LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
Aux baptêmes solennels des enfants de France, c'était tantôt le parrain, tantôt la marraine qui portait sur un carreau de velours l'enfant emmaillotté dans des langes de soie et de dentelles.
En Belgique et chez les Maronites, c’est la marraine qui tient l’enfant dans ses bras pendant la cérémonie. Dans le Tyrol, c’est le parrain. Pour se rendre à l’église, il faut parfois descendre pendant plusieurs lieues, de la montagne, par des chemins abrupts : aussi les parents ont-ils soin de choisir avant tout un parrain robuste et adroit qui ne soit pas exposé, par une chute malencontreuse, à compromettre l'existence de leur enfant.
A Venise, où les parrains sont nombreux, quelquefois de vingt à cent, ils se rangent en demi-cercle depuis la porte de l’église jusqu’à la chapelle baptismale, et souvent ils se passent l’enfant de main en main pour le faire arriver jusqu’aux fonts.
Le Père Er LA MÈRE. — Dans les contrées où l'enfant est baptisé quelques jours après sa naissance, le père seul est présent au baptême. Dans la primitive Église, les parents assistaient au baptême de leur enfant; il en était encore ainsi en Allemagne au x° siècle. Mais en Angleterre, en Espagne, en France et ailleurs, il était recommandé au père de ne point venir à cette cérémonie. Un écrivain du xu° siècle, le cardinal Robert Pullen (1), déclare que c’est seulement en cas de nécessité qu'un père peut porter lui-même son enfant au baptistère, quoique violant ainsi l'antique usage de l’Église. Il explique qu’en raison de la confusion produite par Ploncte concours des fidèles au baptème pascal, il pourrait arriver qu’un père levat son propre enfant des fonts et contractât ainsi affinité avec sa femme. C’est là un fait qui se produisit quelquefois, comme le témoigne une lettre adressée par l'évêque espagnol Gordien au pape Adéodat (2).
Lorsque le baptême se donna isolément, à toutes les époques de l’année, l'inconvénient disparut et la règle de prudence devait tomber en désuétude. Cependant, la force traditionnelle des coutumes est si grande, que, dans diverses contrées, en Suède, en Grèce et dans quelques provinces de France, il est interdit par l’usage, sans qu’on s'en explique l’origine, que le père assiste au baptême de son enfant. Ainsi en est-il dans l’Agenais. Un père qui agirait différemment heurterait toutes les idées reçues, violerait les convenances établies et
(1) Sentenc., 1. VIT, c. xvni.
(2) Deusdedit, Epist, ad Gordian., ap. Gratian. Decret., part. 11, caus. XXX, q. IL, €, 1.
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commettrait une véritable excentricité. Un procureur de la République, parisien par l'éducation et l'habitude, voulut, nous a-t-on raconté, braver ce préjugé en assistant successivement au baptême de ses trois enfants : mais ce ne fut pas sans soulever une réprobation presque générale, et pourtant personne ne pouvait lui expliquer ou lui motiver l’usage en question.
En Grèce, même dans le baptême à domicile, le père et la mère
n’assistent pas au baptême; ils se tiennent dans une pièce voisine. Chez les Coptes, les Syriens et les Nestoriens, c’est la mère qui présente elle-même son enfant; comme lui, elle doit être à jeun (1). Chez les Puritains de la Grande-Bretagne, le père présente son enfant, mais il peut se faire remplacer par un délégué.
PoRTEURS DES HONNEURS DU BAPTÈME. — On appelait Honneurs du baptême divers objets nécessaires pour son administration et que les
familles riches portaient à l'église : c'était le cierge, le chrémeau, la
salière, l’aiguière, le bassin et la serviette. On confiait l’honneur de les porter à de proches parents ou à des invités de distinction. Dans le Ponthieu, une sœur du nouveau-né portait l’aiguière baptismale que l’on conservait de père en fils parmi les meubles les plus vénérés de la famille, tandis qu’un des frères, qu’on nommait parrain à chandelle, tenait un cierge (2). Dans les plus anciens baptêmes princiers, nous ne voyons figurer que deux Honneurs : ainsi, au baptême de Charles VII, Hugues de Châtillon, seigneur de Dampierre, portait le cierge, et le comte de Tancarville, la coupe de sel. Plus tard les insignes se multiplièrent : en 1518, au baptême de François, fils aîné de François I®r, le chrémeau était porté par le duc de Vendôme, le bassin par M£' de Saint-Paul, l’aiguière par M. de Genève, le cierge de cire vierge par le Connétable, duc de Bourbon, la saunière par le duc d'Alençon, le reposoir ou coussin du Dauphin par M. de Lescar (3).
Les Fibèces. — Dès les premiers siècles, le baptême ne se conférait
pas en secret, mais devant les fidèles qui servaient pour ainsi dire de témoins. C’est ainsi que beaucoup de commentateurs interprètent ces paroles de saint Paul à Timothée : « Vous qui avez produit votre confession de foi devant de nombreux témoins. » (1 Tim., vi, 12.) Saint
(1) Assemani, Cod. lit., 1. {, c. v.
(2) Louandre, Hist. d'A bbeville, t. Il, p. tot. (3) Godefroy, Cérém. franc., t. IL, p. 139.