LIVRE XIV. —— PITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
d'un ordre secondaire, ils s'appliquent également tous au baiser de paix, témoignage de charité, que les fidèles se donnaient avant la communion, ou bien au baiser que l’évêque ou le prêtre, dès le u° siècle (1), donnait à chaque Néophyte, immédiatement avant la communion. Il en était ainsi, du moins, en Égypte(2),en Afrique et en Italie; en Orient, dans l’Espagne et dans les Gaules, c'était avant l'offrande. Dans l’Église romaine, on s’abstenait du baiser liturgique les jours de jeûne et, par conséquent, les veilles de Pâques et de la Pentecôte, les seuls jours du baptème solennel. Dans la plupart des églises, au moyen âge (3), le souvenir du baiser de Judas faisait retrancher ce rite eucharistique des offices des trois derniers jours de la semaine sainte.
C'est seulement au moyen âge que nous voyons, dans divers diocèses, le prêtre et les parrains embrasser l'enfant sorti des fonts (4) et, par concomitance sans doute, les parrains s’embrasser entre eux. C'était simplement là une application, transportée au baptême, du pax lecum eucharistique, faite à une époque où l’on ne communiait plus les enfants. M£ Barbier de Montault cite une miniature de bible historiée du xiv° siècle, où le parrain et la marraine s’embrassent dans l'église après la cérémonie (5). On reconnut sans doute que cet usage pouvait donner lieu à des abus, car il fut interdit par les conciles provinciaux de Toulouse (1590) et de Narbonne (1600).
En Russie, le pope embrasse l’enfant qu’il vient de baptiser et quelquefois aussi les parents.
Autrefois, dans les églises mennonites d'Allemagne et de Hollande, le ministre donnait le baiser de paix aux adultes qu'il venait d'immerger. « Cet usage, dit Bernard Picard (6), est généralement aboli, à cause, dit-on, qu'entre les étrangers qui assistaient par curiosité à cette cérémonie du baptème des Mennonites, les uns se moquaient de cette pratique, et les autres la trouvaient digne de censure et s’en scandalisaient. »
(x) Tertul., de veland. Virg., c. vi; Ambros., Il. IT, de pœnit., c. 115 Epist. XXXIIÏ; Athan., Epist. desyn. Arimin.
(2) Constitution de l’Église d'Égypte, dans le tome Il des Analecta antinicæna de M. Bunsen.
(3) Durand, Ration., 1. VI, c. Lxxt, art. 6.
(4) Libellum baptizandi pueros, Brixiæ, 1555, p. 4.
(5) Revue de l’art chrétien, t. XVII, p. 18,
(6) Cérém, relig., t. IV, p. 208,
ARTICLE IX
Exhortation finale
Après la déposition des robes blanches, on adressait ordinairement une dernière instruction aux Néophytes. C’est dans cette circonstance que furent prononcées un certain nombre des catéchèses qui nous sont parvenues. Voilà l’origine des exhortations finales qu'on rencontre dans un grand nombre de Rituels, et qui concernent spécialement les devoirs des parents et des parrains à l'égard de l’enfant qui vient d’être baptisé. Le Rituel romain se borne à dire que le prêtre doit rappeler aux parrains quels sont les liens d’affinité qu’ils viennent de contracter et les empêchements de mariage qui en dérivent ; il doit défendre aux parents de faire coucher le nouveau-né soit avec eux, soit avec la nourrice {r), les engager à lui donner plus tard une éducation chrétienne ; enfin il doit défendre aux parents de choisir pour nourrice une juive, une infidèle ou une hérétique.
Dans le Rituel parisien de 1497, après la lecture de l’évangile selon saint Jean, le prêtre adresse l’exhortation suivante à ceux qui ont présenté l'enfant : « Vous, parrains et marraines, je vous en charge que vous disiez au père et à la mère de cet enfant, qu’ils le gardent du feu et de l’eau et de tout péril jusqu’à sept ans et que ils lui facent apprendre Pater noster, Ave Maria et sa Créance ou que lui facez apprendre : Je vous en charge et m’en décharge. »
Dans le rite anglican et dans un certain nombre d’églises luthériennes, la célébration du baptème se clôt par une exhortation adressée aux parrains ct aux assistants.
ARTICLE X
Actions de grâces
Après l'administration du baptême, les Néophytes et les fidèles
adressaient à Dieu des prières d’actions de grâces. Ici l’on récitait
(1) Les canons pénitentiaux imposent de sévères pénitences aux imprudences qui amènent la suffocation d’un enfant. Divers conciles défendent aux parents, sous peine d’excommunication, de faire coucher avec eux l'enfant qui n’a pas atteint l'âge d’un an,
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l'Oraison dominicale (r); là, pour célébrer la complète rémission des péchés, on chantait le psaume Beati quorum remissæ sunt iniquilales (2); ailleurs on chantait le Te Deum et les litanies que nous récitons aujourd’hui après la bénédiction des fonts (3). À Alexandrie, on chantait la charmante hymne de saint Clément : « Petits enfants aux endres lèvres nourries et remplies de la rosée de l'Esprit, sucée à la mamelle raisonnable de l’Église, chantons ensemble des louanges simples, des hymnes véridiques au Christ, notre roi, pieuse reconnaissance pour la doctrine de vie. Chantons simplement l'Enfant puissant. Chœur de la paix, engendré par le Christ, peuple modeste, chantons ensemble le Dieu de la paix! »
Dans un certain nombre de diocèses et surtout en Bretagne, on allume les cierges de l’autel, et le curé entonne le chant du Te Deum. Ailleurs, comme à Reims, la cérémonie se termine par une aspersion d’eau bénite sur les assistants.
Le prêtre, ayant rempli toutes ses fonctions, retourne à la sacristie, y brüle les étoupes qui ont servi à essuyer les saintes huiles, se purifie les doigts avec de la mie de pain et se lave les mains. En Bretagne, c'est ordinairement le père de l'enfant, portant une serviette sur le bras, qui présente au pasteur le bassin où il doit se laver les mains. Dans les environs de Paris, on porte souvent à l’église la serviette et l’aiguière qui doivent servir à cette ablution finale.
Beaucoup de Rituels recommandent au prêtre qui vient d’administrer le baptème d'élever son cœur à Dieu, pour le prier d’affermir l'œuvre que la grâce a opérée, et aussi de s’humilier des fautes qu’il pourrait avoir commises. Dans cette vue, il luiest parfois recommandé de réciter le Salve regina.
Chez les Coptes, la cérémonie baptismale est suivie d'une procession dans l’église avec cierges allumés ; les diacres, portant les enfants baptisés, sont précédés par les prêtres et suivis par l'assistance ; c’est alors surtout que les femmes jettent des cris de joie que les voyageurs comparent à des hurlements (4).
Dans l'Église russe, l'administration du baptême est suivie du chant du psaume XXXITI. Dans le rite anglican, l'adulte baptisé se met à genoux et récite avec le ministre l’Oraison dominicale. Ce dernier
) Constit. apost., 1. VII, c. xriv; Hildeph., de Cognit. bapt., LI, c. cxxxir. >) Cyrill., Cat. 1 myst.; Greg. Naz., Orat. in S. bapt.; Sever. Antioch., de Bapt. ) Rituels du Moyen Age de Milan, Venise, Bergame, etc.