend à l’église dans une portantine, espèce de chaise à porteurs couverte de plumes, de dorures et de petits anges peints. La vammana, en costume de gala, tient le nouveau-né dans ses bras, la tête à droite si c’est un garçon, à gauche si c'est une fille. Les conviés suivent à pied la litière. Dans l’église, la sage-femme se substitue au sacristain pour donner la réplique au ministre qui baptise (3).

(1) Conciles de Milan (1579), d’Aix (1585); Rituel de S. Charles Borromée, Constitut. synod. de S. Franç. de Sales; Instruct. syn. de Godeau, év. de Grasse, etc.

(2) De Montalembert, Vie de sainte Elisabeth, ch. 1.

(3) Marc Monnier, Naples et les Napolitains, dans le Tour du Monde, t. IV,

A Auray, le cortège s'ouvre par le père donnant le bras à la sagefemme, parée de ses plus beaux atours. Plus d’un père voudrait se dispenser de cette corvée traditionnelle, mais n'ose point s’en affranchir, dans la crainte de passer pour fier.

Dans le diocèse de Chambéry, une sage-femme ne peut assister aux cérémonies du baptême qu'avec une permission écrite de l’évêque ; elle n'est accordée qu’à celles qui sont mariées ou veuves et qui, par un certificat de leur curé, ont témoigné qu’elles savent ondoyer (1).

Un curé peut-il refuser d’administrer le baptème à un enfant que présente une sage-femme de mauvaises mœurs ? C’est là une question dont la solution: appartient à l’autorité ecclésiastique. Toutefois, le Conseil d'État a rendu à ce sujet une ordonnance en date du 11 janvier 1829. L'abbé Gilbert, curé de Dammartin (Vosges), avait refusé de baptiser les enfants que présentait la dame Bogard, sage-femme, dont la conduite était immorale; celle-ci porta plainte au Conseil d'État, lequel déclara qu’il y avait eu abus, en considérant « que le

« refus d'administrer le baptême à un enfant sur le fondement que la

« personne que les parents ont chargée de veiller à sa conservation et « de le présenter à l’église n'est pas agréée par le curé, est abusif, « puisque, d'une part, cette personne ne participe point à la céré- « monie religieuse du baptême, et que, de l’autre, aucune règle cano- « nique admise dans le royaume n’autorise les curés ou desservants à « n’admettre, en pareil cas, que des personnes agréées par eux (2). »

En Arménie, c’est la sage-femme qui tient l'enfant jusqu’au moment de l'immersion, mais c’est le parrain qui le reçoit des fonts et qui le ramène à la maison maternelle.

En Grèce, l'enfant qu’on baptise, même à domicile, est porté entre les bras de la mammi (accoucheuse).

LE ParRAIN ET LA MARRAINE. — Durant la cérémonie, le parrain et la marraine se tiennent debout, le premier à la droite, la seconde à la gauche de la personne qui tient l'enfant. Dans l'antiquité, les parrains portaient eux-mêmes l’enfant, comme l'indique le nom de gestantes, porrigentes qu’on leur donnait. Cet usage a persévéré dans tout le cours du moyen âge et s’observe encore dans quelques contrées de l'Orient et de l'Occident.

(1) Constit. syn. du dioc, de Chambéry (1841), p. 1771 (2) Dalloz, Législ. ou Traité des cultes, n. 256, note.

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