LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
Les Pères de l'Église ont longuement expliqué ce qu’il faut entendre par les œuvres, les pompes, les anges et le culte du démon. Les œuvres du démon comprennent les mensonges, les fraudes, les violences, les iniquités, les fornications, les homicides, en un mot tous les es qui sont inspirés ou patronnés par le démon (1). Le culte du diable, c’est l’idolâtrie et tout ce qui s’y rattache, comme les superstitions, les présages, les ligatures, les enchantements, etc. Les anges du diable, ce sont les démons inférieurs soumis aux ordres de Satan; par siècle, il faut entendre les vanités, les préjugés, les plaisirs dangereux qui sont avidement recherchés par les mondains, faisant passer les intérêts temporels avant ceux de l'éternité. Les pompes du démon sont le faste, la superbe, la vaine gloire, les amusements mondains, les jeux du cirque et du théâtre (2). On comprend que les Pères rangent les spectacles parmi les pompes du démon, quand on se rappelle que dans ces assemblées régnait une extrême licence et qu’on y rendait des honneurs aux faux dieux. Il en était encore ainsi au v° siècle, car Salvien nous dit dans son traité de la Providence : « Les spectacles sont le règne du démon : la foi et les sacrements, bases de la religion, y sont détruits. Se rendre à ces réunions, c’est donc manquer de parole à Jésus-Christ et battre en brèche le Christianisme. Rien de semblable chez les barbares : on n’y voit ni cirques, ni théâtres, rien qui ressemble à ces obscénités qui détruisent les saintes espérances et sont un fatal obstacle au salut. Et quand même ces spectacles seraient en usage parmi ces nations, leur culpabilité serait moindre, puisqu'elle ne comporterait pas la profanation du sacrement de baptême. Nous n'avons pas à alléguer les mêmes excuses qu'eux, nous qui récitons le symbole et qui, par nos actions, démentons nos paroles. Peu de zèle pour l'Église, beaucoup d’empressement pour le théâtre; peu d'attention pour ce qui se passe à l'autel, beaucoup d’application aux jeux de la scène : voilà le caractère de certains chrétiens. Arrive-t-il qu’en un même jour on célèbre une fête solennelle à l’église et des jeux publics dans le cirque? C’est dans le cirque et non dans Pois que se rend le plus grand nombre ; ce n’est pas l'Évangile qu’on écoute avec le plus d’attrait, c’est la comédie; la parole de mort est mieux reçue que la parole de vie, l’histrion est plus écouté que Jésus-
Christ. »
(1) Gyrill, 1 Cat, myst.; Concile de Tours (813), can, xvIr (2) Ghrys, Cat. II; Leidrad., de Sacr. bapt.; Concile de Mayence (847).
La renonciation était souvent rangée parmi les cérémonies qui précèdent l'entrée dans l’église. Aujourd’hui encore, à Milan, elle se fait aussitôt après la présentation de l’enfant par le parrain (r).
Au x siècle. en Russie, le baptisé, pour chasser le démon, élevait les mains en disant: «Il n’y a plus de mal caché en moi; je ne servirai plus le démon, je ne commettrai plus le péché (2). »
La formule des Constitutions apostoliques est à peu près conservée intégralement à Constantinople, à Alexandrie, à Antioche, à Jérusalem, "ete.
Dans la liturgie des Coptes, le diacre lit la renonciation, et le parrain la répète (3).
Ce rite a été conservé par les Luthériens et les Anglicans. Ceux-ci ont même très peu modifié l’antique formule. Le ministre dit au parrain : « Renonces-tu au nom de cet enfant au diable et à toutes ses œuvres ? à la vaine pompe et à la vaine gloire de ce monde et à toutes ses convoitises et aux affections corrompues de la chair, tellement que tu ne les suivras point et que tu ne t'y laisseras pas conduire? » — Et le parrain répond : « J'y renonce entièrement (4). »
Dans les églises réformées de France il y a aussi, mais seulement pour les adultes, une renonciation, non pas au démon, mais au péché. Voici le formulaire employé aujourd’hui. Le ministre : Etes-vous résolu à renoncer au péché et à régler toute votre vie sur les commandements de Notre-Seigneur? Répondez. — ZL’adulte : Oui.
Les renonciations étaient fort multiples dans le baptême des Anabaptistes et revêtaient une forme très singulière; dans le Rituel de Jean Denk, le Catéchumène renonce à sept esprits mauvais, à la crainte de l’homme, à la sagesse, à l’entendement, à l’art, au conseil, à la force, à l'impiété de l’homme, pour recevoir en échange la crainte de Dieu, la sagesse de Dieu, etc. Melchior Rink employait la formule
suivante : Es-tu chrétien ? — Oui. — Que crois-tu donc? — Je crois en Dieu mon Seigneur Jésus-Christ. — Combien veux-tu avoir de tes œuvres? — J'en veux un gros (un peu plus de deux sous). — Pour
combien veux-tu me donner tes biens? aussi pour un gros ? — Non. — Pour combien veux-tu me donner ta vie? aussi pour un gros ? —
(1) Dans le Rituel actuel de Milan, le prête ajoute: Memor esto sermonis tui, et nunquam tibi excedat tuæ series cautionis. Et le parrain répond : Memor ero.
(2) Boissard, l'Église de Russie, t.I, p. 131.
(3) Assemani, Cod. lit., 1. I, p. 138.
(4) Sparow, Ration. angl., p. 184; Formulaire de l'église anglicane (Genève, 1665).