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LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

enquêtes. Un capitulaire de Charlemagne, sanctionnant un canon du cofcile de Tours (813), ordonne que si un prêtre donne ou vend du saint chrême dans le but d’arrêter le cours de la justice, il sera déposé et aura la main coupée.

Au x siècle, à Soissons, quand l’évêque était absent le jeudi saint et qu'il n’y avait plus de chrême, on en demandait à une ville voisine. Le doyen de cette cité, sur l’ordre de son archidiacre, appor. tait les ampoules dans une église paroissiale, située hors des murs de Soissons. Le doyen de la cathédrale s’y rendait solennellement avec le clergé, saluait et baisait les vases sacrés que deux acolytes et un sous-diacre portaient processionnellement à la cathédrale (1).

Pendant la grande Révolution , on était obligé d'entretenir les saintes huiles en y ajoutant successivement de l’huile d'olive, jusqu'à ce qu’une circonstance favorable, mais bien rare, permit à l'évêque insermenté d’en faire parvenir de nouvelles; elles étaient conservées dans les demeures particulières où le prêtre trouvait un asile.

Plusieurs théologiens ont prétendu que lorsqu'on n'avait pu recevoir ni se procurer de nouvelles saintes huiles, par exemple par suite d’une guerre civile ou d’une invasion, il fallait ajourner la chrismation : c’est ainsi qu’on faisait en France. Un décret de la Congrégation des Rites a déclaré qu’en ce cas on doit faire les onctions avec l'huile des Catéchumènes et le saint chrème de l’année précédente {2).

Des vases aux saintes huiles

On distingue trois sortes de vases aux saintes huiles : 1° les grandes ampoules qui servent, le jeudi saint, pour leur consécration; 2° les vases moins grands dans lesquels on transportait les huiles consacrées, dans les églises plébanes ou décanales; 3° les petits vases paroïssiaux dans lesquels on les conservait pour l'administration des sacrements.

(1) Rituel de Névelon, p. 258.

(2) 23 sept. 1837, n° 4672.

Ces diverses sortes de vases remontent à une antiquité aussi haute que celle de la consécration des saintes huiles.

Le nom d'ampoule (d'ampla olla), qui ne s’appliqua d’abord qu'aux vases à gros ventre destinés à la conservation des huiles et à leur transport, se donna également ensuite aux petits vases paroissiaux, qui sont aussi désignés sous les noms de patena chrismalis, chrismatorium, chrismarium, phialæ, chrismatoires, crismate, crêmier, cresmeau, fiole, flacon, flacon au crême. On appelait boîte au crême, boîte aux huiles, la boîte ou coffret qui contient les ampoules.

Les ampoules, ordinairement en argent ou en étain, ont été parfois faites en verre, en cristal, en corne, en ivoire, en cuivre doré, en vermeil et même en or et en pierres précieuses. Les plus anciennes étaient peut-être en terre; saint Optat de Milève nous parle (1) d’un vase de terre rempli de chrême, que des Donatistes avaient jeté par une fenêtre et qui ne se brisa point, bien qu’il füt tombé sur des cailloux.

Au baptistère de Saint-Jean de Latran, le chrême était contenu dans un vase du poids de 50 livres, placé sur une colonne de porphyre. Un Pontifical anglais de Jumièges (xur° siècle) fait mention d’une ampoule d’or pour la consécration du saint chrême (2). Un inventaire de la cathédrale de Laon (1523), publié par M. Ed. Fleury, indique trois grandes ampoules en argent pour la consécration des saintes huiles. Les Mingréliens conservent le chrême dans une corne ou une bourse de cuir.

Aujourd’hui, les grandes ampoules pour la consécration des saintes huiles et pour leur distribution aux doyens sont des vases d'étain plus ou moins renflés par le milieu et munis d’un couvercle cylindrique qui ferme à vis à l’intérieur. Les petites ampoules sont des vases de forme cylindrique, ayant environ 45 millimètres de hauteur sur 50 de diamètre, fermés par un couvercle plat se vissant sur le cylindre. C'est dans ce cylindre que le prêtre trempe le pouce pour faire les’ onctions. Le plus ordinairement, le vase de l'huile des Catéchumènes et celui du saint chrême sont réunis dans une petite boîte métallique de forme carrée, dont le couvercle pyramidal à charnière est surmonté d’une petite croix.

Autrefois, la forme de ces vases était beaucoup plus variée. Il y eut dans les premiers siècles des chrémiers en forme de poisson et de

GiConr Donat lc (2) D. Martène, De ant. eccl. rit., c. xxur, art. 3.

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