LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
Les formules que nous trouvons dans les œuvres des Pères et dans les anciens Sacramentaires sont plus ou moins développées. En général, elles ne mentionnent, comme la formule latine actuelle, que Satan, ses pompes (1), ses œuvres ou son culte (2); mais parfois elles comprennent ses anges (3), ses ordres (4), ses idoles (5),ses voluptés(6), ses spectacles (7), et le siècle (8). Pour certaines catégories de Catéchumènes, il y avait des renonciations spéciales. On voit dans l’Eucologe des Grecs que les Juifs doivent renoncer à tous les rites de leur nation et particulièrement aux azymes, aux purifications légales, à l’immolation de l'agneau, à la fête des T'abernacles et à l’observance du sabbat. Les Saxons du 1x° siècle abjuraient Odin et le culte des forêts.
C'était à la porte du baptistère ou de l’église baptismale que les interrogations étaient faites tantôt par l’évêque, tantôt par un prêtre, un diacre ou un exorciste (9). Au vu siècle, ces questions étaient parfois accompagnées d’une aspersion de cendres (10). Pour qu’elles fussent bien comprises soit par l’adulte, soit par le parrain, on les faisait quelquefois en langue vulgaire (11). Saint Césaire d'Arles nous dit (12) qu’on ne se contentait pas d’une affirmation orale, mais qu’on exigeait en outre une souscription signée.
La renonciation aux œuvres de Satan n’était pas un vain rite, et les Catéchumènes, grâce aux instructions qu'on leur avait faites, en comprenaient toute l'importance. Nous en trouvons une preuve bien édifiante dans le récit du baptême de Chromatius, que nous a laissé saint Ambroise racontant la vie de saint Sébastien. Saint Polycarpe lui avait demandé s’il renonçait aux idoles et il avait répondu : J’y renonce ; et le prêtre, continuant ses interrogations, lui demanda s’il renonçait à tous les péchés. Chromatius répondit : « Tu aurais dû me faire ces
(1) La plus ancienne formule en langue germanique omet le mot de pompes qui n'aurait sans doute pas été compris par les Saxons. (Monum. Paderborn., p. 380.) (2) Cyrill., Cat. myst. I, n. 4; Cat. II; Chrys., Hom. XXT ad, pop. Antioch.; Procop, Gazæus, in Cap. XXX V Genes.; Ordo roman.; Sacram. de Gélase, de S. Grégoire, etc. (3) Tert., de Cor. milit., c. nt; Constit. apost., vit, 142; Hieron. in Cap. V Matth., v. 25; Chrys., Cat. II ad illum.; Aug., de Symb., L IL, c. 1. (4) Ambros., 1. II Hexam., c. 1v.
5) Anast. Syn., 1. XI in Hexam.
5) Ambros., de Myst., c. 1.
) Salvien, I. VI de Provid.
) Ambr., de Sacram., 1. I, c. 11.
) Tertul., de Coron. milit., c. ut; Beleth, de Div. offic., c. xc. 10) Pontif. Salisbur., ap. Martène, Thes. vet, mon.,t. VI. (11) Conc. Leptin. ap. Patrol. lat., t. LXXXIX, col. 822. (12) Serm. LXV.
questions avant de m'introduire dans le temple du Roi des cieux. C’est pourquoi je te prierai de différer le jour de mon baptême: car, avant de descendre dans la fontaine sacrée, je dois d’abord aller me réconcilier avec tous ceux contre qui j'ai nourri de la haine et payer mes dettes à tous mes créanciers. Si jamais j'ai ravi à quelqu'un son bien, je lui ferai tout restituer. Depuis la mort de ma femme, j'avais deux concubines; je leur assurerai à elles et à leurs maris une existence convenable. Quels que soient les droits que je puisse avoir, comme simple particulier où comme homme public, sur des hommes libres ou sur des esclaves, je veux y renoncer. Par là, je crois, j'aurai rempli d'avance la promesse de répudier toutes les œuvres du démon et toutes les voluptés du monde. » Le prêtre Polycarpe approuva ces généreux desseins, que Chromatius s’empressa d’accomplir, et quelques jours après il lui conféra le baptême.
En renonçant au démon, le Catéchumène debout, les mains étendues, se tournait vers l'occident et ensuite vers l’orient pour adhérer à la foi de Jésus-Christ. Saint Jérôme nous explique le symbolisme de cette cérémonie : « Comme l'occident, dit-il (1), est le lieu où se couche le soleil, il représente les ténèbres du péché auquel nous renonçons pour suivre le soleil de Justice qui vient de lorient, et c’est pour cela que nous nous tournons vers l'occident en renonçant au démon, et que nous regardons vers l’orient en promettant d’être fidèles à Jésus-Christ. » Saint Cyrille de Jérusalem ajoute (2) qu’on élève les mains comme pour repousser Satan dans son ténébreux empire; qu’on se tourne vers l'occident, parce que c’est sur les régions de l’ombre qu’il exerce sa puissance; qu’on regarde ensuite l’orient où Dieu a planté le Paradis terrestre qui est la figure de l’Église. Nous avons vu que le rite grec a fidèlement conservé cette cérémonie symbolique, ainsi que la triple réitération de chaque formule, répétition inspirée peut-être par la triple concupiscence dont parle saint Jean dans sa première épître. Quant au nombre des questions, il a beaucoup varié. On n’en trouve qu’une dans les Constitutions apostoliques, dans le Missel gallican et dans beaucoup d'Églises latines jusqu’au 1x° siècle ; ailleurs, il y en a deux, comme aujourd’hui encore à Milan; les trois interrogations prévalent au xrn° siècle; il y en avait quatre dans l’Église de Jérusalem, et six dans celle d'Antioche.
(1) In Amos, c. vi.
(2) Cyrill., I Catech, myst.