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LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

a pareillement touché les narines pour vous faire respirer la bonne odeur de la piété éternelle, afin que vous puissiez dire avec l’Apôtre : « Nous sommes la bonne odeur de Jésus-Christ, » et que vous répandiez partout celle de la foi et de la piété. » Des. auteurs postérieurs et surtout les liturgistes du moyen âge (1) développent ces pensées. Nous ne trouvons l'indication de ce rite dans aucun écrivain des trois premiers siècles ; il nous semble probable qu'il fut institué au commencement du 1v°, et qué ce fut comme uné mise en action de l’oraison qu'on disait le vendredi saint pour que Dieu ouvrît aux Catéchumèênes les oreilles du cœur.

En général on se servait de salive, comme aujourd’hui, pouf toucher les oreilles et les narines ; mais parfois, pour‘ mieux imiter l’action de Notre-Seigneur, on détrempait un peu de terre avec de la salive, et c'est ce qu'on faisait encore au xvine siècle à Salzbourg (2). Aïlleurs, tantôt on se contentait de toucher les oreilles et les narines sans aucune matière, tantôt on employait de l'huile au lieu de salive (3).

Il n'y eut pas toujours uniformité dans le mode d’application. Des Rituels du moyen âge prescrivent de toucher les narines avant les oreilles. À Soissons, au x siècle, on insalivait d’abord l'oreille droite, puis les narines et enfin l’oreille gauche (4). Dans les anciens Rituels de Paris, cet exorcisme se faisait immédiatement avant la récitation du Symbole. Ici on ne mouillait que le pouce, là, le pouce et l'index (5). Beaucoup de Rituels disent que, pour faire convenablement cette cérémonie, le prêtre doit se tourner un peu de côté, cracher doucement dans la main gauche, prendre de cette salive avec le pouce de la main droite et appliquer ensuite les onctions aux oreilles et aux narines du Catéchumène; il en est d’autres, comme le Pastoral de Malines, qui prescrivent de prendre la salive dans la main gauche, en y faisant un signe de croix.

Clément VII accorda aux missionnaires du Maduré et de Malabare la permission d'omettre l’insalivation qui répugnait aux infidèles de ces contrées. Benoît XIV prorogea de dix années seulement cette auto-

(1) Chrysol., Serm. LIT; Johan. Diac., Epist. ad Senar., n, 43; Hildeph., De cognit. bapt., €. xxvir; Theodulph., De bapt., c. 1x; Jessé, Epist. de bapt.; Magnus, De myst baptism.; Amalaire, De cærem. bapt.; Rhab., De instit. cler.,1.T, c. xxvur; Beda, I. I, Homil. XIX; Honor., Gemm. anim., 1. I, c. xui.

(2) Claude de Vert, Cérém. de PÉgl., t. IL, ch. 1, p. 15.

(3) Leidrade, De Sacr. bapt., c. 11.

(4) Rituel de Nevelon, p. 98.

(5) Ord. baptism. (xe siècle), ap. Gerbert, Monum. vet. lit, Aleman,

risation (1). En 1561, la régente Catherine de Médicis écrivit une longue lettre au pape Pie IV pour lui demander de supprimer dans les cérémonies du baptème un certain nombre d’exorcismes et spécialement l’insalivation qui pouvait, selon elle, avoir des inconvénients contagieux. Le Pape, loin d’accueillir cette demande, prit des mesures pour qu’elle ne fût point connue. Le président de Thou l'ayant publiée dans son Histoire universelle, cette divulgation contribua à faire condamner cet ouvrage à Rome par un édit daté de 1610.

L'insalivation n’a jamais été pratiquée par les Églises orientales. Les oreilles et les narines étant comprises parmi les onctions qui se faisaient par tout le corps, on a pu considérer ces onctions comme remplaçant l’insalivation latine.

Les Protestants ont toujours rejeté ce rite, et quelques-uns de leurs docteurs, comme Wolgang, Calvin et Théodore de Bèze, l'ont attaqué avec la plus grande violence.

ARTICLE V

De la dénudation

Dans quelques-uns des rites que nous venons d’examiner et surtout dans ceux qui vont suivre, le Catéchumène était dépouillé, soit de tous ses vêtements, soit d’une partie d’entre eux. Pour ne pas être obligé de revenir à diverses reprises sur le même sujet, nous allons consacrer cet article à tout ce qui concerne la dénudation des Catéchumènes adultes ou enfants, soit pour l'immersion, soit pour divers rites ie soires du sacrement.

Certains écrivains, appliquant au passé les sentiments de la pudeur moderne, ont obscurci cette question; ils ont confondu les habitudes de POccident avec celles de l'Orient, les coutumes des premiers siècles avec celles du moyen âge, et ils ont donné à leurs hypothèses plus ou moins plausibles, le ton de l'affirmation. Nous tâcherons, core à

(1) Benedict, XIV, Oper.., tl, Bullar., p, 181,

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