‹ Histoire du Sacrement De BaptemeChapitre 226 sur 445 · LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

d’après la tradition, une copie du vase à parfums dont se servit sainte Madeleine pour parfumer la tête et les pieds du Sauveur. Ce vase, qu'on nomme l’Albâtre, aurait été envoyé avec du saint chrême de Constantinople à Kieff, à l’époque de l'introduction du Christianisme en Russie. « Selon un antique usage, dit M. l’archimandrite Sabas (1), à qui nous empruntons ces détails, pendant la consécration mystérieuse du saint chrème dans la cathédrale de l’Assomption, en signe de la continuité du sacrement dans l'Église orthodoxe, on prend de l’Albâtre quelques gouttes qu’on ajoute au mélange du chrême, en remplaçant par le nouveau saint chrême ce qui se prend de lPA/bâtre, afin que la source sacrée ne tarisse jamais. »

Ajoutons que sur l'autel de l’église patriarcale de Moscou, on voit une grande fiole au saint chrême, en nacre de perles, cloisonnée d’or, dont le bouchon est surmonté d’une croix décorée de roses et d’émeraudes. On lui attribue une origine persane, mais M. de Linas, si compétent dans ces questions, n’est pas éloigné de croire que c'est une œuvre slave du xvu° siècle (2).

ARTICLE IX

Onctions de l'huile &es Catéchumèncs

Après la renonciation à Satan, le prêtre trempe le pouce dans l’huile des Catéchumènes et fait sur la poitrine et entre les épaules de l'enfant une onction, en forme de croix, en disant : « Je t'oins k de l'huile du salut, en Jésus-Christ Notre Seigneur, pour que tu aies la vie éternelle. » Aussitôt après il éponge avec du coton ou une autre substance analogue son pouce et les endroits oints du catéchumène, puis il dépose l’étole violette.

Dans le rite grec, après l’adhésion au Christ, le prêtre encense le kolymbitra et bénit l’eau. L’évêque diocésain ne consacrant pas, le jeudi saint, d'huile pour les Catéchumènes, on bénit, immédiatement avant les onctions, l’huile d'olive qu’on vient d’acheter chez l’épicier.

(1) Sacristie patriarcale de Moscou, p. 64.

(2) Reyue de l’Art chrétien, t. XXV, p. 468.

Le prêtre prend de cette huile, fait un signe de croix sur le front de l'enfant, en disant : « Le serviteur de Dieu N... est oint d'huile d’allégresse, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen. » En signant la poitrine et les reins, il ajoute : « Pour la guérison de l’âme et du corps; » il continue les onctions aux oreilles, en disant : « Pour l'audition de la foi; » aux pieds: « Pour marcher dans ses voies; » aux mains : « Tes mains m'ont fait et m'ont créé. »

L'onction du corps tout entier, usitée chez la plupart des Orientaux, est de la plus haute antiquité. « Vous oindrez d’abord les Catéchumènes de l'huile sainte, puis vous les baptiserez avec de l’eau, » disent les Constitutions apostoliques (1). D'après le livre de la Htérarchie céleste, l'évêque commençait l’onction par trois signes de croix sur le Catéchumène, et un prêtre continuait les onctions par tout le corps. « Ayant été dépouillés, dit saint Cyrille (2), vous avez été oints d’huile exorcisée, depuis le sommet de la tête jusqu'aux pieds, et vous êtes devenus participants de l'huile sainte de Jésus-Christ. » Saint Jean Chrysostome dit (3) du futur baptisé que « il est oint comme les athlètes qui vont entrer dans la stade. »

On a prétendu (4) que l'Église latine, à partir du vwi° siècle, avait restreint les onctions à la poitrine et aux épaules. C’est là une assertion toute gratuite. Aucun texte ne prouve qu'on ait jamais eu recours dans l'Église latine à l’onction de tout le corps; les Pères latins des quatre premiers siècles gardent même un silence absolu sur l’huile des Catéchumènes; il n’en est pas question dans saint Maxime de Turin, qui donne des détails si précis sur toutes les cérémonies du baptême. Les textes de saint Cyprien, de Tertullien, de saint Ambroise, de saint Augustin, qu’on invoque à cet égard, nous semblent se rapporter tous à l’onction du saint chrême. Celle des Catéchumènes apparaît dans les Sacramentaires de saint Gélase, de saint Grégoire le Grand et dans les liturgistes des vmn° et 1x° siècles, d’où il serait naturel de conclure que l’onction de l'huile des Catéchumènes, considérablement réduite quant à son application, a passé de l'Orient en Occident vers le v° siècle. La Liturgie gothique dont l’antique source venait de Constantinople, conserva un plus grand nombre d’onctions. On lit cette prière dans le Missel duix‘siècle, publié par le cardinal Tomasi :

FRIC SCT

2) TN CatomysE au

3) Hom. VI in Ep. ad Coloss.

4) Charvoz, Précis d’ant. liturg., p. 142.

Page 1