LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
Une cérémonie védique, l’onction du feu, avait lieu au moyen du ghrita ou beurre clarifié. Les ascètes indous, dans leurs pratiques religieuses, se graissaient la tête avec une huile sainte extraite de l'arbre appelé ingoudi.
L'huile, symbole antique de la fertilité et de l’abondance, de force, de remède et de guérison, de parure et de joie, d'honneur et de respect, de royauté et de sacerdoce, a conservé toutes ces significations que le Christianisme a sanctifiées. Jésus-Christ ayant été oint d'une manière mystique et non matérielle qui le fit tout à la fois prêtre, prophète et roi, 1l fut l’Ornt par excellence, le Christ ; les sectateurs de sa foi, consacrés par les onctions du baptême, qui les associent aux gloires de sa royauté mystique et de son sacerdoce, sont, eux aussi, les onts, les chrétiens.
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De l'ancienneté et de la signification des onctions dans les rites chrétiens
Quelques écrivains protestants ont voulu attribuer l'institution des onctions à Pierre le Foullon, patriarche hérétique d’Antioche ; mais Théodore le Lecteur, qu'ils ont mal lu, dit simplement que ce patriarche introduisit l’usage de consacrer le chrême en présence de tous les fidèles (1). Théodore, archevêque de Cantorbéry, avance, sans aucun fondement, que le saint chrême a été institué par le concile de Nicée (2). Sicard, évêque de Crémone (3), en attribue l’honneur à saint Clément, mais sans doute en se basant sur le livre des Recognitions, ouvrage qui lui est faussement attribué et qui ne doit pas être de beaucoup antérieur à Origène. Les Constitulions apostoliques considèrent saint Matthieu comme l’instituteur de la bénédiction de l'eau et de l’huile. Saint Denys l’Aréopagite en parle comme d’un usage déjà ancien, et saint Basile le fait remonter à la tradition apostolique.
(x) Collect., 1. Îl.
(2) Penitent., liv. IV.
(3) Müitrale, 1. VI, c. xiv.
Les docteurs catholiques sont presque unanimes à considérer tous les sacrements comme institués immédiatement par Jésus-Christ (1), d’où il faut conclure que les saintes huiles sont d'institution divine; mais leur bénédiction ou consécration peut ne point remonter si haut. Celle de l'huile des infirmes paraît être la plus ancienne; vient ensuite celle de l’huile des Catéchumènes, et un peu plus tard celle du saint chrême.
Les Païens paraissent avoir été frappés du rite des huiles saintes employées dans le baptême. Nous lisons dans les Actes authentiques de saint Bénigne, apôtre de la Bourgogne, martyrisé en 178, que l'empereur Marc-Aurèle vint à Dijon pour inspecter les nouvelles murailles qu’on y avait élevées ; il profita de cette circonstance pour faire ériger un temple à Mercure et pour ordonner d’expulser tous les chrétiens de la ville. Le Comes Terentius s’engagea à exécuter les ordres de l’empereur. « Nous ne savons, lui dit-il, ce que c’est qu'un Chrétien, mais je connais un étranger qui a la tête rase, dont le costume et les mœurs diffèrent des nôtres. Cet homme recrute parmi le peuple des disciples qu’il soumet à une ablution dans l’eau et dont il oint tous les membres avec un baume. »
Théophile d’Antioche (2), — qui vécut peu de temps après saint Justin, — Origène, Tertullien, saint Cyprien (3) et tous les Pères du iv° siècle nous parlent des saintes huiles ; plusieurs d’entre eux nous en expliquent la vertu et la signification. Saint Ambroise nous dit que les onctions apprennent aux Catéchumènes qu’ils vont devenir des athlètes, obligés de combattre contre le siècle et les ennemis de leur salut. « Cette huile exorcisée, dit saint Cyrille (4), est le symbole de l’onction même de Jésus-Christ; elle vous a été communiquée afin que toute impression du péché fût effacée de votre âme..…., car cette huile, exorcisée par la prière et par l’invocation du nom de Dieu, a tant de vertu que non seulement elle purifie l’âme des restes du péché, mais qu’elle chasse les démons invisibles. » Les écrivains du moyen âge, commentant et développant les indications des Pères, ont fait remarquer que les onctions nous confèrent une sorte de sacerdoce, attendu que nous recevons dans le baptême la mission d'offrir à Dieu le sacri-
(1) Quelques commentateurs ont même cru qu’il s’agit des onctions sacramentelles dans
la deuxième épitre aux Cor., 1, 21, et dans la première épître de S. Jean, IL, 20 et 27. (2) Lib. I ad Antol.
(3) Ep LXX (4) IT Catech. mystag.