LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
l'Ordre baptismal de Sévère d’Antioche, la cérémonie’se termine par ces mots : « Allez en paix, fils du baptême.» Dans beaucoup de Sacramentaires du moyen âge, le souhait se résume en quelques courtes paroles: Pax tibi, pax vobiscum, pax Christi, pax Domini, etc. Dans les temps modernes, il se change en bénédiction (r).
Le souhait de paix, qui termine aujourd’hui la cérémonie, a eu parfois une autre place; on le trouve après la remise de la robe blanche dans quelques Ordres romains ; après l’onction verticale, dans le Rituel de Paul V ; après la confirmation, dans l’œuvre du faux Alcuin. Dans les anciens monuments liturgiques de l'Allemagne, le pax tecum est répété avant la cérémonie du sel, avant l’onction de l'huile des Catéchumènes et avant l’onction verticale.
D’après Brenner (2), le pax fecum aurait remplacé vers le v° siècle le baiser de paix baptismal des siècles antérieurs. Les érudits, les liturgistes, les théologiens (3) sont en effet d'accord pour reconnaître, tout au moins en Afrique et dans quelques autres contrées, l’existence d'un baiser de paix que le ministre donnait au Néophyte, adulte ou enfant, homme ou femme, immédiatement après le baptème. On nous permettra de ne point partager cette opinion basée uniquement sur une fausse interprétation de plusieurs textes que nous allons examiner.
Saint Justin, après avoir parlé des cérémonies du baptême (4), ajoute : « Après cette ablution, nous amenons le nouveau fidèle au lieu où nosfrères sont assemblés, et là nous faisons en commun de très ferventes prières, tant pour nous-mêmes et les baptisés que pour tous les hommes en général... Les prières achevées, nous nous saluons par le baiser de paix. Puis celui qui préside parmi les frères, ayant reçu le pain et je calice où a été versé le vin mêlé d’eau, loue le Père par le nom du Fils et du Saint-Esprit et lui rend de longues actions de grâces pour les dons que nous avons reçus de sa bonté... Ensuite les diacres distribuent à chacun des assistants le pain, le vin et l’eau, consacrés par la prière, et ils en portent aux absents. » On voit qu’il s’agit ici du baiser de paix eucharistique que se donnaient tous les
(r) « Benedictio Dei omnipotentis Patris et Filii et Spiritus sancti descendat super te et maneat semper. Amen. » Rituel de Paris, 1697. — « Benedicat et custodiat te omnipotens et misericors Dominus Pater et Filius et Spiritus sanctus. Amen. » Rituel d'Amiens, 1845.
(2) Geschichtliche Darstellung der Verrichlung der Taufe.
(3) Augusti, Barraud, Bellarmin, Bingham, Casalius, Chardon, Dœllinger, Duranti, Fornici, Liebermann, Maldonat, Martène, Pellicia, Selvagio, Tournely, Vasquez, Visconti, Zentgrave, Zimmerman, etc.
(4) Apol. II, p. 97.
fidèles, y compris les Néophytes, avant l'offertoire et que ce rite n'a aucun rapport avec le baptême.
Il en est de même du texte de saint Cyprien, l'argument principal de l'opinion que nous combattons. Macrobe nous dit (1) que la lustration des enfants chez les Romains avait lieu le neuvième jour pour les enfants mâles, le huitième pour les filles, et que ni les uns ni les autres ne recevaient point auparavant de baiser de leur parents. Imbu de cette idée traditionnelle, un évêque d'Afrique, nommé Fidus, croyait qu’on ne pouvait pas admettre au baptême ni à la communion les enfants âgés de moins de huit jours, parce qu'on n'aurait pu leur donner le baiser de paix sans quelque dégoût. Saint Cyprien, consulté sur ce point (2), répond à Fidus : « Vous dites qu’un enfant, dans les premiers jours qui suivent sa naissance, n’est pas pur et qu'on a quelque répugnance à l'embrasser; mais cette répugnance ne doit pas nous arrêter quand il s'agit de iui conférer la grâce. N'est-il pas écrit : Tout est pur pour ceux qui sont purs ? Faudrait-il donc avoir horreur de ce que Dieu a daigné faire ? Quoique l'enfant immédiatement après sa naissance soit à peine formé, il n’est pas cependant tel qu’en lui conférant la grâce et en lui donnant la paix, on doive éprouver quelque répugnance à l'embrasser. Lorsque nous lui donnons le baiser, pensons avec foi aux mains de Dieu qui l’ont façonné et que nous baisons en quelque sorte en embrassant leur ouvrage dans cet homme nouvellement né. » C’est en raison de ces paroles que les commentateurs ont supposé que le prêtre embrassait l'enfant au sortir des fonts. Rien ne justifie cette conjecture; Fidus, comme le remarque saint Cyprien, ne croyait pas qu'on püt admettre l'enfant nouveau-né au baptème et à la communion (3), C’est à ce dernier sacrement que se rapporte le baiser de paix; cet usage est mentionné par tous les anciens documents liturgiques, et il n’en est aucun qui parle du baiser baptismal. La seule conclusion légitime que nous puissions tirer du texte de Cyprien, c’est que, pendant la messe qui suivait le baptème, le baiser de paix se donnait aux enfants nouvellement baptisés, tout aussi bien qu'aux autres fidèles.
Saint Augustin n'a fait que répéter les paroles de l’évêque de Carthage (4). Quant aux autres textes qu’on invoque comme preuves
(1) dA L'exrL
(2) Epist. LIX ad Fidum,
(3) Intra octavam diem eum qui natus est, baptizandum et sacrificandum non putabat, (4) Lib. IV, cont. IT ep. Pelag., c, vire