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LIVRE XIV, — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

Au baptême solennel des trois enfants, qui se faisait la veille de Pâques, à la cathédrale, l’archevêque, aussitôt après l'immersion, lavait les pieds de trois jeunes Néophytes dans un bassin d’eau chaude, les essuyait avec un manuterge, et, par trois fois, mettait le talon de chacun d’eux sur sa tête (1).

À partir du xm° siècle, on ne trouve plus trace de cette cérémonie, n1 à Milan, niailleurs. Nous ne croyons pas que ce rite ait jamais été pratiqué par les Orientaux.

ARTICLE. V

Du cierge baptismal

Dansle rite romain, après la remise du chrémeau, le prêtre donne à l'adulte baptisé ou au parrain de l’enfant baptisé un cierge allumé, en disant : « Recevez ce flambeau ardent et gardez sans reproche votre baptême; observez les commandements de Dieu, afin que, lorsque le Seigneur viendra aux noces, vous puissiez, en compagnie de tous les saints, courir au-devant de lui dans la cour céleste et que vous ayez la vie éternelle et que vous viviez dans les siècles des siècles. Amen. »

L’antiquité païenne désignait sous le nom de cereus, c'està-dire fait de cire (cera), les torches de cire. L’antiquité chrétienne a employé dans le même sens faces, lampas, lucerna, lumen, lux, etc. Ce terme de lampas, encore usité aujourd’hui dans la formule du Rituel, a fait croire faussement à quelques liturgistes qu’on distribuait primitivement des lampes; c’est là un terme qui, dans le langage ecclésialogique, s’applique indifféremment à toute espèce de luminaire, et on devait d'autant mieux le conserver qu’il s'adapte très bien à la parabole des Vierges sages, dont ce rite est un souvenir symbolique.

Trois opinions principales se sont produites sur l’origine des cierges en général.

1° Certains Orientalistes, qui veulent à tort rattacher toutes les cou-

(1) Beroldi, Ordo et Cerim. Mediol. ap. Muratori, t. IV, p. 808.

tumes chrétiennes aux antiques religions de l'Inde, remarquent que le Brahmanisme et le Mithraïsme reconnaissaient le soleil comme l’emblème de la puissance créatrice et qu’ils l'honoraient par la multitude des flambeaux allumés dans les sanctuaires. De là cet usage aurait pénétré dans les cérémonies religieuses de tous les peuples polythéistes et en dernier lieu dans les rites chrétiens.

2° Les liturgistes positivistes, de l’école de Claude de Vert, donnent au cierge une origine historique. Les premiers fidèles, se réunissant dans les catacombes, avaient besoin de s’éclairer avec des lampes, des torches ou des cierges. Plus tard, les Chrétiens introduisirent dans les églises, en plein jour et à titre de souvenir, la lumière dont ils s’étaient servis pendant les ténèbres.

3° Les autres liturgistes, qui font avec raison une part plus ou moins large au symbolisme, attribuent un but essentiellement mystique à l'institution même des cierges. On aurait voulu, dès l’origine, par la lumière physique représenter l’image du Christ qui a dit de lui-même: « Je suis la lumière du monde; celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres. »

Inclinerait-on vers la seconde opinion, il n’en faudrait pas moins admettre que l’Église a toujours attaché un symbolisme spécial, même aux usages qui ont eu la nécessité pour première origine ou qui ont été empruntés aux religions de l’antiquité.

Nous ne voulons pas rechercher si c’est avant ou après le Talmud que les Juifs ont allumé un cierge pour la circoncision des enfants (1), ni si c’est avant ou après l'apparition du Christianisme que les païens ont commencé à allumer des cierges autour des statues des dieux (2); nous n’avons à nous occuper ici que de l’antiquité du cierge baptismal. Le Catéchisme romain et divers théologiens (3) en font remonter l’origine aux temps apostoliques. Toutefois, les écrivains des trois premiers siècles sont complètement muets à ce sujet. En Orient, saint Cyrille de Jérusalem et saint Grégoire de Nazianze, en Occident, saint Ambroise, sont les premiers qui parlent du cierge baptismal, L'archevêque de Milan rappelle à une vierge qu’à la fête de Pâques, jour où elle avait pris le voile, elle marchait éclairée par les brillants lambeaux des Néophytes (4). « Ces flambeaux allumés, dit

) CF H. de Hardt, de Circumcis.,e. x, 56,

} V. un article de M. de Longperrier dans l’Athæneum francais, avr. 1356. ) J. Bayus, Znstit. relig. christ, 1. IL, c. riv.

4) «Inter lumina neophytarum spléndida. » De lapsu Virgin., e. v.

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