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LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

En diverses églises de Picardie, on carillonne le Te Deum pour un garçon ct l’Znviolata pour une fille; ailleurs, on sonne la grosse cloche pour le baptème d’un garçon et seulement la petite pour le baptème d’une fille.

En Russie, on frappe trois fois la porte de l’église avec un maillet, de manière à ce que ce bruit arrive aux oreilles de toute l’assistance.

ARTICLE XIT

Retour à 1a maison

Jadis, dans certaines provinces de France, les mères n’embrassaient point leur nouveau-né avant qu’il eût reçu le baptème. C’est sans doute par un souvenir traditionnel de cet usage, que le parrain ou la marraine, parfois la nourrice, au retour de l'église, présente l’enfant à la mère en lui disant : « Paien vous me l’avez donné, chrétien je vous le « rends », et la mère aussitôt embrasse son enfant régénéré. Dans le diocèse de Fréjus, les parrains, après avoir félicité l’accouchée, ajoutent : « Dieu vous fasse la grâce de voir le mariage de cet enfant ! »

En Espagne, on ne qualifie point de païen, mais de maure (ce qui est une aggravation), l'enfant qui n’est pas encore baptisé, et sa mère s’abstient de l’embrasser.

En certaines provinces, il existe des chansons populaires qu’on chante en revenant du baptème et quise prolongent pendant le repas. En voici une de l’ancien Bazadais, traduite par M. Lamarque (1).

(En sortant de l’église.)

Vous nous l’avez donné comme un juif Nous vous le rendons chrétien de Dieu.

Le petit enfant et son père, Le petit enfant est bien content, Il a reçu le sacrement.

(En passant devant les habitations.)

Nous venons de faire neuf lieues, Neuf lieues loin d'ici, Pour nous réjouir.

(1) Usages et Chansons populaires de l’ancien Bazadaiïs, p. 13:

HISTOIRE DU SACREMENT DE BAPI ÊÈME

Ut t2

Voulez-vous nous laisser entrer Pour nous reposer ?

(Devant la maison de l'enfant.) Sortez dehors, père et mère, Ici arrive votre enfant.

Si vous l’aimez comme vous faites semblant, Vous viendrez le chercher sous l’auvent.

(A table.)

La table est bien garnie, Son père l’a garnie, De son mieux, En nous environnant D'’honnêtes gens.

Dans quelques provinces, on tire, en signe de joie, des coups de fusil ou de pistolet pour annoncer que le baptème est terminé.

En Arménie, le parrain sort de l’église en tenant l'enfant dans ses bras, et, dans chaque main, un cierge de cire blanche allumé. Des joueurs d'instruments précèdent le cortège baptismal. Arrivé au logis, le parrain remet l'enfant entre les bras de la mère ; celle-ci se prosterne devant le parrain et lui baise les pieds, et pendant qu’elle est en cette posture, le parrain lui baise le sommet de la tête (1).

ARTICLE XIII

Confirmation des Néophrytes

Nous terminerons ce chapitre par quelques notes rapides sur les deux sacrements qui jadis formaient le complément du baptème, et sur les cérémonies de l’octave baptismale. On comprendra que nous soyons extrêmement bref sur la confirmation et leucharistie, dont nous écrirons plus tard l'histoire spéciale.

Ces deux sacrements étaient tellement considérés comme les corollaires du baptême, que tous trois étaient désignés collectivement sous le nom de sacramenta baptismi (2).

1) Tournefort, Voyage du Levant, lettre XX.

( (2) Capit. de Charlem., Bède, ist. eccles., 1. II, c. 1x; conc. de Mayence (847).

te = Z = C1 e < — ES EH (64) s ) D Ds En = ©) (ep) = © es = ni & (8

Aussitôt que Notre-Seigneur eut reçu le baptême, l'Esprit-Saint descendit sur lui en forme de colombe. C’est une des principales raisons pour lesquelles on crut devoir, dans la primitive Église, conférer immédiatement aux baptisés les dons du Saint-Esprit par l’administration de la confirmation, qu’on appelait le chrême, l’onction frontale, la perfection; elle n'était différée que lorsque l’évêque était absent.

