LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
prêtre disait en la remettant : « Seigneur, couronne ton serviteur d'honneur et de gloire ; que toute sa vie s'écoule pour la louange de ton nom (1). » C’est sans doute de cette couronne liturgique que parle saint Grégoire de Nazianze, quand, excitant un philosophe à ne plus retarder son baptême, il lui dit: « Hâtez-vous donc, je veux vous couronner de mes propres mains ; là, à haute voix, non pas sur l’étroit théâtre des jeux olympiques, mais à la vue de Dieu et de ses anges, à la face de toute l’ Église, je vous proclamerai victorieux. » A se c'était après la communion que le prêtre imposait cette couronne en disant : « Chantez des hymnes au Fils du souverain Maître de toutes choses qui vous a couronnés de la couronne des rois, conservez-la précieusement..…. et qu’elle ne se flétrisse jamais... Que le Dieu saint et l’auteur de toute sainteté remplace un jour cette couronne périssable par la couronne de justice (2). »
Ce rite a pénétré dans quelques contrées de l'Occident ; il y existait encore au xrr1° siècle, d’après le témoignage de Sicard de Crémone, et de Guillaume Durand.
Dans le rite éthiopien, ces couronnes faites de myrte et de palmier étaient bénites avec l’oraison suivante : « Seigneur, Père bon et saint, qui avez couronné vos saints d’une couronne incorruptible, bénissez ces couronnes, Ô vous qui nous avez rendus dignes de les déposer sur la tête de vos serviteurs, pour qu'elles leur soient des couronnes d’honneur, de gloire, de bénédiction et de salut. Amen (3). »
Le rite du couronnement des baptisés est encore pratiqué aujourd’hui par les Syriens, les Jacobites, les Maronites et les Arméniens.
Rupert est le seul ancien auteur qui parle des chaussures des Néophytes. Après avoir montré comment le baptisé participe à la crucifixion, à la mort et à l’ensevelissement de Notre-Seigneur, il ajoute pour complément de ce symbolisme : « Le Néophyte se chausse ; les chaussures étant faites avec la peau des animaux morts, sont manifestement l'emblème de la mort de Notre-Seigneur (4). » Les expressions calceamenta accepit in pedibus ont fait croire à quelques érudits (5) qu’on remettait aux Néophytes des chaussures spéciales, et on a même
(1) Assemani, Cod. lit., t. III, pp. 157, 173.
(2) Sever. Alexandr. (lisez Antiochensis), De ritib. Bapt.
(3) Zbid., pp. 73, 82.
- (4) « Calceamenta accepit in pedibus ; calceamenta namque de mortuis animalibus fiunt» et hæc manifeste dominicæ mortis insignia sunt. » (De divin. Offic., 1. VIF, ch.x.)
(5) Visconti, Casalius, Trombelli, Schmid, etc.
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supposé qu’elles étaient blanches. Nous comprenons ce texte différemment et nous croyons qu'il s’agit là simplement des chaussures ordinaires que reprenait chaque Néophyte en se rhabillant ; à cette occasion, Rupert a trouvé bon de faire ici une application du symbolisme liturgique de la chaussure, comme l'ont fait, en d’autres circonstances, saint Grégoire, Bède, Amalaire, Rhaban-Maur, etc.; il est vrai que Sicard, évêque de Crémone, au xr1° siècle, dit que « selon quelquesuns, on donne des chaussures aux baptisés (1), » et que Guillaume Durand dit vaguement (2) que cet usage existe en quelques endroits; mais c’est qu’ils ont mal interprété le passage de Rupert, qu’ils reproduisent textuellement.
Nous ne pouvons pas plus adhérer à l'opinion de quelques savants (3) au sujet d’un anneau qu’on aurait remis au baptisé. Leur principal argument est le texte où Tertullien dit que l’apostat, en rentrant dans la communion de l’Église, récupère ainsi « son ancien habit, vêtement de l'Esprit-Saint, et l'anneau, signe du baptême (4). » Cela peut démontrer que les Chrétiens portaient parfois des anneaux comme marque de leur foi et du baptême reçu, mais non pas que cet anneau leur ait été donné à l’église pendant l’administration du baptème. S'il en avait été ainsi, les écrivains ecclésiastiques n'auraient pas manqué de signaler un usage aussi notable.
C'est seulement dans les rites orientaux que divers ornements accessoires ont été et sont encore donnés aux Néophytes. Le prêtre arménien, après l'immersion, fait un cordon avec un fil de coton blanc et un fil de soie rouge, tortillés ensemble, qu’il attache au cou de l’enfant, comme un symbole de l'eau et du sang qui sortirent du côté de Jésus crucifié (5). En Abyssinie, ce cordon est bleu.
Le prêtre éthiopien qui baptise un enfant, lui passe autour du cou un cordon tricolore, emblème de la Trinité; plus tard, on l'échange contre un cordon de soie bleu, auquel on attache souvent quelque amulette, quelque pierre d’abraxas, des margaretini où quelques verroteries (6). Les Coptes ajoutent à la robe blanche une ceinture, signe distinctif de Christianisme, depuis que le calife Mutewakel, en 849,
(1) Müitrale, 1. VI, c. xiv.
(2) Ration., 1. VI, c. Lxxxur.
(3) Trombelli, De Bapt.,t. V, p.317; Martigny, Dict., 1e édit., v' Baptême, p. 69. (4) De Pudicit., c, 1x.
(5) Tournefort, Voyage du Levant, t. Il.
(6) Arnaud d'Abbadie, Douze ans dans la haute Ethiopie, p. 68.