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LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

résurrection du Sauveur (1), ou bien encore la Trinité au nom de laquelle on est baptisé (2). Le moyen âge a accentué ce symbolisme en disant que ce rite indique la mort du triple péché de pensée, de parole et d’action, et le salut que nous pouvons désormais obtenir par la triple observation de la Loi naturelle, de l’ancienne Loi écrite et de l'Évangile (3).

Le vicomte Walsh s’est singulièrement mépris en disant (4) qu’on donnait « la triple immersion à ceux qui étaient forts et la simple immersion à ceux qui étaient débiles et faibles ». Le premier usage ne souffrait pas d’exceptions dans les premiers siècles et ne fut rejeté que par les hérétiques qui niaient la Trinité, comme les Eunoméens, les Montanistes et les Sabelliens (5).

C’est en Espagne que l’unité d’ablution revêtit pour la première fois un caractère officiel. Les Ariens de cette contrée, admettant trois natures distinctes dans la Trinité, croyaient autoriser leur erreur par la triple immersion du baptême. Pour leur ôter ce prétexte, le pape saint Grégoire (6), se rendant aux vœux de saint Ildefonse, autorisa les évêques espagnols à n’employer qu’une seule immersion, et le IVe concile de Tolède (643) fit de cette dérogation une loi obiigatoire. Alcuin qui, à tort, ne croyait pas à l'authenticité de l’épître de saint Grégoire, blâma vertement ce changement de discipline (7) ; Walafrid Strabon la désapprouva aussi, mais avec beaucoup plus de mesure (8). Quand l’Arianisme n’offrit plus de danger en Espagne, on revint à l’antique usage; mais l'innovation avait conquis ses droits liturgiques, et en 868 le concile de Worms en reconnut la licité, sans toutefois l’autoriser pour les pays où elle n’était pas encore introduite.

Quoique Pierre Lombard, Gerson et le VI* concile de Bénévent (1374) laissent à chaque Église la liberté de suivre à cet égard son usage particulier, on voit par le langage de presque tous les théologiens (9) et des Rituels du moyen âge, que l’unité d’ablution était une

(1) Greg. Nys., Orat. catech., c. zxvr; Athan., quæst. CXXIV.

(2) Tert., Adv. Prax., c. xxvi; Hieron., in Ep. ad Eph. IV, v; Chrys., Hom. XXV, n. 2. (3) Honor., Gemm. anim., 1. TL, c. xcr.

(4) Fêtes chrétiennes, samedi saint.

(5) Theod., 1. IV, Hæret. fabul., c.ir; Soz., Hist. eccl., vi, 26 ; vu, 17.

(6) LC L-Ep-XLT.

(7) Ep. LXXXI ad Paulin.; Ep. XC ad fratr. Lugdun.

(8) De reb. eccl., c. xxIx.

(9) Thom., part. I, q. LXVI, a. 8; Scot, in iv Sent., q. I, a. 45.

rare exception, généralement mal vue. Nicolas Gellant, évêque d'Angers, dans un synode de l’an 1275, blâme la négligence des prêtres qui, contre la coutume de l’Église, se contentent de plonger l'enfant une seule fois dans l’eau ou de verser une seule fois de l’eau sur lui. Cette dernière méthode fit des progrès aux xv° et xvi° siècles, car le Rituel de Paris de r497 et les Statuts de Beauvais de 1544 laissent complète liberté de faire une ou trois infusions. L'unité était pratiquée dans tout le diocèse de Saint-Malo et même exclusivement prescrite dans ses Statuts synodaux de 1620,

La plupart des Orientaux croient que la triplicité d'immersion est essentielle à la validité du Sacrement. Cependant, quelques-uns de leurs docteurs ne voient là qu’une question de licité.

Il y eut également des variations dans la pose du baptisé pendant l’ablution. Aujourd’hui, le parrain et la marraine doivent tenir l'enfant sur les fonts, tandis que le prêtre verse l’eau sur le sommet de sa tête ; mais cette prescription n’est pas rigoureusement observée; c'est ordinairement la sage-femme, la nourrice ou la garde de l’accouchée qui tient l'enfant sur les fonts; le parrain et la marraine ne font que le toucher pendant qu’il reçoit le baptème.

Basnage a voulu démontrer, très à tort, que les adultes se mettaient à genoux pour l’ablution. Il produit pour preuves le sarcophage de Naples, publié par Ciampini, et ces paroles de saint Jean Chrysostome: « Lorsque vous serez parvenus au portique de la grâce, à cette piscine redoutable et désirable , jetez-vous à terre comme un captif devant un roi et mettez-vous tous à genoux. » On voit qu'il ne s'agit là que de l'entrée dans le baptistère et par conséquent de la prostration qui faisait partie des cérémonies préparatoires. Les textes que nous avons cités précédemment (1) et presque toutes les représentations iconographiques du 1v° siècle jusqu’à la Renaissance, prouvent que l'adulte se tenait debout. Il ÿ a eu cependant quelques exceptions dans les temps modernes, surtout en Bavière (2).

Tant qu’on ne baptisa guère que des enfants âgés d’un an ou deux, on les tint debout dans la cuve baptismale ; mais quand on régénéra les enfants presque aussitôt après leur naissance, il n'était plus possible, à cause de la faiblesse de leurs membres, de les maintenir facilement dans cette position; on les immergea donc horizontalement dans les

COMENT CAEN (2) Rituel d'Augsbourg, imprimé à Dillingen, en 1580.

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