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LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

la parabole évangélique des falents, etnous sommes confirmé dans cette opinion par le nombre de dix siliques qu’on donnait aux Néophytes dans l'Église romaine, Par ce rite frappant, on voulait les persuader qu'ils devaient faire fructifier les grâces baptismales qu'ils venaient de recevoir et imiter le bon serviteur de l’ Évangile, qui, ayant reçu cinq talents en rapporte dix à son maître, dont il mérite cet éloge : « C’est bien, bon et fidèle serviteur, puisque vous avez été fidèle dans les petites choses, je vous donnerai un grand bien à gouverner. Entrez dans la joie de votre Seigneur (1). » Si lesymbolisme, dans le rite de Rome, est plus accentué, en raison du nombre des pièces, il n’en existe pas moins dans celui de Vérone, On comprend fort bien qu’on se soit borné à une seule pièce, quand elle était en or, pour ne pas rendre cette cérémonie trop onéreuse aux parrains, qui, sans doute, fournissaient ces médaillons en . même temps que l’aube baptismale. Rappelons-nous encore que Jésus- Christ a comparé la vie éternelle à un denier : aussi le denier est-il devenu pour les saints Pères, quand ils commentaient l’Ecriture sainte, l’image du bonheur des Cieux, Le don de ce denier signifiait donc que par le baptême on conquérait des droits assurés à la félicité suprême.

Ailleurs on s’est contenté de pièces d'argent ou de cuivre, Le premier, le sixième et le septième Ordre romain, disent que le pontife, après l’onction verticale, donne à chaque néophyte une robe blanche, un chrémeau et dix siliques (2). On lit syclos dans le septième Ordre romain qu'a publié Mabillon, dans son Museum ttalicum (3), mais c’est là évidemment une faute d'impression. Cette même prescription liturgique est mentionnée dans le Sacramentaire de Gellone (4), dans un Ordre baptismal, postérieur à l’an 1000, qu’a publié dom Martène (5), et dans le Traité des divins Offices, œuvre anonyme du x1° siècle, faussement attribuée à Alcuin (6).

On a donné le nom de siliques aux fruits du caroubier et de l'arbre de Judée, et, par extension, aux fruits capsulaires bivalves dont lintérieur est partagé en deux loges distinctes par une cloison longitu-

(1) Matth., XXV, 21

{2) « Et (pontifex) dat singulis stolam candidam, et chrismale et decem siliquas. » (De Sabbat. Sancto.)

GYSIAIL p.83:

(4) D. Martène, De ant. Eccl rit. 1. 1, c, 1,art, 18, n.6.

EPA, ne18.

(6) « Postquam vero vestiti fuerint deportantur (infantes) ante pontificem ad confirmandum, quibus dat singulis stolam candidam, chrismalem et decem siliquas et sic vestiuntur, » (De divin. Offic., cap. de Sabb. S. Paschæ.)

dinale. Par analogie, on a désigné sous ce même nom un poids ayant pour étalon une graine, telle que la fève, la lentille, la caroube, etc., et une monnaie ayant le même poids. Mais comme l’étalon végétal variait selon les pays, il est difficile de toujours bien fixer la valeur de cette monnaie. On prétend que la silique d’argent d'Alexandrie valait à peu près 1 fr. 50 de notre monnaie. Chez les Romains, la silique, considérée comme poids, valait la sixième partie du scrupule et la r44° partie de l’once. Comme monnaie, c'était, selon Guillaume Budé{r), la vingtième partie du sol; la vingt-quatrième’partie seulement, d’après Isidore de Séville(2) et Du Cange(3). Saint Grégoire le Grand nous apprend qu’il y en avait en or (4), Gottlieb Pœæssler DÉétena(e) que les siliques dont parlent les Ordres romains et le faux Alcuin, n'étaient autre chose que des gousses légumineuses, et que leur don avait pour but de faire comprendre aux Néophytes que les innombrables rites ajoutés à l'institution du Christ devaient être réputés comme ne valant pas plus que des cosses de pois. Nous ne croyons pas nécessaire de réfuter sérieusement cette boutade protestante. Maffei (6) et M. César Cantü (7) ont cru que les siliques en question n'étaient que des espèces d’Agnus Dei : nous avons déjà répondu à cette hypothèse. Nous croyons qu’il y a identité entre le denarius de Zénon et la silique des Ordres romains; que c’est là, non point la monnaie particulière qui était ainsi nommée, mais un terme général qui désigne de petites monnaies, ou plutôt de petits médaillons, en or, en argent ou en bronze, marqués d’abord du monogramme du Christ, et, plus tard, quand le chrisme eut disparu, imagiés d’un signe religieux quelconque, de la croix, par exemple. Il doit exister de ces pièces baptismales dans les grandes collections numismatiques, et, si elles ont passé inaperçues ou qu’on leur ait donné d’autres attributions, c’est que l'attention ne s’est point portée jusqu'ici sur la question que nous traitons en ce moment.

Nous avons exposé quel devait être le symbolisme du denier et de la silique; nous n’avons plus à y revenir que pour noter deux opinions que nous rejetons. Trombelli (8) se demande si ce n’était pas une

) Oris., L'EXVI "csv. k ) De D Constant. numismat.

JE EXT Te pure

(5) De Arbaiis dissert., p. 10.

) Osservaz., t. VL art. IRD 20

) Hist. univ., VII ep., ch, xix.

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