LIVRE XIV. —= RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
Grégoire de Nazianze nous dit (1) que le Catéchumène convoquait pour cette cérémonie ses parents et ses amis. Nous verrons plus tard que les hommes n'’assistaient pas au baptême des femmes, ni les femmes à celui des hommes.
Les Païens, les Juifs et les Hérétiques ne devaient pas être témoins de ces rites augustes. Les mêmes prescriptions ont été renouvelées contre eux au xvi° siècle par divers conciles (2), peut-être à cause de la conduite scandaleuse qu'ils tenaient en ces circonstances.
Ces mêmes synodes interdisent l’entrée de l’église aux joueurs de tambour et de violon qui précèdent parfois le cortège baptismal et qui, par leur musique, troublent la sainteté de la cérémonie.
En Abyssinie, les femmes restent à la porte de l’église pendant l'administration du baptême (3).
ARTICLE TITI
Récitation du Symbole ct de l'Oraison dominicale ou profession de foi
Lorsque le cortège est entré dans l’église, le prêtre, s’avançant vers les fonts avec le parrain et la marraine, dit conjointement avec eux, à haute voix, le Credo et le Pater (4). Le texte du Riruel romain laisse supposer qu’on peut réciter ces prières en marchant: divers Rituels diocésains prescrivent de les dire à genoux ; d’autres gardent le silence à ce sujet. En diverses provinces, cette récitation se fait en langue vulgaire.
Quelques écrivains, comme Bingham, ont confondu la profession de foi, c’est-à-dire la récitation du Credo par le Catéchumène adulte
{1) Orat. XL,
(2) Ve Concile de Milan (1579); conciles d’Aix (1583), de Toulouse (1590), de Narbonne (1609) ; Rituel de Grégoire XIII (1584), etc,
(3) Lubo, Relat. hist. d'Abyssinie, p. 317. | ; <
(4) « Sacerdos procedens ad fontem cum susceptoribus, conjuñctim clara voce dicit : Credo, Pater.. » Certaines éditions du Rituel ayant mis une virgule après conjunctim et non auparavant, des commentateurs en ont conclu qu’il n’est pas prescrit aux parrains de réciter le Credo et le Pater avec le prêtre, C’est tout à fait méconnaître l'esprit de cette cérémonie dont nous allons bientôt rapporter l’origine.
ou par les parrains au nom de l'enfant, avec les interrogations sur la foi, qui précèdent immédiatement l'immersion. Ce sont là deux rites très distincts qui sont réunis, il est vrai, dans l’Eucologe grec, mais qui restent séparés dans la Liturgie latine et dont l'origine est différente, La récitation du Credo, que les écrivains du moyen âge appellent Credulitas (1), est un vestige de la reddition du symbole, dont nous avons parlé précédemment (2). Les Catéchumènes devaient réciter cette profession de foi à l’un des scrutins préparatoires, le plus ordinairement le jeudi ou le samedi saint. Au moyen âge, tantôt le Credo et le Pater étaient récités par le parrain et la marraine (3), tantôt ils étaient chantés par l’officiant, en grec pour les garçons, en latin pour les filles (4). Au xvru° siècle encore, à Saint-Maurice de Vienne, le mercredi de la quatrième semaine de carême, un sous-diacre, tenant un enfant, récitait le Credo en son nom et au nom de tous ceux qui devaient être prochainement baptisés (5).
Les Catholiques professent que le Symbole fut composé par les Apôtres, alors que, réunis à Jérusalem, ils allaient se disperser dans l'univers entier. Les Protestants, intéressés à nier l’apostolicité de cette prière, n’y voient autre chose qu’une sorte de développement des interrogations baptismales, accrues peu à peu jusqu’à ce qu’elles soient devenues, au 1v° siècle, une règle de foi (6). IL est assez probable que la formule actuelle de rédaction date de cette époque, car nous trouvons des variantes dans les fragments que nous ont laissés saint Irénée, Origène, Tertullien, saint Cyprien, l’auteur des Constitutions apostoliques, saint Grégoire de Nazianze, saint Cyrille de Jérusalem, etc.; mais ces formules, diverses par l’expression, sont identiques quant au fond. Plus tard, on rencontre encore des nuances de forme dans les symboles récités au baptème que nous trouvons dans les Sacramentaires d'Orient et d'Occident. Parfois aussi, au Symbole des Apôtres on substitua celui de Nicée (325), de Constantinople (381), de Chalcédoine (451) ou celui dit de saint Athanase, que divers critiques attribuent à Vigile, évêque de Tapse, à la fin du ve siècle.
Dans les âges primitifs, le Pater fut expliqué aux Catéchumènes,
(1) Hildeph., De cognitione bapt., c. xxxvi; Theodulph., De ord. bapt., c. vu; Leidrade, De sacr. bapt.,c. v.
(2) Livre IX, ch. 1, art. 9, page 463.
(3) Le faux Alcuin, De div. offic., c, xix.
(4) Honor., Gemm., 1. III, c. Lxvur.
(5) Moléon, Voy. liturg., p. 20.
(6) De Pressensé, Hist. des trois premiers siècles de l'Église, t. IP 257