LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
colombe. Au moyen âge, la forme la plus usitée est celle de deux ou trois petites tours, accolées à un noyau central, tantôt cylindrique, tantôt triangulaire. Dans chaque tourelle se trouvait la fiole qu’on pouvait en enlever; les clochetons des tourelles formaient des couvercles mobiles. Parfois, il n’y avait pour les trois vases qu’un couvercle unique, mû par une charnière. On adjoignait souvent au vase de l’extrême-onction une petite salière en argent, en étain ou en bois de saule.
Pour ne point s’exposer à confondre entre elles les saintes huiles, on mettait sur chaque vase, comme on le fait encore aujourd’hui, une inscription abrégée qui en indiquait le contenu; sur la burette de l'huile des Catéchumènes : O. S. (O/eum sanctum) ou O. C. (Oleum Catechumenorum) ou CATH.; sur le vase au saint chrême : S.C. (Sanctum chrisma) ou Cr.; sur l'huile des infirmes : O. [. (Oleum infirmorum) où EXT VNCT. Quelquefois on
Vase aux saintes Huiles de Sainte-Marie
aux Lys. (Cologne.) ajoutait le nom du donateur de l’ampoule : sur un de ces vases conservés à la cathédrale de Ravenne, on lit l'inscription suivante : Servvs CHRriSTI MAXIMIANVS ARCHIEPISCOPVS HOC
CHRISMARIVM AD VSVM FIDELIVM FIERI IVSSIT.
Les trois vases réunis étaient contenus dans un étui en bois façonné au tour, entièrement recouvert de cuir avec gaufrures dorées et tapissé intérieurement de soie blanche. Enfin, le tout était enveloppé dans un sachet également en soie blanche. Aujourd’hui le vase de l’huile des infirmes est ordinairement isolé des autres, renfermé dans une boîte métallique de forme carrée ou dans une boîte cylindrique en carton recouvert de cuir. Le prêtre qui va donner l’extrême-onction porte ce petit coffret suspendu à son cou dans une bourse en soie de couleur violette.
La plus célèbre des ampoules est assurément celle qui, d’après le témoignage d’Hincmar, aurait été apportée par un ange pour le baptême de Clovis. Cette fiole en verre, renfermant un baume épais de couleur rougeûtre, fut brisée, en octobre 1793, par Ruhl, membre de la Convention, alors en mission à Reims. Le reliquaire de vermeil où
se trouvait la sainte ampoule fut envoyé à la monnaie; une partie du baume fut sauvée par le curé de Saint-Remi; en 1825, on fit exécuter un nouveau reliquaire qui coûta 22,300 francs.
« En expliquant naturellement l'apparition de la colombe, dit Pabbé Bourassé (1), on a supposé que l'écrivain primitif avait employé dans son récit un style poétique, dont on peut saisir le vrai sens si on se reporte aux usages de nos églises primitives. On avait coutume de suspendre dans le baptistère une colombe d’argent dans laquelle on renfermait les saintes huiles, de même que l’on suspendait audessus du maître-autel une autre colombe d’argent où l’on plaçait la réserve eucharistique. Lorsque saint Remi baptisa Clovis, l'évêque prit les saintes huiles dans la colombe du baptistère, et, dans son enthousiasme, le narrateur aura parlé d’une colombe descendue du ciel. Nous n'avons pas la prétention de trancher une question aussi délicate, quoique nous inclinions à admettre l'explication naturelle des écrivains modernes. »
Nous ne voulons pas non plus traiter incidemment une question qui
ue a donné lieu à tant de controverses(2); nous nous bornerons à faire remarquer que Ja descente céléste dE sainte ampoule est représentéesur : une feuille de diptyque d'ivoire conservée au musée d'Amiens ; or cet ivoire, d'après M. du Sommerard (3) etle Docteur Rigollot (4), a été exécuté à une époque peu éloignée des événements qu’il représente. On y voit, au-
La descente céleste de la sainte Ampoule.
QD TC ET AC REED ee (2) CF. Morus, De sacris unctionibus ; Le Tanneur, Traité apologétique de la sainte Ampoule; Vertot, Dissertation insérée dans le tome II des Mém. de l'ancienne Acad. des
inscript.; Tarbé, Hist. des églises de Reims, p. 190: l’abbé Cerf, Descript. d 5 de Reims © IL p.566. > P+ 199; ) cript, de la cathédr.
(3 Les Arts au moyen-äge, t. II, p. 289.
(4) Notice sur une feuille de diptyque d'ivoire représentant le baptéme de Clovis.