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LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

fice de notre esprit, de notre raison, de notre cœur, de nos adorations, ce qui, selon l'expression de l’apôtre saint Pierre, constitue un sacerdoce royal ; qu'avant d’entrer dans l'arène de la vie chrétienne, nous devons être oints de l'huile fortifiante pour lutter, en courageux athlètes, contre le monde et les passions ; que rien n’exprime mieux la grâce que l'huile, dont la nature est de nourrir, d'éclairer, de réchauffer, de fortifier et de guérir. Si Claude de Vert, toujours enclin au naturalisme, avait médité ces considérations symboliques, il n’aurait pas vu dans les onctions baptismales une préparation matérielle à l’ablution de l’eau et une substitution aux frictions d'huile dont usaient les anciens avant de se mettre au bain (1).

$ 3 Des diverses espèces et des noms des saintes huiles

Il y a trois espèces de saintes huiles qui sont consacrées le jeudi saint par l’évêque : l'huile des infirmes, l’huile des Catéchumènes et le saint chrême.

1° L'huile des infirmes, oleum infirmorum, composée uniquement d'huile d'olive, sert dans le sacrement de l’extrême-onction et dans la bénédiction des cloches.

2° L'huile des Catéchumènes, oleum sanclum, composée d’huile d'olive, est employée dans les onctions qui précèdent le baptême, dans la bénédiction des fonts baptismaux, dans l’ordination des prêtres, dans la consécration des églises, des autels fixes et des autels portatifs. Elle a été désignée sous le nom d’huile sainte, huile sacrée, huile sanctifiée, huile de l’onction, huile de paix, huile d’allégresse, huile exorcisée; cette dernière dénomination provient sans doute de ce que, dans plusieurs anciens Sacramentaires manuscrits, la bénédiction de cette huile est intitulée : Æxorcismus olet Catechumenorum. Les Syriens l’appellent Galilæion.

3° Le saint chrèême, composé d'huile d'olive et de baume, est employé dans l’onction verticale qui suit l’ablution baptismale, dans le sacrement de confirmation, dans la consécration des évêques, dans celle des patènes et des calices, dans la consécration des autels fixes et

(1) Expl. des cérém. de PÉgl;t. Iych. n, p. 368.

portatifs, dans la dédicace des églises, dans la bénédiction des fonts et des cloches, dans le sacre des rois, etc. Le chrême, désigné parfois sous les mêmes noms que l'huile des Catéchumènes, est encore appelé l'huile, l'huile de bénédiction. Les Grecs la nomment s1yre, püpov (onguent, parfum). C’est du mot chrisma et non pas du nom du Christ que Tertullien, Théophile d’'Antioche et saint Cyrille de Jérusalem font dériver la désignation de Chrétiens, qui n'apparaît que vers l'an 42 ou 43 de notre ère (tr).

Outre ces huiles sacramentelles, on peut encore distinguer : 1° l’huile bénite par le prêtre et différente de celle des Catéchumènes, dont les Coptes se servent pour les premières onctions seulement; 2° l’huile bénite par le prêtre pour être brûlée devant les saintes images et dont les fidèles de l'Orient se font parfois oindre le front; 3° l'huile de la sainte Croix qu'on faisait brûler devant la croix et le tombeau des saints, pour en faire des onctions aux malades et aux infirmes (2); 4° l’huile qu’on fait brûler devant le Saint Sacrement; 5° l'huile dont on se servait jadis pour ensevelir les morts et spécialement les moines et les évêques; 6° l'huile miraculeuse qui découle, à Bari, du tombeau de saint Nicolas; 7° l’huile que M. Dupont, de Tours, faisait brûler devant l’image de la sainte Face et dont les onctions ont produit de si nombreuses guérisons, etc.

De la composition des saintes huiles

Nous avons dit que l'huile des infirmes et celle des Catéchumènes ne se composaient que d’huile d'olive. Les oliviers, introduits en Provence par les Phocéens, restèrent fort rares en France sous la première et la seconde race; c’est dans un but religieux que la loi des Visigoths et un concile de Narbonne (1054) protégèrent leur conservation. Du temps de Charlemagne, on tirait l'huile d'olive de l'Orient et de l’Afrique. C’est ce qui nous explique pourquoi on ne faisait pas dans les églises latines les amples ablutions usitées en Orient, et pour-

(1) Mamachi, Orig. christ., 1.1, 2 3.

(2) Et elle fut guérie par l’huile de la sainte Croix, dit Cyrille de Scythopolis dans sa vie de S. Saba (ch. xzrv).

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