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LIVRE XIV. — RITES, CÉRÉMONIES ET COUTUMES

Ce repas de famille, se faisant ordinairement le jour de la déposition des aubes, s’appelait désaubage au moyen âge : c’est un terme que Du Cange (r) considère comme d’origine picarde. Cette fête de famille donnait lieu parfois à des dépenses exagérées que réprimèrent des ordonnances somptuaires : ainsi l’échevinage d’Abbeville, le 22 avril 14067, défendit qu’à l’occasion du désaubage les parrains fissent des présents, si ce n’est aux prêtres qui avaient assisté à la cérémonie, et aux pauvres femmes en couche; il fut également interdit de donner des pièces d’or aux confréries industrielles, des pièces de monnaie ou des pains blancs aux assistants; mais il resta permis de distribuer quelques étrennes aux enfants de la famille ou du voisinage (2).

En diverses provinces, dans la Haute-Saône par exemple, le repas de baptême s'appelle les Naïlles (Natalicia) (3).

Il est présumable que dans les riches familles on se servait, pour les dragées du dessert, de ces belles faïiences où figure le baptême de Notre-Seigneur et dont on voit de beaux spécimens au musée de Cluny (4). A l'exposition rétrospective de Lille, en 1874, il y avait uñ camaïeu bleu, faïence de Lille, représentant un repas de baptème avec cette inscription : Nous sommes à table et touste la famille et le petit. 1730. |

M. P. Lacroix (5) a donné le dessin d’une coupe en forme de nacelle, travail flamand du xvi° siècle, tout en or et en argent ciselé, appartenant à la collection de M. Onghena, de Gand. « Quand on baptisait un enfant, dit M. Lacroix, c'était la coutume dans les Pays-Bas de boire à la ronde du vin épicé à la santé du nouveau-né. La coupe, taillée en nacelle, rappelle le voyage de la vie : un vieux chevalier tient le gouvernail, deux autres joûtent ensemble ; un matelot redresse les cordages, le vent enfle la voile, et la vigie surveille l'horizon. Bon voyage au nouveau venu, dit la devise flamande. »

Un historien des cérémonies religieuses de la Saxe protestante raconte qu’autrefois on différait le baptême de douze ou quinze jours, pour avoir le temps de préparer un festin pantagruélique où le vin n’était jamais baptisé. Cette remarque peut s'appliquer à beaucoup d’autres contrées de l’Allemagne, car les écrivains de ce pays, catho-

) Vo Alba.

) A. Thierry, Mon. inéd. de l’hist. du Tiers État, t. IV, p. 284.

) Mém. de la Commission arch. de la Haute-Saône, t. I, p. 27. ) Nos 1222, 1223 et 1230 du Catalogue.

(5) Vie religieuse et militaire du Moyen Age, p. 240.

T. Ile

se [e]

liques où protestants, s'élèvent très énergiquement contre ces excès culinaires (1).

A la cour de France, le baptême, qui n’avait lieu que vers cinq heures du soir, était suivi d’un somptueux festin pour lequel on octroyait à de grands personnages les charges éphémères de pannetier, d’échanson, de valet tranchant, de servants et de chevaliers d'honneur.

A Venise, il n’est point d'usage de donner un repas de baptème; mais les parents, dans certaines classes, envoient quatre pains de sucre aux nombreux parrains de l'enfant (2).

En Bretagne, le repas se fait souvent au cabaret, aux frais du père. On y admet la sage-femme et le sacristain qui a carillonné les cloches. Jamais on n'oublie de faire la part des pauvres.

Dans le Var, au retour de l’église, une collation est servie dans la chambre de l’accouchée; on boit à la santé du père, de la mère, et on leur souhaite d’assister tous deux au mariage du nouveau-né; dix ou douze jours plus tard, après les relevailles, a lieu un grand repas où sont invités le parrain, la marraine et la sage-femme.

Les repas de baptème qui, dans l’origine, avaient beaucoup d’analogie avec les agapes, dégénérèrent comme elles; c’est pourquoi les Souverains Pontifes, les conciles, les synodes, les Rituels (3) se trouvèrent obligés de détourner les Chrétiens de ces banquets devenus trop profanes et parfois licencieux. Divers statuts (4) se contentent d'interdire aux curés d’y assister.

Dans quelques provinces, le cortège baptismal, en sortant de l’église, entrait au cabaret avec l’enfant, ce qui a été également défendu par diverses ordonnances ecclésiastiques (5).

En Grèce, aussitôt après le baptême, qui a lieu à domicile, on fait circuler sur des plateaux, pour la nombreuse assistance, des gâteaux, des confitures, des dragées, du vin et des liqueurs. Le soir, un grand festin réunit les membres de la famille et quelques amis.

En Syrie, quand, au bout de huit jours, l’enfant a été porté à l’église

(1) Von Maëstricht, De susceptoribus, p. 75; Rituels des duchés de Brunswick et de Magdebourg.

(2) Mercure de France, mars 1725, p. 461.

(3) Conciles de Cologne (1549), de Mayence (1540), de Reims (1583),de Toulouse(1590), de Malines (1607), etc.

(4) 3 concil. prov. de Malines; Statuts syn. de Chartres (1526), d'Angers (1703), etc.

(5) Stat. synod. d'Angers (1617), de Rouen (1618), de Chartres (1640), de SaintsOmer (1698), etc.

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