Dans l’origine, alors que les baptistères n'étaient point accompagnés d’absides, les Néophytes devaient se rendre dans Péglise voisine pour la réception des deux sacrements complémentaires ; ainsi, on passait du baptistère de Latran à l’oratoire de Saint-Venant; du baptistère de Saint-Pierre du Vatican à l'oratoire de Sainte-Croix ; du-baptistère d'Aix en Provence à l’oratoire de Saint-Maximin. Plus tard, une des absides désignées sous le nom de consignatorium fut consacrée à Padministration de la confirmation.

Quand on eut multiplié les fonts baptismaux et que le baptême se conféra plus facilement sur divers points du diocèse et à toutes les époques de l’année, il devint impossible à l’évêque de confirmer immédiatement les nouveaux baptisés. Au 1x° siècle, Jonas se plaint (1) de ce que l’on différait parfois trop longtemps de se faire imposer les mains par l’évêque. En Occident, dans les cités épiscopales où le baptème était conféré par l’évêque, ou du moins en sa présence, la confirmation resta unie au baptème jusqu’au xn° siècle, au xu1°, et même plus tard en certains diocèses.

Alain de Lille, au xrri° siècle, se trouva obligé de réfuter l’opinion de quelques hérétiques, prétendant que le baptème ne sert de rien si l'on n'y joint pas l'imposition des mains (2). Cette erreur, adoptée par quelques protestants (3), a été aussi celle d’un certain nombre d’Orientaux, surtout en Arménie. Arcudius l’attribue également à Siméon de Thessalonique, au patriarche Jérémie, à Gabriel de Philadelphie et à quelques autres théologiens grecs ; mais les auteurs de /a Perpétuilé de la foi (4) ont prouvé que ces reproches étaient immérités et que les écrivains en question étaient seulement coupables de quelques exagérations de langage qu’on peut néanmoins interpréter dans un sens orthodoxe.

L'Église n’a jamais proscrit l'usage où sont les Églises orientales, de

)astntares, LACNCRYTr CON RENCLSMAICEREN.

) Basnage, De reb. sacr. exercit., p. 75.

ne point séparer la confirmation d'avec le baptême. Benoît XIV n'a fait que condamner la réprobation que diverses communions coptes jetaient à l’Église latine, parce qu’elle donne le baptême isolément (1). Si Clément VIII, dans sa bulle du 31 août 1595, a défendu aux prêtres albanais de confirmer aussitôt après le baptème, c’est que ceux auxquels il s'adressait demeuraient dans des diocèses gouvernés par des évêques latins et devaient par conséquent se soumettre à leur rite.

Les Maronites, depuis leur union avec P Église romaine, ont séparé la confirmation d’avec le baptème.

Dans le rite anglican, le baptème des adultes est suivi de la confirmation et de la communion.

ARTICLE XIV

Communion des Néophytes

Après la confirmation, les Néophytes assistaient à une messe dite spécialement pour eux et qu'on appelaitmesse pascale de la Vigile. Elle se célébrait vers l’heure de la résurrection du Sauveur, à la quatrième vigile de la nuit, alors que l’église, au milieu des illuminations et des parfums, faisait retentir ses premiers chants d’allégresse. On attachait une si grande importance à la communion du Néophyte, que si, par hasard, il venait à mourir auparavant, on le plaignait d’avoir été privé de cette grâce suprème. Le diacre Ferrand alla même jusqu’à croire qu’un jeune esclave noir, mort subitement dans l'intervalle qui séparait le baptême de la communion, pouvait avoir un sort moins heureux que les autres Néophytes. Saint Fulgence fut obligé de le rassurer à ce sujet, en lui répondant que « il ne faut point se mettre en peine de ceux qui meurent avant d’avoir reçu le corps et le sang de Jésus-Christ ; car chacun de nous, ajoute-t-il, commence à participer à ce pain quandil devient membre du même corps, c’est-à-dire de Jésus- Christ, ce qui a lieu au baptême (2). »

On pouvait donner la communion sous les deux espèces aux enfants,

(1) Const. CXXIX.- (2) Fleury, Hist. eccl , année 537.

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