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LIVRE XIV, — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

donnés aux enfants pour remplacer l’eucharistie. Nous venons de voir qu'on les communiait encore dans le cours du moyen âge, et d’ailleurs le lait et le miel se donnaient aux adultes aussi bien qu'aux enfants. Ceux qui ont supposé le contraire ont oublié que le nom d'enfants était donné à tous les Néophytes, quel que fût leur Âge ; qu’un concile de Carthage appelle l’octave baptismale solennité des enfants, et que saint Augustin la nomme oc{ave des enfants.

Les explications des Pères nous montrent bien que le symbolisme de cette cérémonie s’appliquait à tous les âges. On sait que le lait, le miel et parfois le vin doux étaient, dans l'antiquité, la première nourriture des enfants. Or, comme les Néophytes entraient dans l'enfance pu tuelle, l'Église ee appliquait les pratiques de l'enfance naturelle : c’est pour cela que ce rite d'initiation s’appelait #nfantatio. Le miel, auquel l’'Apocalypse compare la parole de Dieu, symbolisait la suavité de l'Évangile; le lait prescrivait l'innocence de la vie; le vin doux exprimait l’exquise saveur de la foi du Christ. Ce rite n'avait pas seulement pour but de proposer à l'aspiration du Néophyte « ce lait pur de la sagesse qui fait croître pour le salut », dont il est question dans la première épître de saint Pierre (rt, 2), c'était encore pour lui un gage de participation au bonheur du Ciel, que l'Écriture compare à la Terre promise, où coulent abondamment le lait et le miel(r). C'est la PRE qui domine dans la formule de bénédiction du lait et du miel qu’on trouve dans un Ordre romain du x° siècle, publié par Hittorp, et dans le Sacramentaire attribué à saint Léon (2).

Cet antique usage, dont il reste des souvenirs dans l’oflice de Pâques et dans la messe de l’octave, avait disparu au xi° siècle. Guillaume Van Linda prétend (3) qu’il subsistait encore à Dordrecht, de son temps, c'est-à-dire au xvi° siècle.

Au xusiècle, et bien auparavant dans certaines contrées, on substitua au précieux sang, pour les enfants nouvellement baptisés, soit du vin bénit, soit les ablutions du célébrant. On trouve encore au xvi' siècle

(r)MDert. et S.Jér., loc. cit. Clem. Alex., Pædag. 1], 6:

(2) « Benedic, Domine, et has tuas creaturas mellis et lactis ; et pota famulos tuos ex hoc fonte aquæ vitæ perennis qui est Spiritus veritatis, et enutri eos de hoc lacte et melle, quemadmodum patribus nostris Abraham, Isaac et Jacob promisisti introducere eos in terram promissionis, terram fluentem melle et lacte. Conjunge ergo famulos tuos Domine, Spiritui Sancto, sicut conjunctum est hoc mel et lac, quo cœlestis terrenæque substantiæ significatur unitio in Christo Jesu Domino nostro. Per quem hæc omnia, etc. » Patrol lat, tr LV, colxL.

(3) Panopl. evangel., 1. IV, c. xxvnir.

diverses formules qui accompagnaient cette cérémonie, débris de l’antique discipline (1). |

Nous ne trouvons pas trace de cette coutume dans l'Eglise grecque, à moins qu’il n’y faille rapporter la défense que font les Canons apostoliques de placer sur l'autel du miel, du lait ou toute autre chose que la matière du sacrifice. Chez les Éthiopiens, le diacre donne toujours du lait et du miel aux nouveaux baptisés en leur disant : Lac et mel immaculatum in regeneratione. Ils paraissent avoir emprunté cette coutume aux Jacobites d'Égypte, qui la pratiquaient tout au moins dès le virr° siècle (2).

Les Vaudois donnaient du vin aux enfants après leur baptême (3).

Dans la cérémonie franc-maçonnique appelée baptême ou protectorat, par laquelle une loge adopte l'enfant d’un de ses membres, le parrain fait goûter au jeune récipiendaire : 1° le vin qui donne la vigueur, emblème de la force intellectuelle et morale; 2° le miel, emblème de la bonté qui adoucit les mœurs et entretient l’union des familles; 3° les fruits, emblème du labeur incessant imposé à l’homme.

ARTICLE XVI

Be l’Octave baptismale et des Néophytes

La semaine de l’octave de Pâques a été désignée sous le nom de première semaine, parce que c'était le commencement de l’année ecclésiastique; semaine de la rénovation ou des Néophytes, parce qu’elle était principalement consacrée aux actions de grâces des nouveaux baptisés; de semaine des aubes, parce que les Néophytes continuaient de porter la robe blanche du baptême. Le dimanche qui la terminait était appelé anti-pascha,pascha clausum,le dimanche ?n albis depositis ;

(1) A Reïms, tout en remplaçant le vin consacré par du vin ordinaire, on n’en disait pas moins : « Corpus et sanguis Domini nostri Jesu Christi custodiat te in vitam æternam. » Le Rituel de 1585 proscrit pourtant cette espèce de non-sens liturgique. Dans le Rituel de Périgueux de 1536, nous lisons cette formule : « De rore cœli et de pinguetudine terræ det tibi Deus abundantiam et vivas in sœcula sæœculorum. »

(2) Vansleb, Not. ad arab. canon. concil. Nicæni.

(3) Bossuet, Hist. dzs Variat., 1. XI, n. 100.

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