LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
extérieure, à la vue de tout le peuple. Le symbolisme du rite n’en existait pas moins, quand on conservait soit un vêtement de dessous, soit un cilice. D’ailleurs, saint Denys l’Aréopagite, venant à parler des onctions, dit qu’alors les diacres achevèrvent de dépouiller le catéchumène de ses vêtements, ce qui prouve qu’il en conservait quelques-uns pendant les renonciations (1).
L'auteur anonyme d'un Traité historique des Cérémonies du Baptême (page 218), croit qu'après la renonciation on revêtait le catéchumène du pallium, par cette seule raison que ce vêtement favori des Grecs est appelé par Tertullien, habitum erroris renunctatorem. Cette expression ne nous semble pas suffisante pour constater l’existence d’une cérémonie dont ne nous parle aucun des anciens auteurs ecclésiastiques. Il est certain que les Romains, en devenant chrétiens, quittaient la toge pour l’humble pallium, ce qui excitait
le mépris des paiens, qui disaient ironiquement a toga ad pallium;
mais ce changement de costume n'avait rien de liturgique et se faisait, soit pendant le catéchuménat, soit après les cérémonies du baptême. |
En ce qui concerne les onctions, les Catéchumènes, en Orient, devaient être nus pour les recevoir, comme le prouve le passage de saint Denys l’Aréopagite, que nous venons de rappeler, ainsi que beaucoup d’autres textes que nous pourrions citer (2). Le diacre ne faisait d’onction que sur le front des femmes, et une diaconesse leur oignait le reste du corps (3). Toutefois, il n’en était pas ainsi dans l'Église de Jérusalem. Jean Moschus nous raconte qu’un moine nommé Conon, chargé d’administrer le baptême, appréhendait de faire les onctions à une jeune fille de Perse, d’une éclatante beauté (4) ; l’évêque avait été sur le point d'envoyer une diaconesse pour remplir cet office, mais il changea de sentiment en réfléchissant que cela serait contraire à la discipline de son Église. Conon prit le parti de quitter son monastère; mais saint Jean-Baptiste lui apparut et lui fit trois signes de croix sur le corps, en lui promettant que désormais il serait à l’abri des tenta-
(1) De Hier. eccl., cap. 11.
(2) Les Actes de S. Silvestre (c. xrv) disent de Constantin : « Hæc cum audisset imperator et lœtus ultimam exuisset tunicam et probrum carnis subjecisset ocuks et unctus fuisset, ingressus est piscinam. »+
(3) SS,. Apost. capit., ap. card. Pitra, Jur. eccl. græc. Hist., t. I, p. 08.
(4) In crastina die venit puella ex Perside quæ ita speciosa erat ac tantæ pulchritudinis “ut non posset præsbiter nudam eam oleo ungere. (Prat, spir., c. 1, ap. Patrol, lat., 3 LXXX VII, col. 2855.)
tions. Le moine retourna à son abbaye, baptisa sans aucune émotion la jeune Perse, et, ajoute la légende, pendant les douze années qu’il continua son ministère, il s’apercevait à peine du sexe des personnes qu'il oignait et baptisait.
Dans l’Église latine, où l'onction des Catéchumènes ne se faisait qu'à la poitrine ét aux épaules, il n’était pas nécessaire, comme en Orient, de recourir à une complète dénudation : aussi croyons-nous qu’il ne faut pas prendre trop à la lettre les comparaisons que plusieurs Pères de l'Occident font du Catéchumène et de "athlète.
Dans le cours du moyen âge, on dut se trouver souvent embarrassé pour les baptêmes d’adultes, qui se produisaient rarement. Quand on recourait à l'immersion, on devait naturellement procéder à la dénudation; c’est ce qu’on peut inférer des représentations de baptême que nous offrent les sculptures et les vitraux, et aussi du roman provençal de Fier-à-bras, publié par M. Bekker(1), où Floripar, fille de l’émir, se dépouille Fe ses vêtements avant d'entrer dans le bain baptismal (2).
Quant aux enfants, l'usage de les dépouiller de tous leurs vêtements persévéra partout jusqu’au xvi* siècle, et dans quelques contrées jusqu’au xvii® et même au xvin* siècle (3). À cette dernière époque, on construisait encore des cheminées dans les chapelles baptismales du diocèse de Montpellier, pour prémunir les enfants contre les dangers du froid (4). Dès la fin du xvi° siècle, un certain nombre de conciles et de synodes, se plaçant au point de vue de l’hygiène et des convenances, recommandèrent de ne démailloter que la poitrine et les épaules de l'enfant, ce qui suffisait pour la réception des onctions (5).
Dans presque tout l'Orient, les enfants sont complètement nus pour immersion; en Grèce, on leur laisse leur chemise. En Arménie, quand le prêtre a dépouillé l'enfant de ses langes, il le présente aux assistants en disant : « Seigneur, dépouille-le de la vétusté du péché, renouvelle-le par une vie nouvelle et remplis-le de la vertu de l'Esprit- Saint. »
(1) Mém. de l’Acad. de Berlin, t.X.
(2) « La pieuzela despuhelan, vezent lot lo barnat et ac sa carn pus blanca no es flor en estat» (la pucelle ïls dépouillent, ce voyant tout le baronnage, et elle eut sa chair plus blanche que n’est fleur en été). Vers 4028.
(3) Rituels de Hambourg (xvi® s.); Sacramentaire"de Chartres (1580); Concile de Narbonne (1610); Rituel de Bordeaux (1611) ; Rituel d’Alet (1677).
(4) Grandcolas, Liturg. anc. et mod.; ch. du Samedi Saint.
(5) Synode de Saint-Omer (1585); Statuts du diocèse d'Angers (1617 et 1680); Rituel de Strasbourg.