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LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

La dénudation des Catéchumènes était entourée d’un certain nombre de précautions qui en faisaient disparaitre les dangers. Si les sexes étaient séparés dans les instructions catéchétiques et dans les exorcismes des scrutins (1), à plus forte raison devaient-ils l'être pour les onctions et les immersions. Nous voyons dans le V° Concile œcuménique de Constantinople, que Pierre d’'Apamée fut accusé comme d’un crime d’avoir administré le baptême à des femmes en présence de quelques hommes. Dans certaines grandes cités, comme à Autun, il y avait deux baptistères, l’un pour les hommes, l’autre pour les femmes. Quand il n'y en avait qu’un, on baptisait à des heures différentes, d’abord les hommes et ensuite les femmes. Les pères n'étaient point régénérés en présence de leurs enfants (2). Saint Augustin (3) raconte qu'une femme de Carthage, affligée d’un cancer, fut avertie en songe, vers les fêtes de Pâques, de se rendre au baptistère, dans le quartier des femmes, et de faire un signe de croix sur le sein de la première baptisée qu’elle rencontrerait, ce qui lui procura une guérison subite, Nous pouvons en conclure que, parfois, le bassin baptismal était partagé pour les deux sexes en deux parties bien distinctes, à l’aide de cloisons en planches ou de tentures. On a dû aussi entourer de voiles la piscine, surtout quand elle était bordée de colonnes, et ménager, dans le pourtour, des compartiments où les Catéchumènes se déshabillaient, quand ils ne le faisaient pas dans le sacrarium ou dans une des absides.

Si les femmes étaient à l’abri. des regards des hommes, l’étaient-elles également des yeux du ministre? Nous ne trouvons à cet égard qu’un seul fait à invoquer ; saint Othon, évêque de Bamberg, après avoir converti les habitants de la Poméranie, fit enfoncer dans la terre trois cuves en bois, l’une pour les enfants mâles, l’autre pour les femmes et les petites filles, la troisième pour les hommes; il les fit entourer de rideaux pour que tout se passât avec décence. Le prêtre qui se tenait près du tonneau, alors qu’il entendait plutôt qu’il ne voyait un Catéchumène descendre dans l’eau, écartait un peu le voile et accomplissait ses fonctions par une triple immersion de la tête (4). S'il n’en fut pas toujours ainsi, il est juste de remarquer que les fonctions de baptisant, dans les premiers siècles, étaient remplies par des vieillards, que le

(1) Cyr., Procatech.; Ord. roman., Scrut. ad electos. (2) Ambros., lib. de Arca Noë, c. xxx.

(3) De Civit. Dei, 1. I, c. vs. (4) Sacerdos vero qui ad cuppam stabat, cum audisset potius quam vidisset quod aliquis esset in aqua, velo paululum amoto, trina immersione capitis illius mysterium

sacramenti perficit., (Bolland., n jul., n. 395.)

baptême s’administrait pendant l'obscurité de la nuit et que, s’il se donnait pendant le jour, c'était encore dans l'ombre parce que, comme nous l'avons vu, les baptistères étaient très faiblement éclairés par de rares et étroites fenêtres.

Plusieurs érudits (1) ont supposé que les femmes, en entrant dans la piscine et en en sortant s’enveloppaient d’une sorte de peignoir, sabanum. Nous ne trouvons aucun texte qui puisse appuyer cette hypothèse. Mais nombreux sont les documents qui prouvent que les diaconesses aidaient les femmes à se déshabiller, les recevaient au sortir des fonts, les essuyaient avec le sabanum et les aïdaïient à se rhabiller (2). Quand les fonctions des diaconesses furent supprimées aux v° et vi siècles, elles furent probablement remplacées dans cet office par les marraines.

Après avoir parlé de la dénudation en général et surtout de celle qui était requise pour l’ablution baptismale, nous devons examiner si elle était également prescrite pour divers autres rites du baptême.

Visconti croit que les Catéchumènes étaient entièrement nus pour subir les exorcismes et figurer ainsi le dépouillement du vieil homme. Mais plusieurs textes très formels (3) nous semblent prouver qu’on quittait seulement les chaussures et les vêtements de dessus. Le même écrivain prétend (4) qu’il en était de même pour les renonciations au démon. Il s'appuie principalement sur les passages où saint Denys l’Aréopagite dit que l’évêque fait dépouiller les Catéchumènes par les ministres (5), et où saint Grégoire de Nazianze ajoute qu'ils sont dépouillés de leurs habits pour abjurer Satan (6). Élie de Crète, il est vrai, en interprétant ces deux textes, conclut à une nudité absolue; nous ne saurions partager son avis, car les expressions mêmes qu’on allègue peuvent s'appliquer uniquement aux habits de dessus. Les autres Pères parlent bien du dépouillement des vêtements, mais non pas de nudité complète, comme ils le font en traitant de l’immersion. Nous ne saurions comprendre cette nudité absolue dans une cérémonie qui se renouvelait plusieurs fois pendant le carême, à la porte

(1) Du Cange, Not. in Alex., 1, XV, p. 1113 Et. Borgia, Memor. Storiche, t. I, D:ér55% Pellicia, de Christ. Eccl. polit,, 1. I,c. n, 3 5; Martigny, Dict., vo Baptême, P. 69. 1re édit.

(2) Epiph., Hær. LXXIX ; IV concil. Carthag.

(3) Discalceatos vos et exutos, nudis pedibus, unica tunica opertos ad exorcizantium voces vos transmittunt. (Chrysost., Cat. I ad illum., n. 2.)

(4) De Rit. bapt., 1, II, c. xvur.

(5) Exuit eum, expoliatque per ministros. (De Hier, eccl., cap. de Bapt.)

(6) Vestibus nudatus. (Orat. XL.)

ere

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