LIVRE XVI. — DES RELEVAILLES
en Pologne, en Belgique, et dans quelques diocèses du midi de Ja France, notamment dans ceux de Nîmes et de Fréjus.
Dans le rite romain, le prêtre revêtu du surplis et de l'étole blanche se rend à la porte de l'église et asperge d’eau bénite la femme agenouillée et tenant en main un cierge allumé. Après avoir récité le psaume XXIIT Domint est terra, suivi d’une antienne, il tend à la relevée l’extrémité gauche de son étole et l’introduit dans l’église en disant : « Entrez dans le temple de Dieu, adorez le Fils de la bien- « heureuse Vierge Marie qui vous a accordé la grâce de la fécondité. » Le Manuel de Gand de 1640 prescrit de prendre la relevée par la main.
Cette station à la porte de l’église est rarement observée en France, la Bretagne exceptée. On l’a conservée en Belgique. En Italie, presque toujours on se rend directement à la sacristie.
Une anecdote bien connue prouve que l’usage du cierge aux relevailles était pratiqué au xr° siècle. Philippe [* ayant fait demander, pour railler l’'embonpoint de Guillaume le Conquérant, s’il accoucherait bientôt, celui-ci lui fit répondre affirmativement, ajoutant qu’à ses relevailles il l’irait visiter avec dix mille lances en guise de cierges.
En quelques provinces, le cierge de la relevée est celui qui a servi au baptême de son enfant et qu’on a réservé pour cette circonstance.
Entrée dans l’église, la mère va s’agenouiller devant l'autel et tandis qu'elle rend grâce à Dieu, le prêtre, après le Kyrie, le Pater, quelques versets et répons, prononce l’oraison suivante : « Dieu éternel et tout-puissant qui, par l’enfantement de la bienheureuse Vierge Marie, avez changé en joie les douleurs des femmes fidèles qui enfantent, regardez favorablement votre servante venant joyeuse à votre temple saint, pour vous y rendre grâce, et accordez-lui cette faveur qu'après cette vie, par les mérites et l’intercession de Marie, elle goûte avec son enfant les joies de la béatitude éternelle. »
Cette oraison ne paraissant point devoir s'appliquer à une mère qui a perdu son enfant et qui surtout l’a vu mourir sans baptême, la Congrégation des Rites fut consultée sur le point de savoir si, en ce cas, on pouvait dire une autre oraison; elle répondit, en date du 12 septembre 1857, qu’on ne devait rien changer aux prières du Rituel. Dans quelques provinces, les mères qui ont perdu leur nouveau-né ne se font point relever.
La cérémonie se termine par l’apersion d'eau bénite que le prêtre fait, sur la relevée, en forme de croix, en disant : « Que la paix et Ia
bénédiction de Dieu tout-puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, descende sur vous et y demeure toujours. Amen. »
Quelques Rituels contiennent une exhortation spéciale à l’accouchée, exhortation que le prêtre peut remplacer par une instruction personnelle.
Dans beaucoup de diocèses, la cérémonie des relevailles est précédée ou suivie d'une messe que l’accouchée fait dire à son intention. Quelques Missels français contiennent une messe spéciale pour cette circonstance; mais la Congrégation des Rites a décidé que la messe votive doit être celle de Beata pro diversitale temporis (1). Les anciens statuts de l'Église de Tarentaise défendent de dire à cette occasion des 7esses sèches.
A l'offertoire, le prêtre fait baiser à la relevée, soit l'instrument de paix, soit la croix de son étole, et celle-ci dépose dans le bassinet une offrande volontaire. Divers synodes recommandent aux curés de ne rien exiger autre chose que le cierge.
Dans quelques diocèses, la relevée présente deux petits pains ou deux petits gâteaux à bénir, l’un pour le prêtre et l’autre pour elle. Autrefois, quand il bénissait un morceau de pain blanc (cet usage a persévéré en Bretagne), le prêtre en rompait une partie qu’il remettait à la relevée. Plusieurs conciles ont défendu de lui donner du pain bénit sous forme d’hostie (2). Dans les campagnes du Poitou, le pain bénit que l’accouchée remporte est distribué par elle aux jeunes filles de son voisinage, afin qu’elles trouvent bientôt à se marier.
En France, dans beaucoup de diocèses, la cérémonie se termine par la récitation de l'évangile Zn principio ou de celui de la fête de la Purification. Le prêtre met l'extrémité de son étole sur la tête de la relevée, ce qui remplace l’ancienne imposition des mains, conservée dans le diocèse de Marseille; puis il lui fait baiser la croix de l’étole. Dans quelques églises, on lui donnait à baiser la croix figurée sur le plat du Rituel, ou quelque sainte image ou même la patène, ce qui est interdit par le concile d'Aix (1585). Parfois la relevée va baiser l'autel, tandis qu'on chante le Nunc dimittis.
Beaucoup de théologiens (3), considérant les relevailles comme une annexe du mariage et du baptême, exigent que cette cérémonie ait
(1) 12 mars 1678, n. 2719; 22 déc. 1753, n. 4088.
(2) Ie Conc. prov. de Milan (1575) ; Ille Conc. d’Aix (1585).
