LIVRE XIV, — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
dant une semaine (1). » Il est arrivé, dans les temps modernes, même à Rome (2), que les Juifs étaient revêtus de blanc en allant recevoir le baptême; c’est sans doute pour cela qu'un concile de cette ville (1425) a été obligé de rappeler que « on doit donner la robe blanche aux Catéchumènes, non avant leur baptême, mais après qu'ils sont baptisés. »
Les usages ont varié, selon les églises, sur la remise de l'aube; elle a été faite tantôt par l’évêque, tantôt par les prêtres assistants, les diacres ou les diaconesses, tantôt, selon le sexe du Catéchumène, par le parrain ou la marraine.
Visconti a supposé (3) que la robe blanche était l'unique vêtement que prenait le baptisé. Les textes qu’il invoque ne nous semblent nullement concluants, et quelques-uns même prouvent tout le contraire. Ainsi, lorsque le faux Alcuin dit qu'après l’onction verticale on revêt l'enfant de ses habits (4), il est bien évident qu'il s'agit de ses habits ordinaires et non point de la robe blanche. Celle-ci n'aurait pas toujours garanti suffisamment du froid pendant certaines températures de la semaine pascale. D'ailleurs la cérémonie même de la déposition des aubes, dont nous alions bientôt parler, sufhirait à elle seule pour prouver que ce n’était là qu’un vêtement de dessus.
On le gardait pendant sept jours en l'honneur des dons du Saint- Esprit, c’est-à-dire qu'on le portait depuis le samedi saint, après la cérémonie du baptême, jusqu'au soir du samedi suivant, ce qui, selon quelques liturgistes (5), constitue huit jours, parce que cet espace comprend deux samedis. [ves de Chartres compare ces sept jours à ceux pendant lesquels les Hébreux, après la manducation de l'agneau pascal, se nourrissaient de pain azyme, l’exclusion du levain signifiant l'exclusion des péchés, comme la robe blanche semble marquer lhorreur des taches spirituelles (6).
On ne portait pas l’aube seulement dans l'église, pendant les offices de la semaine pascale, mais constamment et même dans les rues. Aussi Grégoire de Tours nous dit-il qu'après le baptème des Juifs convertis par saint Averne, toute la ville paraissait comme peuplée d’un trou-
\ Dict. du Mobil, franc., t. II, art. Aube.
NGlauderdeMert Exp At C. 17, p.309:
peau blanc (1). Quelques liturgistes (2) ont supposé qu'on ne devait jamais’quitter l'aube, même la nuit, pendant cette octave, et que, pour cette raison aussi, les bains étaient alors interdits aux Catéchumènes. Il en était de même lorsque le baptême était conféré à la Pentecôte ou à toute autre époque.
La veille du premier dimanche après Pâques, qu’on appelait post albas ou 1n albis depositis, les Néophytes, après l'office du soir, devaient déposer leur aube dans le baptistère ou dans l’église où 1ls l'avaient prise, comme jadis les triomphateurs de l’antiquité déposaient dans les temples les trophées de leur victoire. Après la procession aux fonts, le prêtre, par des oraisons spéciales, bénissait l'eau qui devait servir à laver les aubes et les chrémeaux, et retirait ces vêtements aux Néophytes. Cette cérémonie, appelée désaubage, rappelait que l'âme doit un jour se dépouiller du vêtement du corps pour jouir de l'éternel sabbat, c’est-à-dire du repos en Dieu, jusqu’à ce qu’elle reprenne sa robe de chair au jour de la résurrection générale (3).
Ces vêtements blancs étaient lavés et blanchis ce jour-là même, qu'Amalaire appelle dies layationis albarum, et déposés ensuite soit dans le sacrarium du baptistère, soit dans la sacristie de l’église, pour resservir au prochain baptême solennel. Dans quelques contrées, en Égypte par exemple, le baptisé pouvait garder sa robe blanche et la revêtir dans quelques circonstances solennelles. C’est en la portant ostensiblement que saint Antoine, enflammé du désir du martyre, provoquait la colère des juges paiens (4).
En Orient, le jour où l’on rendait l’aube et le chrémeau, on lavait le Néophyte lui-même pour enlever de sa peau ce qui pouvait y rester de chrème desséché.
Il est assez difficile de déterminer l’époque où a cessé la cérémonie de la déposition de la robe blanche, et, plus tard, le complet abandon de ce rite pour les enfants.
En 1050, le concile de Rouen ordonne que « les nouveaux baptisés aillent pendant huit jours avec des habits blancs et des cierges allumés à l’église où ils auront reçu le baptême. » Orderic, dans son Ordo de Sienne, composé en 1213, constate bien l’usage de l’aube, mais il ajoute qu'on n'en fait plus la déposition comme autrefois, la veille du
(MES EEEranc Al Nec
(2) Claude de Vert, t. Il, ch, 11, p. 394.
(3) Alcuin, De div. Ofic., cap. de Sabbat, in albis. (4) Athanas., À d solitar, vitam agentes.