ÉIVRESSINAMERRITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES A
ordonna que les Chrétiens porteraient toujours une ceinture (1). En Russie, le pope suspend au cou de l'enfant une croix d’or, d'argent, ou de cuivre, qu’il devra porter toute sa vie.
ARTICLE III
Des médailles et monnaies baptismales
En même temps que le ministre du baptême donnait la robe blanche aux Néophytes, il leur remettait, du moins à Rome et dans quelques autres contrées, une ou plusieurs pièces de monnaie. Cet usage ne paraît guère avoir préoccupé les liturgistes ni les numismates, et on ne trouve çà et là sur ce sujet que de rapides hypothèses. L'absence de monuments certains et la difficulté des textes nous réduiront aussi à ne formuler que des conjectures, mais nous croyons qu’elles approchent de bien près la vérité. D'ailleurs, en traitant cette question, nous éveillerons peut-être l’attention des numismatistes qui, sans la connaissance de certains textes dégagés de leur obscurité, pourraient donner une fausse attribution à la catégorie de médailles dont nous faisons plus que soupçonner l'existence.
Saint Zénon, évêque de Vérone, en trois endroits différents de ses poétiques traités, parle d’un denier qu’on remettait aux nouveaux baptisés. D'abord il énumère ce qui doit être également offert à tous les Néophytes : le pain eucharistique contenu dans un linge, le vin consacré mêlé d'eau, le sel, le cierge, l'huile des onctions, la robe neuve et un denier. « Celui, ajoute-t-il, qui aura reçu ce denier de bon cœur, qui, après l'avoir reçu, ne le dédaignera point, qui aura persévéré dans le travail jusqu’à la fin, possédera, quand la tour sera achevée et en y demeurant, d’inestimables richesses (2). » C'est-à-dire que celui qui aura fait fructifier le denier, symbole des grâces baptismales, deviendra une des pierres précieuses de la Jérusalem céleste, figurée par une tour.
(x) Vansleb, Hist., p. 206.
(2) « Omnibus peræque unus panis cum lino, aqua cum vino, sal, ignis et oleum, tunica rudis et unus denarius quem qui libens acceperit, acceptumque non spreverit, sed in labore usque ad ultimum perduraverit, turri completa, inestimabiles divitias in ea commanens possidebit. » (Lib. I, tract. XIV, ap. Patrol. lat. t. XI, col. 350,)
Dans un autre passage, l'auteur compare l’évêque administrant le baptême au baigneur des thermes, attendant ce qui lui est nécessaire pour oindre et essuyer le corps de ses clients, et se préparant à donner aux Néophytes « un denier d’or marqué par l'union d’une triple empreinte, » Denarium aureum triplicis numismatis unione signalum (1). Enfin, dans deux autres traités, également adressés aux Néophytes, ici il fait encore allusion à ce denier sous le nom de séipendium(2), et là il fait remarquer que «les Chrétiens sont tous du poids dettrois livres, marqués de la livre unique de la monnaie sacrée » : T'ripondes suntomnes, numismatis sacri una libra signati (3).
Des explications bien diverses ont été hasardées. Pierre et Jérôme Ballerini, les premiers éditeurs des œuvres de saint Zénon, proposent de voir dans ce denier une image de la grâce qui s’'épanche triplement par le baptême, la confirmation et l’eucharistie. D’autres commentateurs veulent voir dans l'expression denarius,une allusion à l’eucharistie dont les espèces, dit Honorius d'Autun(4), avaient la forme d’un denier. D'après Maffei (5), ce pouvait être un médaillon de cire recouvert d’une feuille d’or où se trouvait imprimé quelque symbole de la Trinité au
.nom de laquelle est administré le baptème. M. J.-B. de Rossi (6) croit que l'expression obscure de saint Zénon signifie l'empreinte de trois monnaies sur une seule, symbole de la foi, de l'espérance et de la charité. ME Martigny (7) suppose qu’il s’agit d’un médaillon décoré de trois poissons disposés en triangle,comme on en voit sur un couvercle d’urne baptismale de l’île Séeland, publié par Münter (8).
Il faut d’abord écarter les interprétations purement allégoriques : saint Zénon énumère des objets réels faisant partie de l’administration successive du baptème, de la confirmation et de l’eucharistie : le pain eucharistique, l’eau, le vin, le sel, le cierge, l’huile, la robe blanche; il n’est donc pas admissible que l'indication du denier, venant
(1) © Jam balneator præcinctus expectat quod unctui, quod tersui opus est, præbiturus sedet denarium aureum triplicis numismatis unione signatum. » (Lib. IL, tract. XXXV, ap. Patrol. lat., ibid., col. 481.)
(2) € Ne quem plus amare videatur aut minus, unam nativitatem, unum lac, unum stipendium, unam Spiritus Sancti præstat omnibus dignitatem. » (Lib. Il, tract. XLII, col. 492.)
(3) Tract. XLIV.
(4) De gemma animæ, 1. I, cap. LXVI.
(5) Osservaz., t. VI, art. 1, p.221.
(6) Bullettino di archeologia, 1860, n. 3, p. 57. (7) Dict. des ant. chrét., vo Poisson.
(8) Symbol., p. 49, tab. 1, n. 26.