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LIVRE XVIII. — ICONOGRAPHIE DU BAPTÊME 5yS

déluge et l’image de l’âme du chrétien, qui, régénérée dans les eaux du baptême, est entrée dans l’arche du salut. Ce qui confirme le symbolisme de cette représentation, surtout dans les sculptures des pierres funéraires, c’est que, à la place du personnage historique de Noé, on voit parfois, dans l'arche, l'humanité en général représentée par un enfant, un jeune homme ou une femme (1 1), ou bien encore le fidèle db arriver à la paix éternelle, grâce à la sauvegarde de l’arche mystique, c’est-à-dire de l’Église qui l’a baptisé.

AVEUGLE-NÉ. — Le baptême étant la guérison de l’aveuglement spirituel, l’aveugle-né de l'Évangile était un type bien reconnaissable du baptêème, d'Aitant plus que Jésus-Christ l’envoya se baigner dans la piscine de Siloé, que les Pères proclament l’image du bain mystique de la régénération. Ordinairement l’aveugle-né, de petite stature, porte un bâton pour se conduire; le Sauveur lui pose un doigt sur un œil. Dans les plus anciennes représentations, comme sur un sarcophage de Sainte- Marie-Majeure (iv° s.), aujourd’hui au palais de Latran, la main du Sauveur couvre la figure de l’aveugle qui a la taille d'un enfant. A partir du vu siècle, on voit souvent les deux parties du miracle indiquées dans le même tableau, c'est-à-dire Notre-Seigneur touchant les yeux de l’aveugle, et le miraculé se préparant à se baïgner dans la piscine, qui a parfois la forme d’une cuve carrée ou crucifère.

Bai DE L'Enranr Jésus. — D'après divers Évangiles apocryphes, une ou deux sages-femmes assistent à la nativité de Notre-Seigneur pour constater l’enfantement virginal de Marie. L'art chrétien semble avoir adopté cette fausse tradition dès le vrn° siècle, en.confiant à ces sagesfemmes le soin de laver le nouveau-né dans une cuve qui a souvent la forme de fonts baptismaux. Dans cette assimilation de l'Enfant divin avec le commun des hommes, ne faut-il voir qu’un envahissement du naturalisme ? C’est assez probable pour ce qui concerne les siècles les moins éloignés de nous : mais, à l’origine, le bain de l'Enfant Jésus a pu être une image du baptême par lequel le Sauveur nous communique les grâces de son divin avènement, et l’on a pu aimer à supposer que Jésus-Christ, dès sa naissance, avait sanctifié les eaux qui devaient un jour nous sanctifier nous-mêmes. C'est l'avis de M. le comte de Grimouard de Saint-Laurent qui s’exprime en ces termes : « Il nous

(1) Bosio, Roma sotter., t. II, 42, 327, 334.

sera impossible de ne pas voir là une allusion à l'efficacité du baptême, en tant qu’elle provenait du Sauveur, dans les représentations de sa nativité, où il est lavé, avec une persistance incroyable, pendant tout le moyen âge, nonobstant des raisons décisives contre l'inconvenance de la tradition à laquelle se rapporte une semblable particularité. On remarquera, d'ailleurs, que la cuve où cette cérémonie s'accomplit est singulièrement analogue de forme avec les fonts baptismaux montés sur un pied et où le Néophyte est plongé, qui figurent dans presque tous les monuments des mêmes époques quand on veut représenter un baptème : à tel point que, dans les Annales archéologiques, comme illustration d’un des articles de M. l’abbé Sagette sur l’iconographie de ce sacrement, on s’est cru fondé, sans parti pris, à faire figurer un de ces exemples de l'Enfant Jésus lavé aussitôt après sa

naissance (1). »

BoureizLe D'EAU. — Un chapiteau de l’ancienne église abbatiale de Cunaud représente un navigateur assis dans une barque que semble retenir un personnage debout, tenant sous son bras une bouteille allongée et signalant, de la main gauche, au nautonier une sirène qui vient, en nageant, lui présenter deux poissons. Le navigateur tend la main pour accepter ce présent. Le P, A. Martin a vu là un épisode d'un poème finlandais, /a Calewaba (2). M. l'abbé Auber a donné de cette scène une bien meilleure interprétation ; « Les matelots, dit-il (3), par cela même qu'ils flottent sur une surface mobile au gré des vagues et des tempêtes, sont, dit S. Eucher, le symbole des pensées déraisonnables qui agitent l’homme ; notre navigateur est donc un de ceux qui se laissent attirer par les pensées déréglées de la volupté, sirène perfide qui prétend le séduire par les deux poissons qu’elle lui - offre; car le poisson, qui est un mets délicat, symbolise les délices matérielles, l’un des plus grands périls de la vie présente, de notre navigation sur la mer de ce monde. Observons comme l’imprudent déjà embarqué reçoit avidement ce moyen de séduction, et comme celui qui s'efforce de retenir le navire, peut-être pour s'embarquer avec lui, a su du moins se munir de la mystérieuse bouteille qui l’aidera à déjouer l'ennemi ; car ce vase qu'on n’a pas assez remarqué cet dont le rôle est pourtant d’une si haute valeur est: « la foi du baptême », des baptismi,

(1) Guide de l’Art chrétien, t. IL, p. 407.

(2) Bulletin mon., XIX, p. 553.

(3) {bid., XXXVIIL, p. 62.

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