LIVRE XVII. == DU RENOUVELLEMENT DES VŒUX DE BAPTÊME
Pâques dans le Sacramentaire de saint Gélase; entre le quatorzième et le vingt-troisième jour d’avril, dans les calendriers des vint et 1x° siècles publiés par le P. Fronteau et Allatius; au dernier jour d'avril, dans le Lectionnaire de Côme ou de l’Anonyme regardé comme le compagnon de saint Jérôme et retouché par le prêtre Théotique.
Depuis le xvi° siècle jusqu’à nos jours, des efforts ont été tentés soit pour rétablir une fête générale anniversaire du baptême, soit pour engager les fidèles à en célébrer individuellement la commémoration. Saint Charles Borromée, au vi® concile provincial de Milan (1582), s'exprime en ces termes : « L'institution de cette solennité pouvant beaucoup aider, avec la grâce de Dieu, à cultiver la piété et à réformer les mœurs, nous avons un ardent désir d’en rétablir l’usage. C’est pourquoi les pasteurs et les confesseurs auront soin, selon les occurrences, d’exhorter les fidèles qui leur sont confiés, à célébrer, tous les ans, le jour auquel ils ont été baptisés; s'appliquant en ce jour, autant qu’il leur sera possible, à l’'aumône, à la prière et à toutes sortes d’exercices de piété et de charité. Ils les engageront à célébrer avec une joie spirituelle cet heureux jour où ils sont devenus chrétiens, et à se souvenir que l’arrêt de leur condamnation ayant été effacé par le sacrement de Baptème, ils sont devenus participants de l'héritage céleste, en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il est vrai que, selon le désir et l’avertissement de saint Jean Chrysostome, il faudrait que les fidèles se souvinssent souvent de cette incomparable grâce : mais ils doivent principalement s'exciter, en ce jour de l’anniversaire de leur baptême, à renouveler l'excellente promesse et la profession sainte qu'ils ont faite, par la bouche de ceux qui les ont présentés à ce sacremént. Considérez, dit le grand saint Ambroise, quelles interrogations on vous a faites ; souvenez-vous de vos réponses. Vous avez renoncé à Satan et à ses œuvres, au monde et à toutes ses convoitises : ne perdez jamais le souvenir de cette renonciation et de toutes les choses que vous avez si solennellement promises à Dieu. »
Le projet de Rituel romain de Grégoire XIII (1584) contient une messe pour la Pâque annotine qui devait se célébrer l’année qui suivait le baptême, au lundi de la Quasimodo ou le lundi de la Trinité. Quant à ceux qui auraient été régénérés un autre jour qu'aux vigiles de Pâques et de la Pentecôte, le Rituel leur recommande de célébrer cet anniversaire à sa date, par la messe du jour, avec addition de trois mémoires spéciales, ou, si la liturgie le permet, par une messe votive de la Trinité ou du Saint-Esprit.
Le second synode de Malines, en 1609, prescrivit aux curés d'engager les fidèles à célébrer l'anniversaire de leur baptême, non par des réjouissances profanes, mais par des actes de piété et de charité. Pour encourager ce pieux usage, Coriache, vicaire général de Malines, pendant le siège vacant, accorda quarante jours d’indulgence, non seulement aux fidèles qui pratiqueraient cette rénovation, mais aussi aux pasteurs, chaque fois qu’ils y exhorteraient leurs paroissiens (1).
Le Rituel de Paris de 1697 prescrit aux curés d'engager les parents à fêter l'anniversaire du baptème de leurs enfants par un redoublement de prières, d'’aumônes, de bonnes œuvres. Le Synode de Montréal en 1763, et M. de Broglie, évêque de Gand, en 1818, encouragèrent cette dévotion que divers écrivains s’efforcèrent de mettre en honneur (2).
À une époque où chacun se croyait en droit de composer des offices, soit pour une paroisse, soit pour un diocèse, et même pour l’Église tout entière, un anonyme s’imagina de composer un office en français pour l’anniversaire du baptême. Ce curieux et rare ouvrage, que n'a point connu Dom Guéranger et dont nous avons trouvé un exemplaire dans la bibliothèque du séminaire de Versailles, est intitulé : Projet d'office pour l'anniversaire du saint baptême avec vigile et octave, où l’on joint à l'anniversaire du baptême ceux de la confirmation et de la première communion, le tout tiré de l'Écriture sainte et de la Tradition. Paris, chez Charles Osmont, 1737, in-12 de xxxxij-464 pages. L'auteur a pour but de faire revivre l’ancienne Päque annotine et lui donne même une ampleur inconnue dans les premiers siècles de l’Église. On trouve dans son œuvre des offices complets et tout à fait différents pour la vigile de la fête, pour le jour anniversaire, pour les cinq jours de l’octave, pour le dimanche dans l’octave et enfin pour l’octave. Le thème de la vigile est la naissance temporelle et ses suites funestes, ce qui donne à cet office préliminaire un caractère de deuil. Les premières vêpres de la fête déroulent les prophéties du mystère, dont la réalisation apparaît dans l'office de la nuit. Les laudes et les heures éclatent en actions de grâces; les vêpres montrent dans tout leur éclat l’accomplissement des prophéties. Les cinq jours pendant l’octave sont consacrés aux figures du baptême. Le dimanche dans
-(1) De Ram, Nov. collect. synod. Mechlin., t. IL, pp. 219 et 347.
(2) Du renouvellement des vœux de baptéme et de religion, Paris, 1676, in-12; Exercices de piété pour le renouvellement annuel des trois consécrations du baptême, de la profession religieuse et du sacerdoce, Paris, 1723, in-18; Du renouvellement des vœux de baptéme prouvé par l’Écriture et les saints Pères, Paris, 1736, in-18.