LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
galea mystica, metella candida, mitra baptizatorum, pannus, pileum, velamen, veslis chrismalis. Au moyen âge, on disait crismal, créman, capuche, béguin, aubette. En Italie, on l'appelle cuffioto.
Primitivement le chrémeau faisait partie de la robe baptismale; c'en était le capuchon. Quand on eut supprimé cet appendice, on le remplaça soit par des linges très amples pour envelopper la tête de l'enfant et protéger les onctions qu’il avait reçues au baptême et à la confirmation, soit par un petit capuchon qui se métamorphosa bientôt en une coiffe de lin ou d’autre étoffe, mais toujours de couleur blanche.
Guillaume Durand fait remarquer que le chrémeau était bordé de rouge en l'honneur de la passion de Jésus-Christ (1); mais comme c’est le seul écrivain d'Occident qui note cet usage, on peut supposer qu’il existait seulement dans la province Narbonnaise.
Les écrivains du moyen-âge disent que le chrémeau est comme une couronne qui symbolise la royauté spirituelle et le sacerdoce du nouveau baptisé (2).
De même que la robe blanche, le chrémeau était porté pendant toute l'octave pascale et déposé la veille du dimanche in albis ; ce jour-là, en Allemagne (3), au xvint siècle encore, on procédait au lavage des chrémeaux qui devaient resservir pour d’autres baptêmes. En Espagne, au bout de trois jours, l'enfant était conduit à l’église pour qu’un prêtre lui retirät son capuchon; mais comme les mères et les nourrices négligeaient souvent cette prescription où du moins la faisaient remplir par des religieuses, les Constitutions du cardinal Mendoza ordonnèrent à tous les curés, sous peine d’excommunication, de retirer lg chrémeau au nouveau baptisé avant la sortie de l’église (4).
Dans quelques rares provinces, on attend encore trois ou sept jours pour enlever les aubettes aux enfants; mais, partout ailleurs, le bonnet, orné de dentelles, n'étant considéré que comme un vêtement de luxe, on l’ôte à l'enfant le jour même du baptème, au moment du
coucher, pour ne le lui remettre qu’aux jours d’apparat.
les autels nouvellement consacrés; 2° le linge que les confirmants portent au bras pour servir à essuyer leur front après l’onction du saint chrême; 30 le corporal; 4° la pale du corporal; 50 des pales où étaient renfermées des reliques; 6° la pyxide eucharistique.
(x) Ration., 1. VI, c. Lxxxnr.
(2) Magnus, Libell, de myst. bapt.; Honorius, Gemma anim., 1. T, ce. cexLitr,
(3) En Allemagne, le dimanche in albis s'appelle vulgairement Veissez Sonntag
(dimanche blanc).
(4) Concil. Hispan., t. IV, p. 28,
Quand les chrémeaux étaient déposés à l'église, ils ne devaient jamais servir à un usage profane. Tantôt on les gardait pour les prêter aux pauvres, tantôt on les employait pour la lingerie liturgique de l’église (r), tantôt enfin on les brûlait pour faire les cendres que l’on devait bénir le premier jour de carème(2). Il était interdit de vendre les chrémeaux (3).
Au xvir siècle, dans quelques provinces, il était encore d'usage de mettre une pièce de monnaie dans le chrémeau qu’on offrait à l’église ; c'était là comme une rémunération volontaire pour les saintes huiles employées au baptême.
Le véritable chrémeau a commencé a être remplacé par le bonnet d’apparat au xr° et surtout au xur° siècle, alors que quelques évêques ordonnèrent d’essuyer le saint chrême avec de la laine, immédiatement après le baptême.
Dans les familles chrétiennes, on conservait précieusement le chrémeau du baptème.
« Le chrémeau de Molière, dit M. l’abbé Davin(4), fut déposé religieusement par sa mère dans un coffret précieux, d’où elle le tirera pour le baptème de tous ses autres enfants. Le coffret était dans la garde-robe « attenant dans la chambre » des époux Poquelin, parmi les effets de la mère et des enfants : petite arche sainte domestique de grande leçon et bénédiction. Elle sera inventoriée, à la mort de la mère, en ces termes : « Dans un petit coffret couvert de tapisserie s’est trouvé « le linge servant aux petits enfants étant aux fonts de baptême, prisé « tout ensemble XXV livres. » Le chrémeau et le coffret avaient pu coûter près de deux cents livres d'aujourd'hui. »
De quelques autres vêtements ou ornements
Pour compléter le symbolisme de la robe blanche, on déposait parfois une couronne de fleurs sur la tête du Néophyte. A Jérusalem, le
) Const. de Sarum (1217); Concile de Troyes (1400). ) Synod. eccl. Parisiens., p. 336.
) Statuts synod. de Soissons (1403).
L'Education de Molière, feuilleton du Monde, 4 sept. 1878. L’Inventaire que cite M. Davin a été découvert et publié par M, Soulié.