EIVRENXIVN RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
immédiatement après, puisse être prise dans un sens métaphorique. Le denier ne saurait non plus se rapporter à la communion, puisque le pain eucharistique figure déjà dans cette énumération. Il ne peut pas plus être question des médaillons de cire qui prirent le nom d’'Agnus Dei, puisqu'ils étaient confectionnés avec les débris du cierge pascal et distribués aux Néophytes le dimanche #n albis depositis, c’est-à-dire huit jours après le baptême.
L'hypothèse de Me Martigny m'aurait paru assez vraisemblable, si les savantes études que M. le chanoine Davin(r) a publiées dans la Revue de l'art chrétien, sur l'antiquité du chi, X, considéré comme signe du Christianisme et origine de la croix grecque et latine, ne m’avaient amené à penser, comme lui, que la triple empreinte dont parle saint Zénon est la triple barre que forme le monogramme du chi et de l’iotaY, composé des deux initiales de Insous Xptoros ou bien celui qui se compose des deux initiales de XPICTOC, :&. Saint Paulin dit(2) que c’est là une seule lettre, composée de trois lignes formant six barres, et exprimant tout à la fois l’unité de Dieu et la triplicité des personnes. Les expressions dont il se sert ont une très grande analogie avec celles de saint Zénon, denarium aureum triplicis numismatis unione signatum. L'interprétation de M. Davin nous paraît si naturelle que nous ne voulons pas nous arrêter à l'hypothèse du triangle A, qu’on ne trouve guère que dans quelques inscriptions de Carthage (3), et encore moins aux trois cercles entrelacés dont nous ne croyons pas qu'on ait jusqu'ici signalé d’exemple antérieur au xn° siècle.
Le denarius de saint Zénon était-il une monnaie courante ou un médaillon fabriqué exprès pour les fêtes baptismales de Pâques et de la Pentecôte ? Comme la qualification d’aureus ne saurait être prise dans un sens métaphorique, serait-ce là le denier d’or, dont parle Pline le Naturaliste (4), et qui valait vingt-cinq deniers d'argent, par conséquent cent sesterces ? La marque du denier romain fut d’abord X puis Y., c’est-à-dire le chiffre 10, signifiant la valeur
FN de dix as, avec un I transversal indiquant sans doute l'unité qui était
1) Dans son important travail sur la Cappella greca du cimetière de Priscille. (2)
et una tribus firmatur littera virgis.
Sex itaque una notas simul exprimit, ut tribus una Significet virgis Dominum simul esse ter unum. (Poem. XIX, v. 627-630.) (3) Cardinal Pitra, Spicil. Solesm., t. IV, p. 497. (4) Hist. nat., XXXIII, 13.
a livre (1), Les textes de saint Zenon et de saint Paulin se rapportent évidemment à ce sigle, interprété dans un tout autre sens et transporté, croyons-nous, sur des médaillons spéciaux destinés au baptême. Remarquons d’ailleurs que le mot denartus se prenait souvent, et surtout dans lestextes du Nouveau Testament, pour une pièce de monnaie en général.
Dans les temps de persécutions, alors que régnaient les lois protectrices de l’arcane, ces médaillons mystérieux étaient des tessères symboliques qui devaient servir aux Chrétiens à se reconnaître entre eux, comme les poissons de verre ou de métal, percés d’un petit trou et qu'on suspendait au cou à l’aide d’un cordon. M.J.-B. de Rossi a publié dans son Bullettino di archeologia (2) un certain nombre de médaillons des sept premiers siècles, représentant des colombes, des cerfs, la mission des apôtres, le monogramme du Christ, le Bon-Pasteur entouré de brebis que garde un chien fidèle, etc., et il croit avec raison qu’un certain nombre d’entre eux, surtout ceux qui sont percés d’un trou, ont été donnés aux Néophytes le jour même de leur baptème. Nous présumons que les médaillons marqués du chrisme doivent être le denarius dont parle le saint évêque de Vérone. Du temps du secret des mystères, c'était là un signe dont les initiés pouvaient seuls connaître la valeur, et il ne serait pas impossible, comme le remarque M. Davin, que cet usage ait été inspiré par ce verset de l’Apocalypse (11, 17): « Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises : Au vainqueur, je donnerai la manne cachée et je lui donnerai encore un eaillou {ou jeton) blanc, sur lequel est écrit un nom nouveau que personne ne connaît, si ce n’est celui qui le reçoit. »
Quand la discipline de l’arcane eut disparu par suite du triomphe et de la diffusion du Christianisme, la tessère baptismale ne fut plus qu’une médaille commémorative; mais, dans un certain nombre d'églises, on perpétua cette cérémonie, parce que, croyons-nous, la distribution de ces monnaies avait une signification symbolique que nous laisse deviner saint Zénon. Il nous dit que celui qui veut faire partie de la Jérusalem céleste ne doit point dédaigner ce denier après l'avoir reçu ; par là nous comprenons qu'il doit ne pas le laisser improductif, mais le faire valoir par son industrie. C’est évidemment la mise en scène de
(1) Allegranza, Opusc. erudit., p, 107.— Le rapprochement de l’ichtus et du sigle dontnous nous occupons est un fait très caractéristique; or, M. Davin reconnaît un denier baptisma 1 figuré sur un marbre du Musée de Latran, où l’on voit, au-dessus du Poisson, emblème
mystérieux du Christ, un disque contenant un X traversé horizontalement d’un iota. (2) 1869, n° 3 et 4,