LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
alors que, dans les premiers siècles, on les baptisait d'ordinaire un peu âgés. Maïs cela n’était point possible quand ils n'avaient que ‘quelques jours ou quelques mois; aussi ne leur donnait-on que le précieux sang qu'on prenait dans le calice avec une cuiller, une coquille ou même une feuille ; parfois encore le prêtre trempait son pouce dans le vin consacré et en mettait quelques gouttes sur les lèvres de l'enfant, ce qui se fait encore aujourd’hui dans les pays orientaux. Plusieurs anciens Sacramentaires recommandent de ne point donner le sein aux enfants dans l'intervalle du baptême à la communion.
La participation des enfants à l’eucharistie commença à subir des exceptions au 1x° siècle ; elle se perpétua, en général, jusqu'au xn°; à cette époque, Robert Paululus, prêtre de l'église d'Amiens, se plaint(1) de l'ignorance des prêtres qui,-au lieu de communier les enfants nouvellement baptisés, ne leur donnent que du vin non consacré. Dans certains diocèses, comme à Amiens et à Beauvais, la communion des enfants était encore en vigueur au xv° siècle; cet usage fut complètement proscrit par le concile de Trente.
Toutes les communions orientales, unies ou non avec l'Église romaine, ont conservé sur ce point l’antique discipline. Les Abyssins paraissent même persuadés que c’est là un rite nécessaire à la validité du baptême. La communion de l'enfant a lieu sous les deux espèces, en Grèce huit jours après le baptème, en Russie une douzaine de jours après. Chez les Sociniens, la communion des adultes a lieu le lendemain de leur baptême.
ARTICLE XV
Du lait, du miel et du vin donnés aux Néophytes
Après la communion, on faisait boire aux Néophytes, en diverses contrées, un mélange de lait et de miel. Si un certain nombre de textes produits à cet égard peuvent être contestés ou discutés (2), il n’en est
énpibleDer offc.veccl;\cixx:
() Orig., Hom. VI in Ezech., nv G; Clem. Alex., Pædag.,.c. vi, |. 1; Zenon, tract. IV
et XXXII.
pas ainsi des témoignages rendus par Tertullien, saint Jérôme et le troisième concile de Carthage (307). Tertullien fait même remonter ce rite aux temps apostoliques (1), peut-être parce qu’il a cru y voir une allusion dans l’épître de saint Barnabé (2). Saint Jérôme constate l’antiquité, dans les églises d'Occident, de donner du lait et du miel (3); ailleurs (4) il dit: du vin et du lait. Arnobe le jeune, comparant le baptême à la pénitence, dit : « Dans l’un vous savourez le miel et le lait, dans l’autre vous goûtez les cendres (5). »
Un canon de l'Église d'Afrique (6) s'exprime en ces termes : « Nous ordonnons qu’on n'offre plus à l'avenir dans le sacrement du corps et du sang de Notre-Seigneur autre chose que ce que Jésus-Christ a prescrit lui-même, c’est-à-dire du pain, et du vin mêlé avec de l’eau. Quant aux oblations du lait et du miel pour le baptême des enfants, bien qu’on les offre sur l'autel, elies doivent être bénites à part et ainsi distinguées du corps et du sang de Notre-Seigneur. » On a conclu de là (7) qu’on mêlait le lait et le miel avec le vin consacré; mais il n’est nullement question de ce mélange dans le texte que nous venons de citer; nous n'y voyons qu’une simple défense de faire une seule et même bénédiction, et pour les oblations eucharistiques et pour le lait et le miel. On pourrait objecter qu’au 1x° siècle, Senatius écrit à Jean, diacre, pour lui demander pourquoi, le samedi saint, on met du lait et du miel dans le sacré calice (8) ; nous répondrons que ce serait là quelque abus local de cette époque; mais comme nous n’en trouvons nulle trace ailleurs, nous croyons que, par ce sacré calice, il faut entendre le calice spécial destiné pour ce breuvage, qu’on désignait sous le nom de calice de baptême, et dont il est question dans Anastase le Bibliothécaire (0).
Quelques écrivains (ro) ont cru à tort que le lait et le miel étaient
(1) € Ter mergitamur, inde sucepti lactis et mellis concordiam prægustamus. » De coron. mil., ©. tr.
(2) Sed quare lac et mel ? Quoniam infans primum melle, tum lacte viviscit; ita et nos fide promissionis et verbo, in vitam confirmati vivamus terram possidentes.
(3) L. XV, Comm. in cap. LV Isaiæ.
(4) € Qui mos in ecclesiis Occidentis hodie usque servatur ut renatis in Christo vinum lacque tribuatur. » Dial. ad». Lucif., c.1v, n. 8.
(6) In Ps: LXXIV.
(6) Cod. can. afric., c. xvu.
(7) Chardon, Hist. des Sacr., t. 1, p. 367; Baillet, Fètes mob., t. I, p. 575. (8) Cur in sacratissimum calicem lac mittatur ét mel et paschæ sabbato cum sacrificiis ofleratur. |
(9) & S. Innocentius inter alia calices argenteos baptismi numero tres, pensantes singulos libras duas et alia multa dona largitus est. » Vita Innocent. I.
(10) Saumaise, ap. Sucer, Thes. part. IL, p. 1136.