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LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

« Je vous signe au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, afin que vous soyez chrétien ; les yeux, afin que vous voyiez la splendeur de Dieu; les oreilles, afin que vous entendiez la voix du Seigneur ; le nez, afin que vous respiriez la bonne odeur de Jésus-Christ; le cœur, afin que vous croyiez à l’indivisible Trinité. » Outre les onctions à la poitrine et aux épaules, le Sacramentaire gallican mentionne celles des narines et des oreilles, et Jessé, dans son épître sur le baptême, celle du dos.

Les Pères grecs n’ont pas manqué de développer le symbolisme de cette cérémonie: « Le divin hiérarque, dit saint Denys l’Aréopagite(r), commence, et, après lui, les prêtres achèvent l’onction sainte sur le corps de l’initié, comme si par cette figure ils l’appelaient aux combats dans lesquels il doit s'exercer sous la présidence du Christ. Car c’est Jésus-Christ qui, en tant que Dieu, a institué ces combats; sage, il a réglé les conditions du succès; magnifique, il a préparé aux vainqueurs de nobles prix. Il y a quelque chose de plus merveilleux : parce qu’il est bon, Jésus-Christ entre en lice avec les athlètes, combattant pour leur liberté et leur triomphe contre l'empire de la corruption et de la mort. L'initié courra donc gaiement à ces luttes, car elles sont divines; il restera fidèle, constamment fidèle aux sages ordonnances qui règlent son courage, soutenu par le ferme espoir de récompenses éclatantes, et rangé sous la discipline de son bon seigneur et chef. Ainsi marchant sur les traces divines de Celui qui daigna être le premier athlète, il vaincra, comme son maître, les malins esprits et les penchants déréglés, durs ennemis du salut, et mourra avec Jésus-Christ de cette mort mystique qui tue le péché dans le baptême. »

Saint Cyrille de Jérusalem, s'adressant aux néophytes, leur dit (2) : « On vous a oints, au baptême, de l'huile exorcisée afin de vous rendre participants de l’huile d'olivier franc qui est Jésus-Christ sur lequel vous avez été entés par le baptême. C’est l’onction de Jésus-Christ qui vous a été communiquée, afin qu'il ne reste en vous aucune impression du péché; car, de même que les insufflations des Saints et l'invocation du nom de Dieu sont à l’égard des démons comme une flamme très ardente qui les brûle et qui les met en fuite, ainsi cette huile exorcisée par la prière et par le nom de Dieu a tant de vertu, que non seulement elle purifie l’âme des restes du péché, mais

(1) De Hier. eccl., c. ur.

(2) II Cat. myst.

qu’elle en chasse les démons invisibles; puis on vous a conduits au saint lavoir du divin baptême, comme Tete fut porté de la croix au sépulcre. »

Les liturgistes de l’Église latine expliquent le symbolisme de la localisation des deux onctions. Ives de Chartres dit (1) aux Catéchumènes : « Vous avez recu l’huile sainte sur votre poitrine, afin que la sagesse brille dans votre cœur. Vous l'avez reçue sur vos épaules, afin que, dans lexercice des bonnes œuvres, vous manifestiez une patience à toute épreuve et que votre main gauche ne sache pas ce qu'a donné la droite. Et parce que c’est aux épaules que réside la force pour porter de pesants fardeaux, vous avez été faits athlètes de Jésus-Christ par l’onction de cette partie de votre corps, et vous avez dû apprendre par là que votre vocation était de combattre. »

D’après l'explication d’Innocent III (2), « l’onction faite sur la poitrine marque la foi qui doit animer le cœur du chrétien; et celle qui se fait entre les épaules désigne la force que nous donne la grâce du baptême RO pratiquer les bonnes œuvres, sans lesquelles notre foi ne serait qu’une foi morte. »

Dans la grande majorité des Églises, l'onction des Catéchumènes avait lieu, comme aujourd’hui, entre la renonciation au démon et les interrogations sur la foi. Le Sacramentaire de Gélase place cette cérémonie avant la renonciation; le rite milanais laccomplit après linsufflation; le rite grec, immédiatement avant l’ablution.

L'usage de faire les onctions avec la spatule ou virgule au lieu du

pouce s’est probablement introduit en temps de peste et à des époques diverses, selon les pays. Ainsi, par exemple, l'emploi du pouce est prescrit dans un Sacerdotal de Reims de 1585, et celui de la virgule est indiqué dans le Rituel de Paris de 14097. Depuis le retour à la liturgie romaine, en France, on tend de plus en plus à se conformer exactement aux prescriptions du Rituel universel. * Nous terminerons cet article en donnant quelques renseignements sur les rites orientaux. En général, le prêtre, après un certain nombre d’onctions déterminées, faites avec le pouce et l'index, met de l'huile dans le creux de sa main droite et en frotte tout le corps de l’enfant. Le pape Innocent IV et Benoît XIV, tout en engageant les Grecs à abandonner cet usage, l’ont pourtant diére (3).

(1) Serm. de sacram. dedical.

(2) Cap. Cum venisset, Extrav. De sacr. unct. (3) Bullar. roman., ed. Taurin., t, III, p. 581.

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