LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
consacrer le saint chrême un autre jour que le jeudi saint, ce qui prouve que cette époque liturgique était déjà déterminée. On ne consacra d’abord que le saint chrême; plus tard on y joignit, pour plus de commodité, la bénédiction de l'huile des Catéchumènes et de celle des infirmes. Pourquoi a-t-on choisi le jeudi saint? c’est parce que, ce
jour-là, nous répondent les liturgistes du moyen âge, Magdeleine oignit de parfums la tête et les pieds du Sauveur; c’est aussi parce que c’est
anniversaire de l'institution de l’Eucharistie, et que c’est dignement en célébrer la mémoire que de fêter indirectement à la fois l'institution des autres sacrements qui, la plupart, réclament l'emploi des huiles saintes. Ce n’est qu’en vertu d’une dispense du Pape et pour des raisons très graves que ce jour peut être changé.
Les Jacobites coptes consacrent aussi le saint chrême le jeudi saint, depuis une ordonnance de leur soixante-deuxième patriarche, Amba- Ephrem ; antérieurement c'était le vendredi saint, jour où, chez eux, se conférait le baptême solennel. Ils prétendaient que cette date avait
n été prescrite par un ange à Théophile, leur vingt-troisième patriar-
che (1). En Arménie, la consécration des saintes huiles ne se fait que tous les sept ans, la veille de Notre-Dame de Septembre; en Syrie, on reste Jusqu'à trente ou quarante ans sans procéder à cette cérémonie.
La consécration du chrême, d’après une très ancienne tradition, a toujours été réservée à l'évêque, sauf de rares exceptions. Les Constitutions apostoliques disent que l'évêque bénit l’eau et l’huile, mais qu’en son absence il est remplacé par le prêtre, assisté d’un diacre, pour remplir ces deux fonctions (2). Saint Cyprien, écrivant aux évêques de Numidie, fait remarquer que l’évêque seul a droit de bénir le saint chrême pendant la célébration des saints mystères. Le Bréviaire romain, dans les leçons du 31 janvier, attribue à saint Sylvestre un décret relatif à ce point de discipline. Il y eut, à diverses époques, des infractions à ce sujet, car plusieurs conciles furent obligés de réprimer les empiètements des simples prêtres qui s’arrogeaient ces fonctions (3), et, au commencement du xi° siècle, le concile de Ravenne fut encore obligé d’interdire aux archiprêtres, sous peine de déposition, de consacrer le saint chrême.
(1) J.-M. Vanslet, Hist. de l'Église d'Alexandrie, p. 231.
(2) Benedicat episcopus aquam et oleum, sin vero non adsit, benedicat presbyter præsente diacono. (L. VIII, c. 1x.) :
(3) 22 Conc. de Carthage (390); 3e et 4e Conc. de Carthage (393 et 397); Conc. de Tolède (400).
L'évêque consécrateur doit être accompagné des deux premiers | dignitaires du chapitre, de douze prêtres en chasuble, de sept diacres en dalmatique et de sept sous-diacres en tunique. C'était ainsi qu'était composé ordinairement le collège des ministres dans chaque église cathédrale. Comme tous les membres du presbytère consacraient ce, jour-là la victime sainte avec l’évêque, il était naturel qu'ils partici= || passent aussi à la bénédiction des saintes huiles qui se faisait après lan messe. Amalaire nous dit (1) que le Pape, en officiant, était entouré de ce même nombre de ministres, et que les évêques imitèrent cet usage pour donner plus de solennité à la consécration des saintes huiles.
« Les douze prêtres, nous dit Rupert (2), rangés autour de l’évêque comme témoins et coopérateurs de son ministère, représentent les. douze Apôtres en la présence desquels le souverain Pontife, Jésus- Christ, a dans ce jour écrit son testament, en leur promettant l’envoi de son Esprit-Saint. » |
Au moyen âge et surtout dans les deux derniers siècles, les pres-. criptions liturgiques n’ont pas toujours été observées. L'évêque était parfois assisté, en nombre indéterminé, par tous les prêtres de la cathédrale et des paroisses. Au xvrn* siècle, à Saint-Étienne de Sens, l'officiant était accompagné de deux chanoines et de treize prêtres cardinaux, ainsi appelés parce qu'ils se tenaient aux deux coins de l'autel (3). En 1707, l’archevêque de Lyon réduisit à sept le nombre des prêtres assistants, sous prétexte de se conformer à un ancien Pontifical lyonnais dont on venait de retrouver un exemplaire (4). Dans le | rite parisien, ce sont deux archidiacres et deux archiprètres qui assistent l’archevêque.
La Sacrée Congrégation des rites a décidé que, lorsque l’évêque n’a point le nombre voulu de prêtres séculiers pour la consécration des saintes huiles, il doit recourir aux prêtres réguliers ; que lorsque, dans. un diocèse, il est par trop difficile de réunir le nombre exigé de prê-. tres, de diacres et de sous-diacres, on peut néanmoins procéder à l'office, pourvu qu'on se conforme, quant au reste, aux prescriptions du Pontifical (5). |
Pendant longtemps les patriarches de Constantinople, de Jérusalem,
1) DelOfficreccl ML rc ir.
2) De Div. offic., c. xvinr.
3) Moléon, Voy. liturg., p. 173.
4) Claude de Vert, Expl. des cér., ch. 111, n. 20.
( ( ( ( (5) N° 1207, 11 nov. 1641; n° 1282, 24 jan. 1643; n° 1330, 23 jan. 1644.