‹ Histoire du Sacrement De BaptemeChapitre 241 sur 445 · LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

dimanche 77 albis. En 1403, Jean de Rely, évêque d'Angers, dans ses statuts synodaux, se plaint de voir un simple bonnet de lin remplacer la robe baptismale et recommande de revenir à l'antique usage. Cette coutume subsistait encore en beaucoup de contrées au xvi° siècle, puisque Lensberg, chartreux de Cologne, nous dit{r) que de son temps, en Allemagne et en Italie, on revêtait l'enfant, au sortir des fonts, d’une petite tunique blanche, à laquelle attenait un capuchon muni d’une croix. L’aube baptismale est encore prescrite dans le Manuel de Rouen de 1640, époque où généralement le chrémeau l’avait remplacé.

Au xvinu° siècle, dans quelques provinces de France, le souvenir de la robe blanche inspira une dévotion qui consistait à porter une sorte de scapulaire, taillé en forme de petite aube blanche, et qu’on appelait habit du baptême. On y lisait d’un côté : Quicumque baptizati estis, et de l’autre : Christum induistis. On devait, en se levant et en se couchant, faire un signe de croix avec ce scapulaire, en disant : Credo, spero, diligo, et propter Deum pœnitet me, in nomine Patris, etc. On faisait ordinairement bénir cet habif du baptême,qu’on aimait à recevoir des mains du curé de la paroisse où l’on avait été régénéré (2). Cette dévotion, croyons-nous, n’a point survécu à la Révolution.

Aujourd’hui la tavaiolle n'est plus qu’un souvenir de la robe blanche, mais la liturgie a conservé l’ancienne formule Accipe vestem candidam pour la remise du chrémeau. Ce n’est guère qu’en Italie qu’on trouve dans quelques sacristies des petites chemises blanches qu’on prête aux enfants des pauvres.

Cet antique usage s’est mieux conservé en Orient. On revêt les enfants, en Abyssinie, d’une ample pièce de coton toute neuve; en Syrie, d’une robe. blanche qu'ils gardent pendant huit jours; en Éthiopie, d’une veste blanche et aussi d’une robe rouge, symbole du martyre qu’on devra savoir affronter plus tard. En Russie, le pope dit à l'enfant en le revêtant d’une chemise blanche: « Tu es maintenant aussi net que cette chemise et purifié de la tache originelle. »

Luther, loin d'abolir ce rite, l'a prescrit dans son Catéchisme du baptême, avec ces paroles prononcées par le ministre : « Que le Dieu tout-puissant qui t'a engendré par l’eau et par le Saint-Esprit et qui t’a remis tous tes péchés, te confirme avec sa grâce pour la vie éternelle, » Le Tauf-Buchlein est prescrit dans la plupart des Rituels

(x) Dial. de monast. et monach., c. 111.

(2) Saint-Pé, Dialogue sur le baptéme, p. 306; Exercices de piété pour le renouvellement

du baptême, p. rot.

En” t2 1]

luthériens(r) et reste admis encore aujourd’hui dans un bon nombre d’églises. Lincner (2), tout en proclamant la liberté qu'on a d’abroger ce rite, dit qu’il serait téméraire de le supprimer sans motifs, parce qu'il renferme de hauts enseignements.

Un vestige des anciennes coutumes subsistait parmi les Rhinsbourgeois de Hollande. Si le récipiendaire était un homme, il était revêtu d'une chemise blanche et d’un calecon blanc ;si c'était une femme, elle mettait une jupe et une camisole blanches. Aujourd’hui les Baptistes et les Méthodistes d'Amérique donnent aux Catéchumènes qu’ils viennent d'immerger une robe blanche et des souliers à boucles d'argent. Aussi bon nombre de négresses, mues par un vil intérêt, se font-elles baptiser à chaque nouvelle mission qui a lieu dans leur pays (3).

M. Hyde, ancien ministre mormon, nous énumère les vêtements que prennent les Néophytes de cette secte, après avoir subi l’immersion baptismale: « Ainsi oints et bénits, dit-il, nous eûmes à revêtir la robe de mousseline ou de lin qui nous couvrit le corps depuis le cou jusqu'aux poignets et aux chevilles, et qui ressemble assez à un vêtement de nuit d'enfant. Par-dessus cette robe on nous passa une chemise, puis une toge de toile drapée et réunie en plis sur l'épaule, et qui, attachée par une ceinture autour de la taille, retombait jusqu’à terre...; on ajouta un pêtit tablier carré, semblable pour sa forme et sa grandeur aux tabliers des francs-maçons, et généralement fabriqué en toile ou en soie blanche, avec des feuilles de figuier peintes ou brodées. Un bandeau de même étoffe sur la tête, des chaussettes et des souliers de toile ou de coton blanc complétaient l’accoutrement (4). »

$ 2 Du chrémeau

Le chrémeau est désigné sous les noms de btrrus albus, bandellus, cappa, cappucium, capulla, capitium, chrismale (5), cucullum.

(1) Ord. eccl. Noriberg., 1536; Ord. eccl, Berlini, 1540; A gend. Olsnénsis ducatus, 1664, (2) De alba veste baptix., p. 42.

(3) A. Maury, des Sectes relig. au XIXe siècle (Rev. des Deux-Mondes, 1853, t. IL, P- 990).

) Le Mormonisme, ses ch2fs ét ses desseins. e ) On a désigné aussi sous le nom de chrémeau : 19 la toile cirée dont on recouvre

Page 1