LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES
la Quasimodo à cause des premiers mots de l’introit ; l’octave des enfants où des Néophytes. Il était aussi nommé le dimanche de saint Thomas par les Grecs et le dimanche des Apôtres par les Éthiopiens, à cause du récit de l'évangile de ce jour.
Les nouveaux baptisés portaient le nom de Néophytes, veégurot (nouvellement plantés), parce qu’ils étaient récemment greffés en Jésus- Christ, dans sa vigne qui est l'Église. On les considérait comme de jeunés plantes mystiques nouvellement mises en terre dans le champ du Seigneur. Cette poétique désig nation suffirait seule à nous démontrer combien l'idée d’une vie nouvelle dominait les pensées du baptisé qui devait, par la vie de la grâce, préparer celle de l'éternité. Parfois, mais très rarement, la qualification de #eophytus,opposée à celle de fidelis,
exprime seulement le rang de catéchumène: il en est ainsi dans une épitaphe de deux frères, donnée par Oderici(r), où l’on voit que l’un était mort avant le baptême, neofitus, et que l’autre avait été baptisé, fdelis.
Les nouveaux baptisés étaient encore appelés puerr, infantes, quastmodogeniti, fussent-ils adultes ou vieillards, comme le démontrent de nombreuses inscriptions (2); car c’étaient des enfants que l’Église venait de faire naître à la grâce ; //uminés, parce qu’ils étaient éclairés dans la foi des mystères ; 2ni/iés, parce qu'on leur faisait connaître des vérités qui restaient cachées aux Catéchumènes; parfaits, parce qu'ils avaient reçu /a perfection, c’est-à-dire la confirmation et l’eucharistie; accepti, bénis, catholiques, chrétiens, disciples, élus, fidèles, fils du Christ, frères, novelli, orthodoxes, régénérés, renati, rudes, saints, serviteurs de Dieu, susceptr, etc.
Les Néophytes étaient entourés de la vénération que méritaient ces nouveaux temples du Saint-Esprit; on les choisissait pour intercesseurs auprès des grands et des rois, et l’on croyait que leur présence attirait les bénédictions du Ciel. Lorsque Bélisaire partit en Afrique pour combattre les Vandales, il emmena sur son vaisseau un soldat nouvellement baptisé. On ne manquait point d'inscrire dans l’épitaphe de ceux qui étaient morts peu de temps après le baptême la qualification de néophyte; les inscriptions nous en signalent de tous les âges (3). Ce
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(2) Mabillon, De re Diplom., Suppl., p. 15; Lupi, Epit. Sev., p. 19 ; Boldetti, p. &r.
(3) Florentius est âgé d’un an (Journal de Rome, janv. 1864); Rufilius, de deux ans (Aringhi, t. I, p. 113); Constantius, de huit ans (Oderici, Syll., p. 266); Cyriacète, de vingt aus (Boldetti, p. 419); Perpetuus, de trente ans (De Rossi, t. I, p. 109); Junius Bassus, de quarante-deux ans (Bottari, tav. xv); Stratonice, decinquante-cinq ans (Corsini,
Diss., IL part. not. græc.).
titre était une suprême consolation pour les parents et ne révélait rien aux profanes.
Pour honorer les saints jours de leur renaissance spirituelle, les Néophytes, pendant toute l’octave,devaient s'abstenir des spectacles publics, des joies profanes, de l'usage du mariage et même des bains qui auraient effacé les empreintes du saint chrême (1).
Une loi de l’Église, écrite dans saint Paul et confirmée par les deux conciles de Nicée et de Sardique, défend qu’un Néophyte soit promu à l’épiscopat. Or le néophytisme durait un an. Cela n'empêcha point le peuple de Milan d’acclamer pour son pontife le catéchumène Ambroise. En vain celui-ci voulut-il stipuler qu’un certain intervalle de temps séparerait son baptême de son ordination; le peuple ne voulut voir là qu'un moyen dilatoire, et le Néophyte, encore revêtu de la robe blanche, fut contraint de recevoir l’onction du sacerdoce huit jours après les onctions du baptême (2).
Pendant toute l’octave, les Néophytes assistaient aux offices de la nuit et du jour; ils étaient guidés par leurs parrains, reçus à l'entrée de l'église par le clergé, conduits processionnellement à leurs places respectives, précédés du cierge pascal allumé, symbole de la colonne de feu qui guida le peuple d'Israël vers la Terre de promission (3).
Il y avait d’abord, pendant l’octave, deux offices différents; l’un, général, destiné à honorer la résurrection du Sauveur; l’autre, spécial aux Néophytes, pour les entretenir dans des sentiments de foi et de reconnaissance. Plus tard,excepté à Milan, les deux offices furent réunis en un seul comprenant la commémoration des deux mystères. Notre liturgie actuelle réveille tous les anciens souvenirs de la semaine des Néophytes. L'épître du jeudi de Pâques contient l’histoire de la conversion et du baptême de l’eunuque de Candace ; celle du vendredi évoque le souvenir de l’Arche, l’une des figures du baptême; cette sixième férie est plus spécialement la fête de l'institution du sacrement régénérateur, à laquelle il est fait de fréquentes allusions. Le samedi 77 albis était, comme nous l'avons dit, le jour où les Néophytes quittaient leurs vêtements blancs, parfois à la fin de la messe, le plus ordinairement vers le soir, après la procession aux fonts baptismaux où ils renouvelaient leurs vœux et leurs promesses. L'office actuel de ce jour s'adresse en partie aux Néophytes : l'épître leur montre à quoi les engage la grâce de leur
(1) Tertul., De Coron. milit., c. nr.
(2) Bud, Hist. de saint Frs P. 44.
(3) Amal. Fortun., 1. I De eccl. offic., c. xxvir et xxx.