LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
Les Synodes (1) ordonnent aux curés qui ont recu les huiles nouvelles, soit de verser les anciennes dans les fonts baptismaux ou dans la lampe qui brûle devant le Saint Sacrement, soit d’en imbiber des étoupes qu’on brûle dans la sacristie ou au-dessus de la piscine. Quelques anciens Pontificaux ordonnent de mêler l’ancien chrême avec le nouveau (2).
Dans certaines provinces, du moins jusqu’au x° siècle, la matière des saintes huiles était une offrande faite par les fidèles (3); par conséquent on n'avait rien à exiger pour leur distribution. Mais lorsque l’évêque était obligé d'acheter des substances venues de pays lointains, il se croyait souvent en droit de faire payer, non point la bénédiction, mais la valeur matérielle du chrême qui était assez élevée, si l’on en juge par le vieux proverbe du moyen âge, cher comme chrême. Il dut y avoir des abus à cet égard, puisque plusieurs anciens conciles (4) défendent de rien demander pour la distribution des saintes huiles. Au vi‘ siècle, en Espagne, l’évêque, à cette occasion, percevait un tribut nommé fremisses, qui fut aboli par le concile de Brague (563). Toutefois, comme c'était là surtout une marque de la dépendance des prêtres vis-à-vis de leur évêque, on substitua à cette coutume une redevance annuelle qu'on payait pendant le synode et qu’on appelait jus cathedraticum. Au moyen âge, l'usage prévalut de nouveau d'exiger une faible rétribution — denarit chrismales — pour couvrir les frais de débours. Le B. Lanfranc, dans une lettre adressée à Sligaud, évêque de Chichester, parle de cet usage sans le blâmer. Les Statuts de Langres, de 1651, permettent aux doyens ruraux de recevoir 20 deniers tournois de chaque curé de leur circonscription, comme dédommagement des frais de voyage et de lacquisition de l’huile. Au xvin® siècle, en Normandie, chaque curé payait à l’archidiacre 5 sols pour son déplacement. Aujourd’hui, ce sont les fabriques qui payent à l'évêché une légère rétribution pour la réception des saintes huiles.
(1) Syn. de Nîmes (1284) ; Concile de Palencia (1322); Syn. d’Alais (1724), etc.
(2) Au xvune siècle, en France, beaucoup de curés brülaient les vieilles huiles le jeudi saint et se mettaient ainsi dans l'impossibilité de faire les onctions du baptême jusqu’au jour où ils recevaient les huiles nouvelles.
(3) Alcuin, De div. offic., c.xvr et xvur.
(4) Conc. de Merida, Châlons-sur-Saône, Meaux, Barcelone; Capit. de Charlemagne (803).
Ter IT. 25
De la conservation des saintes huiles
D'après les recommandations des Rituels, les huiles du baptême doivent être conservées dans des vases déposés dans une armoire fermée à clef, de l’église ou de la sacristie. À Rome, l'armoire aux saintes huiles, placée près de l'autel, à environ cinq pieds du sol, du côté de l'évangile ou de l'épître, porte ordinairement sur ses volets en marbre blanc, en métal ou en bois doré, cette inscription : Olea sancia. L'intérieur, boisé, est divisé en deux compartiments; celui du haut, revêtu de toile blanche, est réservé au saint chrême; l’inférieur, paré d'une garniture violette, contient les deux autres saintes huiles. Le tabernacle destiné à cet usage, dans le déambulatoire de Saint-Jean de Latran, date du xv° siècle.
Dans la plupart des églises catholiques d'Angleterre, une armoire pour les saintes huiles est ménagée dans la chapelle des fonts, ce qui
est assez rare en France.
En Orient, le #1yron, contenu dans une boîte, est souvent suspendu
à un mur de l'église.
De nombreux statuts anciens et modernes ont défendu aux curés de conserver les saintes huiles dans leur presbytère, à moins qu’ils ne se trouvent par trop éloignés de leur église. Dans le diocèse de Gand, beaucoup de pasteurs, après les avoir reçues, les conservaient chez eux jusqu'au dimanche suivant; alors, dans une procession solennelle, le clergé les portait sous un dais jusqu’à l’église et les versait dans les fonts baptismaux. La Congrégation des Rites, consultée sur cet usage, répondit, en date du 20 décembre 1826, qu'il fallait abolir cette coutume et s’en tenir à la rubrique.
On pourrait s'étonner de l’insistance qu'ont mise les Conciles, les Synodes et les Rituels (1) à recommander de tenir les saintes huiles sous clé, si lon ne se rappelait que la superstition faisait employer le saint chrème pour les guérisons et les maléfices (2). On allait jusqu’à croire qu'un scélérat, qui se frottait les lèvres avec le saint chrême ou qui en avalait, pouvait soustraire ses crimes à toutes les
(1) vie Conc. d'Arles (475); 1ve Conc. de Latran (1215); Conc. d'Oxford (1222); Syn. de
Foligno (xvit s.), etc.
(2) Delrio, Disquis. magic, ce. 11, sect, 1.