LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES dt
tait pas chez eux. Ce n'est guère qu’au v° siècle que les Pères latins mentionnent l’onction verticale, et encore n’est-il pas toujours facile de distinguer s'il s’agit de ce rite ou de l’onction frontale de la confirmation. C’est en citant des textes qui se rapportent évidemment à ce dernier sacrement que plusieurs écrivains du moyen âge et des temps modernes (1) ont attribué l'institution de l’ontion verticale au pape saint Clément I*. D’autres auteurs, beaucoup plus nombreux (2), en font honneur à saint Sylvestre 1°, en raison du passage où Anastase le Bibliothécaire dit de ce pape qu’il ordonna « que le prêtre oignît de chrême le nouveau baptisé, à cause du danger de mort (3). » Ce décret, dont l’authenticité n’est pas admise par tous les critiques, paraît vouloir dire que Pévêque, ne pouvant point toujours confirmer tous les Néophytes, les prêtres sont autorisés, en attendant que ce sacrement puisse être conféré, à faire l’onction verticale qui, en cas de mort prochaine, fortifierait les nouveaux chrétiens contre les tentations du démon et suppléerait j jusqu'à un certain point à la confirmation qu’ils n'auraient pu recevoir.
Les commentateurs se trouvent partagés sur la question de savoir si Tertullien (4) et saint Ambroise (5) ont voulu, dans quelques passages peu précis, parler de la confirmation ou de l’onction verticale. Mais il est bien évident que c’est de cette dernière cérémonie qu’il est question dans la lettre d’Innocent 1% à l’évêque de Gubio : « Il est permis aux prêtres, dit-il, soit en l'absence, soit en présence de l’évêque, lorsqu'ils baptisent, d’oindre du chrême les Néophytes, mais d’un chrême qui aura été consacré par l’évêque. Il ne leur est pas permis cependant de leur appliquer cette onction au front : cela n’appartient qu'aux évêques, qui donnent le Saint-Esprit. »
Ce rite ne paraît pas avoir été partout en usage; il n’en est pas question dans le Sacramentaire gallican, ni dans le Missel gothique, ni dans le faux Alcuin, tandis qu'il en est parlé dans les traités de saint Maxime de Turin, de Leidrade de Lyon, de Jessé d'Amiens, etc.
Les écrivains du moyen Âge nous disent que par l’onction verti-
(1) Honorius d’Autun, Gemm. anim. 1. IL, c. cvi; Guill. Durand, Rat. div. ofic. 1. VI, c. LxxxI11; J. Pamelius, in Epist. S. Cypr. ad Januar.
(2) Amalaire Fortunat, 1. I de Eccl. offic., c. xxvin; Walafr. Strabon, De reb. Eccl. c. xxvi; Raban Maur, Znst. cleric., 1. I, c. xxvunr; Rupert, 1. V, De div. Ofic., c. xvr.
(3) Hic et hoc instituit ut baptizatum linat presbyter chrismate levatum de aqua propter occasionem transitus mortis.
(4) De Bapt., c. vu et vin; de Resurrect., c. vit.
(5) De Myst., n. 29; de Sacram., IL cvs iv. III, cr; Serm. ad Neoph.; "cr.
cale nous devenons participants de la dignité royale et sacerdotale de Jésus-Christ; qu’elle nous apprend à régner sur nos passions et à nous offrir sans cesse à Dieu comme une hostie vivante et d’agréable odeur; que l'esprit de sagesse et l’intelligence des besoins du prochain sont indiqués par la place où se fait l’onction ; que la douceur nécessaire au chrétien est symbolisée par l’huile, et que l’esprit d’humilité est figuré par le baume qui, mêlé à d’autres substances, tend toujours à prendre le dessous en vertu de sa pesanteur spécifique.
Claude de Vert a reproduit (1) l’oraison suivante tirée d’un ancien Collectaire manuscrit de l’abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers : « Dieu tout-puissant, sanctifiez et bénissez ce savon dont vous avez voulu qu’on se servît pour purifier le corps de l’homme au sortir des eaux du baptême. Nous vous en prions par Notre-Seigneur Jésus- Christ. » Est-ce qu’en certaines églises le chrême aurait été remplacé par une espèce de savon ? Cette ablution avait-elle pour but de faire disparaître les onctions d'huile faites avant et après l’immersion ? Voulait-on purifier le corps de l’enfant sortant d’une cuve qui avait pu être souillée? Nous ne savons à quelle hypothèse nous arrêter relativement à cet usage qui, du reste, a certainement été très rare.
Les Protestants ne pratiquent point l’onction verticale. Calvin dit (2) quele chrême « n’est qu’une huile souillée par le mensonge du diable, » et Chemnitz la traite d’«incantation pontificale (3). »
Les Mormons parodient les onctions du baptême. M. Hyde, après avoir raconté comment il fut immergé, ajoute: « Je fus reconduit à notre chambre d’attente, où chacun, assis à tour de rôle sur un tabouret, recevait sur la tête l’onction d’une huile parfumée contenue dans un récipient d’acajou en forme de corne, par le moyen d’une spatule de même bois. On frottait de ce liquide les yeux, le nez, les oreilles, la bouche, les cheveux, enfin toutes les parties du corps, de manière à ce que toutes en fussent convenablement pénétrées et parfumées. Cette opération était accomplie par les ministres Taylor et Cummings, avec une formule de bénédiction semblable à celle du bain, et préparait à recevoir l’ordination de rot et prêtre de Dieu et de l’'Agneau, laquellé ne peut se transmettre que dans le sanctuaire du temple (4). »
(1) Expl. des cérém. de l'Égl., t. IL, c. 1, p. 386. (DST LIN SC x TS, n.18
(3) Exam. concil. Trid., Il part., de conf.
(4) Le Mormonisme, ses chefs, ses desseins.