LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
En Éthiopie, c'est immédiatement avant la renonciation que les adultes, aussi bien que les enfants, sont dépouillés de leurs vêtements. Les Rituels des Coptes et des Syriens prescrivent de ne laisser aux Catéchumènes aucun ornement, pas même de bagues ni de boucles d'oreilles. Cependant, aujourd’hui, en Syrie, on permet quelquefois aux femmes de conserver une chemise très fine (1). Le P. Bernard Ribera, qui séjourna longtemps en Russie au xvu° siècle, raconte (2) qu'il a été témoin du baptême de deux Kalmouks au monastère de Spasski et que, malgré la foule des spectateurs, les Catéchumènes étaient entièrement nus.
ARTICLE VI
Renonciation au démon
Avant de conclure avec Dieu un traité de paix et de réconciliation, il faut avant tout nous séparer de son adversaire, de l'ennemi déclaré de sa gloire, de l’usurpateur sacrilège qui s'était emparé de notre âme. Tel est le but de la renonciation au démon que les Latins ont encore appelée abrenonciation, abomination, délestation, et que les Grecs désignent sous les noms d’éxérabis, dmoray} OU emspeornoie.
Le prêtre interroge le futur baptisé par son nom, en disant: N..…., renonces-tu à Satan? — Le parrain répond : J'y renonce. — Le prêtre : Et à toutes ses œuvres ? — Le parrain : J'y renonce. — Le prêtre : Et à toutes ses pompes? — Le parrain : J'y renonce.
Dans le Rituel grec, suivi par les Russes, le prêtre dépouille l'enfant de ses vêtements, le tourne vers l'Occident, lui élève les mains et dit trois fois : Renonces-tu à Satan? et à toutes ses œuvres ? et à tous ses anges ? et à tout son service ? et à toutes ses pompes ? — Le parrain répond à chaque fois : J'y renonce. — Le prêtre, trois fois : As-tu renoncé à Satan ? — Le parrain à chaque fois : J'y ai renoncé. — Le prêtre dit alors au parrain : Souffle et crache sur l’enfant. Le parrain souffle sur l'enfant et crache à terre. Ces deux actes de mépris qui
(1) Man. Garcia, Droits légaux et état de la Terre sainte, 1814. (2) Brevis enarratio histor. de statu eccles. Moscovitæ, édit. du P, Martinov, p. 46.
s'adressent directement à Satan, et dont il n’est pas fait mention dans les écrits des Pères, accentuent la renonciation par le divorce éternel qu’ils établissent entre le futur baptisé et le démon. Nous avons déjà expliqué le symbolisme de l’insufflation; celui du crachement est encore plus énergique et nous semble emprunté à une coutume juive :
« Lorsque quelqu'un, dit saint Anselme, voulait par esprit d’orgueil aUte sa femme, celui qui, par la proximité du sang, avait le droit de la prendre pour lui, ôtait la chaussure des pieds du premier mari, sur le seuil de sa maison, après quoi la femme répudiée crachait au visage du répudiateur, ce qui était regardé comme une insulte ineffaçable
Saint Basile met la renonciation au rang des traditions apostoliques (1). Plusieurs érudits, et même des protestants (2), croient que saint Pierre a fait allusion à ce rite, quand il dit dans sa première épître (ur, 21), en parlant de l’arche de Noé, que « elle était la figure à laquelle répond maintenant le baptême, qui ne consistait pas dans la purification des souillures de la chair, mais dans la promesse que l’on fait à Dieu de garder une conscience pure, et qui vous sauve par la résurrection de Jésus-Christ. » Saint Paul, dans sa première épitre à Timothée (v, 12), lui recommande de se nie digne de la vie éternelle « à laquelle il a été appelé, ayant si excellemment confessé la foi en présence de plusieurs témoins. » Ce passage est interprété dans le sens de la cérémonie de la renonciation par un commentaire de cette épître, faussement attribué à saint Jérôme, et qui doit être l’œuvre d’un auteur très ancien, favorable au Pélagianisme. Saint Paul, en divers autres endroits, insiste sur la nécessité de mourir au monde et à ses maximes, de ne vivre que pour Jésus-Christ, de livrer de continuels combats aux esprits de malice répandus dans l'air : « PApôtre, dit saint Ambroise, expliquant ces passages, nous donne ces avertissements afin que tout homme qui recoit le baptême persévère à renoncer aux pompes et aux prestiges de Satan qui, en nous assujettissant aux principes du monde, en nous éloignant du culte de Dieu, voudrait nous rendre les compagnons de son apostasie. » Les païens étant considérés comme se trouvant plus spécialement sous la domination du dé-
mon, il est présumable que ce fut d’eux qu'on a commencé à exiger la renonciation.
(1) De Spirit. Sanct., c. xxvrr.
(2):Cave, Prime christ, À Lie x; Bingham, Orig. eccles., t. IV, 1. XI, c. vur, 8 3: Gottlieb Sartorius, Dissert: de er baptism.