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LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

l'ordinaire, de dégager la vérité des textes et de ne pas changer les probabilités en certitude, ni les faits exceptionnels en généralités.

Il est avéré que les Catéchumènes se dépouillaient de tous leurs vêtements pour descendre dans la piscine. Saint Cyrille de Jérusalem dit aux Néophytes (1): « Vous étiez nus à la vue de tout le monde et vous n’en aviez point de honte. » « Vous êtes descendus nus dans la fontaine, dit saint Zénon (2), mais bientôt vous en êtes remontés revêtus d’un vêtement céleste. » Saint Athanase, en parlant des ravages que commirent les Ariens dans le baptistère de son église, dit qu’ils se permirent les plus graves insolences, sans être arrêtés par la sainteté du lieu ni par la nudité de ceux qui se déshabillaient pour recevoir le baptême (3). En Orient, l’évêque dénouait la ceinture des hommes, qui se déshabillaient ensuite avec l’aide des diacres (4).

Les femmes étaient soumises à la même obligation. Saint Jean Chrysostome, dans sa lettre au pape Innocent, lui raconte l’envahissement de son baptistère un samedi saint, par la faction de Théophile ; il lui dit que les femmes, déjà dépouillées de leurs vêtements pour entrer dans le bain sacré, furent obligées de s’enfuir toutes nues.

Quand le baptême s’accomplissait hors des baptistères, la dénudation n’en était pas moins obligatoire. Dans leur prison, Apronianus(5) et Lucillus (6) se dépouillent de leurs habits pour être baptisés, le premier par le diacre Sisinnius, le second par saint Laurent. Les Actes du pape saint Marcel ne sont pas authentiques, mais ils n’en témoignent pas moins de la discipline du temps où ils furent écrits. Or, en parlant du baptême de Zobia, fille du roi des Perses, il est dit que saint Cyriaque fit apporter de l’eau et que la Catéchumène se mit, sans aucun vêtement, dans un bassin d’argent (7).

La dénudation était tellement reconnue obligatoire que le Juif dont parlent Moschus et Nicéphore (8), avant de se faire baptiser dans le

(1) Cat. II myst.

(2) Invitat. IT ad fontem.

(3) Epist. ad Innoc.

(4) Discingit quidem ipsum antistes et ministrorum manibus exuit. (Dion, Areop., De Eccl. hier., cap. de Bapt.)

(5) Acta S. Marceili, papæ.

(6) Act. S. Laurent.

(7) Et allata aqua deposuit eam nudam in concham argenteam et benedixit aquam, etc. (Bolland. xvr Jan., p. 5.)

(8) Hist. eccl., c. xxxvii.

désert avec du sable, n’en crut pas moins devoir se dépouiller de ses habits.

Les Eunomiens, qui ne trouvaient digne de l'immersion que la partie supérieure du corps, restaient soigneusement vêtus en entrant dans la piscine et n’offraient au contact immédiat de l’eau que leur poitrine et leur tête nues (1); mais c'était là une exception à l'usage général. Quelques écrivains (2) ont supposé que les reins étaient ceints d’un linge; cette hypothèse, que ne favorisent nullement les textes très précis des Pères sur la nudité complète (3), ne revendique que des représentations iconographiques du moyen âge; elles n’ont de valeur démonstrative que pour les usages de cette époque, et sont loin d’ailleurs d’être uniformes sur ce point.

Cette nudité complète, protégée d'ailleurs par certaines précautions, noffusquait point la candeur des premiers Chrétiens; ils n’en voyaient que la signification symbolique, et ce qui nous paraîtrait aujourd’hui contraire à la bienséance ne blessait point leurs regards. Rappelonsnous d’ailleurs que les anciens, surtout dans le Midi, n’avaient point toutes les délicatesses de la pudeur moderne, et que l’art polythéiste considérait la nudité comme l’apanage glorificateur des dieux et des héros.

Chez les Chrétiens, cette nudité, exigée pour l’immersion et pour divers rites du baptême, était sanctifiée par le symbolisme qu’on y attachait. « Nous entrons nus dans le bain sacré, dit saint Ambroise(4), afin qu'étant ainsi dépouillés de tout, nous avancions à grands pas vers la porte du Ciel. » Saint Cyrille de Jérusalem dit (5) aux Néophytes, avant de parler des onctions : « Entrés dans le baptistère, vous avez quitté vos habits pour marquer que vous vous dépouilliez du vieil homme et de ses œuvres, de ce vieil homme qui se corrompt en suivant des passions pleines d'illusions, pour représenter, en ne rougissant pas de votre nudité, Adam innocent, nu dans le Paradis, et Jésus-Christ attaché nu à la croix, se faisant de son

dénüment même une arme dont il terrasse les Principautés et les Puissances. »

(1) Theodor., 1. IV, Hær. fabul.

(2) Arevalis, dans son édition de Prudence, p. 307.; G. Zetten, De immersione in bapt., P 35:

(3) Cyril. Hieros., Cat. myst. II; Ambros., Serm. X ; Epiph., Anchorat., c, cxvi; Anselm., in Matth., c. 111; Bern. Serm. XL V1 de paupert,

(4) Serm. X.

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