LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
Un bon nombre d'anciennes ampoules sont encore conservées dans les sacristies et les musées. Nous nous bornerons à citer les trois ampoules en plomb, datant de la Renaissance, de la collection Sauvageot, au musée du Louvre; une ampoule du xn° siècle, cristal monté en argent, au musée de la Société des Antiquaires de Normandie, à Caen; une boîte aux saintes huiles, chef-d'œuvre de Corneille de Bonte, faisant partie de la collection de M. Ch. Onghena; le Chrismatorium du saint évêque W. Wykeham, au New College d'Oxford; diverses pyxides conservées au musée de Cologne et dans les églises Sainte-Catherine et Sainte-Marie-aux-Lys de cette ville.
On rencontre aussi dans quelques collections particulières et dans les trésors d’églises, surtout en Allemagne, des cornes de buffle ou des défenses d’éléphant, montées sur un ou plusieurs pieds, et qui ont servi de vases sacrés pour la consécration des saintes huiles. On a donné parfois aux églises, pour remplir cette destination liturgique, d’anciennes cornes à boire décorées d’ornements profanes. L'oliphant du musée d'Angers, représentant une scène de chasse, paraît avoir appartenu, avec cette destination, à l’église aujourd’hui détruite de Saint- Jean-Baptiste d'Angers. (Voir la gravure de la page précédente.)
Telle est encore la corne servant à la consécration du saint chrême qui se trouve à la cathédrale de Gran (Hongrie), et dont les scènes galantes, sculptées au xv° siècle, indiquent bien qu’elle a servi dans les festins d’apparat. La même cathédrale possède un autre vase en forme de corne renfermant l'huile des Catéchumènes. Ce ne sont pas seulement les pieds de griffon servant de support, mais c’est la configuration entière du vase et ses ornements qui lui donnent la physionomie de l’oiseau fabuleux connu sous le nom de griffon (r).
D’après M# Bock, un vase en cristal (xvi° siècle) de la cathédrale de Gran a dû servir à conserver une des huiles consacrées : « En parcourant un catalogue du trésor de Saint-Vaast de Prague, il y a trouvé la mention d’un vasculum ad modum pyxidis in quo portatur chrisma ad unguendos reges. Si un vase de cristal, en forme de boîte, renfermant le saint chrême, était destiné à l’onction des rois de Bohême, un vase semblable pouvait servir, dans le trésor de Gran, à l’onction des rois de Hongrie; le privilège d'oindre ces souverains apparte-
(1) Ces deux cornes ont été décrites par M. le chanoine Bock dans la Revue de l'Art chrétien, t. IV, p. 131.
nait, en effet, à l'archevêque de Gran, comme primat du royaume de Hongrie (1). »
On conserve dans la sacristie patriarcale de Moscou :
1° une cuve d’argent destinée à faire cuire le saint chrème, don de Catherine II. Sur le couvercle, on voit les quatre Évangélistes, et Samuel versant l'huile de la consécration sur la tête de David. Sur cette cuve, ainsi que sur deux chaudières d'argent, ayant la même destination, on lit la légende suivante : « Par l'ordre auguste et agréable à Dieu de la très pieuse souveraine, la grande Catherine II, impératrice et autocrate de toutes les Russies, ce vase a été fait à l'usage. de la préparation du saint chrême, l'an six du règne heureux de sa Majesté et l'an de grâce 1767. » 2° Quatre puisoirs d'argent doré avec lesquels on verse le saint chrèême; ils datent aussi de 1767. 3° Seize cruches d’argent destinées à conserver le saint chrèême, et où on lit cette inscription : « Le très pieux autocrate de toutes les Russies, Paul Petrovitch, la veille du jour de son sacre, l'an de grâce 1797, ayant honoré de son auguste présence la chambre synodale où se fait la préparation du saint chrême, a daigné ordonner de confectionner ce vase d’argent. » 4 Un vase en cuivre à goulot étroit, recouvert d’écaille de nacre. Ce serait,
(1) Revue de l'Art chrétien, 1. I, p. 407.