(3) Pignatelli, t. V, Consult. Lxxvt; Gibert, Consult. canon., t. Il, p. 310; Mélanges théolog., Ve série, p. 379; de Herdt, Sacr. lit. prax., VI Pants nirl- L
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lieu à la paroisse de la mère et la considèrent comme un droit ‘essentiellement curial. Un certain nombre de conciles provinciaux, de synodes et de Rituels (1) se sont prononcés en ce sens. Quelques canonistes prétendent au contraire qu’on peut faire ses relevailles dans n'importe quelle église, appartint-elle même à des réguliers : 1° parce que le Rituel romain ne spécifie rien à ce sujet; 2° parce que les relevailles ne sont pas une cérémonie obligatoire; 3° parce que telle est la décision de la Congrégation du Concile (2). Les partisans de la première opinion répondent à ce dernier argument, en disant que les décisions invoquées se trouvent annulées par des décrets postérieurs (3).
Il y a également divergence sur la question de savoir si la bénédiction de l'accouchée peut se faire à domicile, en cas de maladie prolongée. Divers conciles l’interdisent (4) et plusieurs Rituels le permettent (5).
Un grand nombre de statuts synodaux et de Rituels (6) défendent d'admettre à la cérémonie des relevailles la mère d’un enfant notoirement illégitime, mesure prohibitive qu’a confirmée la sacrée Congrégation du Concile (7). Quelques ordonnances ecclésiastiques refusent la faveur de cette cérémonie à la mère qui, hors le cas de nécessité, a employé une sage-femme qui n’a pas été jugée apte à administrer le sacrement de baptème (8); à la mère qui, ayant fait ondoyer son enfant sans nécessité, ne lui a pas fait suppléer les cérémonies (9) ; à la mère qui n’a pas fait baptiser son enfant (10) ; à celle dont l'enfant est mort sans baptême (11). Cette dernière prohibition n’est pas approuvée par la Congrégation des Rites (12).
(r) Conc. de Malines (1607), de Namur (1639); Syn. de Cambrai (1586), de Troyes (1652), de Sens (1658); Rituels de Troyes (1660), de Bordeaux (1707), etc.
(2) 9 juin 1708; 3 déc. 1718; 7 déc. 1720.
(3) 31 mars 1759; 20 avr. 1788 (Thes. resolut. S. C. C., t. LVII, p. 42). (4) Concile de Milan (1575), d'Aix (1585).
(5) Anciens Rituels d'Orléans, de Reims, de Soissons, de Tarentaise, etc.
(6) Statuts d'Angers (xrie s.), du Chapitre d'Amiens (1464), de Malines (1574), de Beauvais (1853); la plupart des Rituels de Belgique et d'Allemagne. $
(7) 18 juin 1830.
(8) Stat. syn. de Coutances (1637).
(9) Rit. de Troyes (1660).
(10) Ordonn. d’Aug. Potier et de Nic, de Buzenval, év. de Beauvais. (11) Rituel de Belley, t. IT, n. 112. Le Rituel de Langres (p. 59), prescrit le cona (
ire, 12) 12 sept. 1857.
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Un grand nombre de Rituels recommandent aux curés de combattre certaines coutumes superstitieuses relatives aux relevailles; elles” étaient assez nombreuses et n'ont peut-être pas disparu partout. Ici, on croyait qu'une femme récemment accouchée n’a pas le droit, avant ses relevailles, de sortir de chez elle, de regarder le ciel, de faire du pain, d’entrer à l’église, de prendre de l’eau bénite; là, on ne voulait pas se faire relever le vendredi, ni à un jour réputé périlleux comme ceux de sainte Anne et de saint Jacques le Majeur. Ailleurs, on se gardait bien de se présenter pour cette cérémonie dans une église où se célébrait un mariage, et, chose singulière, cette vaine observance paraît autorisée par un synode d'Angers tenu En 1262 sous l’évêque Nicolas Gelant (1). Dans certaines contrées, la mère ne se serait pas crue bien relevée si elle n’avait embrassé trois fois l’autel et visité ensuite les autres autels dans un certain ordre. En sortant de l’église, selon qu’elle rencontre tout d’abord un garçon ou une fille, c'est qu’elle aura dans ses premières couches un garçon ou une fille (2). Une superstition bien plus étrange, condamnée par des Ritüels de France ct de Belgique (3), consistait, lorsque la mère était morte, à faire les cérémonies des relevailles sur son cercueil, ou, plus ordinairement, de relever à sa place, soit la sage-femme, soit une autre personne.
La cérémonie des relevailles est très pratiquée en Orient. Le droit gréco-romain, pour réagir contre l’exagération des idées populaires, se trouva même obligé d’ordonner à la mère d’allaiter son éñfant, alors que le temps de la purification n’est pas encore accompli. En Grèce, le quarantième jour après l'accouchement, quelquefois le vingtième ou le quinzième, la femme va prendre un bain; le lendemain elle se rend à son église paroissiale avec son enfant ‘et s’agenouille devant la porte. Le pope les signe tous les deux de la croix, récite les prières spéciales contenues dans le grand Eucologe, lui permet d’entrer dans le lieu saint, et récite le Nunc dimittis. Si l'enfant est baptisé, il le consacre à Dieu en le portant à l’autel; dans le cas contraire, il le fait
(1) « Prohibemus ne ea die qua benedictio nuptialis celebratur, mulieres admittantur ad purificationem, cum præposteratio videatur. » (Stat. Andeg., c. vit, p. 5.) Faudraitil entendre ce texte d’une femme, mère d’un enfant illégitime, qui, avant de se marier à l’église, voudrait se faire relever ?
(2) J.-B. Thiers, Zraité des superstitions, t, I, ch, xr1, — Piette, Essais hist. sur Ver- VINS, P. 124.
(3) Rituels d'Angers (1626), de Chartres (1640), de Meaux (1645), de Chàlons-sur- Marne (1649), de Malines (1649), de Bourges (1666), d'Amiens (1845), etc.