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LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

nous, dans un autre excès en ne faisant pas remonter cette coutume liturgique plus haut que le 1v° siècle. Les écrivains de cette époque(1) n’en parlent pas comme d’une innovation, et, avant eux, il en est question dans les écrits de Lactance (2), de Tertullien (3) et de saint Denys lAréopagite. « Les prêtres, dit ce dernier (4), reçoivent le baptisé et le remettent à son introducteur et patron. Tous ensemble, ils le revêtent d’une robe blanche, signe de son nouvel état, et le conduisent au pontife qui le fortifie par l’onction du baume consacré. » Beaucoup de marbres antiques mentionnent cette consolante circonstance d’être mort 24 albis, c'est-à-dire dans la semaine même de Ja réception du baptême (5).

Le blanc est la couleur symbolique de Dieu, des anges, de la royauté, du sacerdoce, de l'innocence et de la purification, de l’affranchissement, du triomphe et de la victoire, de la gloire et de la joie. A ces divers titres, elle devait être aussi celle de l’aube baptismale.

Dreu. — «Le blanc, dit M. lPabbé Auber (6), est la seule couleur qui réfléchisse tous les rayons lumineux ; il est l'unité d'où émanent les couleurs primitives et les nuances infinies qui colorent les choses créées. Il devait être le symbole de Dieu, vie universelle, unité de qui tout procède, vérité absolue qui est celui qui est. »

Aussi Dieu est-il revêtu d'un vêtement blanc dans les apparitions dont nous parle la Bible (7), et quand Jésus-Christ veut manifester sa

(1) Athan., Hom. in S. Pascha; Cyrill., Cat. III, Catech. IV myst.; Greg. Naz., Or. XXXIX et XL ; Greg. Nyss., tn bapt. Christ; Hier. Ep. ad Damas., Ep. CXXVIIL ad Fab.;: Ambr., Exp. Ev. Luc, 1. V, n. 25; de Myst., c. vu; Angust., Serm. XLVII CHOCXXIT.

(2) Hymn. de resur. Dom.

(3) Lib. de resur. carnis.

(4) Hier. eccl., c. 11, sect. 8.

(5) Natu severi nomine pascasivs Dies pascales prid nov (pour non) april Die iobis F1. constantino Et rvfo vv cc conss. qvi vixit, Annorvm VI percepit XI kal. maias et albas svas Octabas pascae ad sepvlervm Deposvit D III Kal. Mai. F1. Basilio

(FaBrerTri, Inscript. antiq., p. 577.)

(6) Hist. du Symbol., t. I, p. 296.

{7) Daniel, var, 9.

divinité aux Apôtres, il se montre à eux revêtu de vêtements blancs comme la neige. Cicéron appelle le blanc une couleur divine (1)2 Les Mages de la Perse prétendaient que la Divinité n'aime à se revêtir que d’habits blancs (2). Rien n’était donc plus convenable que cette couleur pour les Néophytes qui, selon l'expression des écrivains ecclésiastiques (3), deviennent les enfants de Dieu, se revêtent de Jésus-Christ, se trouvent transfigurés par leur régénération et conquièrent des droits à la gloire de la résurrection.

AwnGEs. — Le symbolisme que nous venons d’indiquer s'applique, par dérivation, à bien d’autres types. Ainsi, les Anges, qui sont les ministres de Dieu et des reflets de sa sainteté, sont revêtus de robes blanches (4). « Vous avez reçu dans le baptême, dit saint Jean Chrysostome (5), une robe pareille à celle dont étaient revêtus les Anges qui gardaient le sépulcre; » et cette robe, ajoute Maxence, patriarche d’Aquilée (6), est le symbole de la vie angélique que doit mener le

baptisé.

Royauré. — En Égypte, en Perse, en Macédoine, en Grèce, dans l'empire romain, le blanc était la couleur des vêtements royaux. C’est parce que Jésus-Christ était accusé de s'être appelé le roi des Juifs, qu’Hérode, par dérision, le fit revêtir d’une robe blanche. Or, comme le dit Théophylacte (7), «le baptisé est roi, puisqu'il est fils de Dieu, le souverain Roï, puisqu'il est héritier du royaume futur et qu'il doit régner sur ses passions. »

SACERDOCE. — Avant que le blanc devint la couleur de l’aube ecclésiastique et de la soutane du Souverain Pontife, c'était celle des vêtements sacerdotaux chez les Juifs, les Égyptiens, les Phéniciens, les Germains, les Grecs, les Romains, etc. « Tout baptisé, dit Théophylacte (8), est prêtre, car il doit s'offrir lui-même en holocauste comme une hostie vivante et sainte, au bon plaisir de Dieu. »

LT de Leg.

JPierius, LeXE EHierogl"e. xx.

) Ambros., de Myst., c. vn, n.34; Raban Maur, De Eccles. Discipl., 1. IL. ) Matt, xxvin, 3; Act. 1, 10; x, 30; Apoc. xv, 6; XIX, 14. ) Hom. in Ps. CXVIII.

) De Rit. bapt., c. vur.

) In cap. I Ep. II ad Cor.

) Ibid.

PIVRERXINER=ERRITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES ALT

INNOCENCE ET PURIFICATION. — Le blanc a toujours été considéré,

dans l'antiquité, comme le symbole de l’innocence, ce qui a fait dire à Perse":

Sed quid opus teneras mordaci rodere vero Auriculas, per me sint omnia protinus alba,

et à Ovide :

Mos erat antiquis, niveis atrisque capillis His damnare reos, illis absolvere culpas.

La robe blanche que portaient les Vestales était tellement un symbole de pureté, que Pierre, évêque d’Apamée, prit un habit blanc pour exalter sa prétendue innocence, ce que les évêques de Syrie lui reprochèrent comme une profanation. Les Pères nous disent que l'aube baptismale représente la grâce qui a effacé la noirceur du péché originel, qui éclaire notre âme de rayons lumineux et lui communique une céleste blancheur. « Ces enfants que vous voyez revêtus d’une robe blanche, dit saint Augustin (1), sont purifiés intérieurement, car l'éclat de leur vêtement n’est que l’image de la splendeur de leur âme. » C'est aussi la marque des obligations de Pavenir: « Nous sommes revêtus de blanc, dit Théodulphe (2), pour que nous conservions dans nos actions la pureté que nous a conférée notre régénération, pour que nous gardions la clarté angélique que nous y avons acquise. »

AFFRANCHISSEMENT. — Les Romains donnaient aux esclaves qu'ils affranchissaient un anneau et une robe blanche. Saint Cyrille de Jérusalem et saint Augustin rappellent cet usage, en disant que le baptême nous affranchit de la tyrannie du démon.

TriomPHe ET victoire. — Le baptème nous fait trrompher du démon, nous assure la conquête du ciel : aussi y revêtons-nous la robe blanche que portaient les conquérants et les triomphateurs. Ces derniers entraient à Rome sur un quadrige attelé de chevaux blancs. Quand Wittekind, chef des Saxons, eut été baptisé à Attigny, il abandonna le cheval noir qu’il avait coutume de monter, et depuis, en souvenir de son baptême (3), il se servit toujours d’un cheval blanc.

(1) Serm. CCX XII.

(2) De Rit. et Ord. bapt.

(3) Krantzius, Lib. Saxon., €. xxIv.

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