LIVRE XVIII. — ICONOGRAPHIE DU BAPTÈME S
d’après un moine anonyme de Clairvaux qui fut, au xiv° siècle, un des commentateurs de S. Méliton. Donc notre chapiteau avertit le chrétien de se garer, dans sa traversée du temps à l'éternité, contre les entratnements de la luxure, et il le rappelle au souvenir de son baptème comme au plus efficace moyen de résistance et de salut. »
CErr. — Emblème du Catéchumène qui désire ardemment se baïigner dans les eaux de la régénération, il a surtout cette signification : quand il se désaltère aux eaux du Jourdain, comme dans la fresque baptismale du cimetière de Pontien; quand il s’approche avidement d’un vase d’eau, comme sur un sarcophage de Ravenne (1); quandil s’abreuve aux quatre fleuves du Paradis terrestre, comme dans les mosaiques de Sainte-Praxède et de Saint-Clément, à Rome.
DaupxiN. — Le dauphin qu’on voit sur les sarcophages des premiers siècles et qu’on retrouve au moyen âge sur les cuves baptismales, rappelle que le chrétien a pris naissance dans les eaux du baptême. Quand il porte un enfant sur son dos, l'enfant est le baptisé, le poisson est le Christ.
Érorres. — Les sept étoiles qui brillent parfois sur la tête du Bon Pasteur, les sept branches du candélabre sacré et d’autres symboles analogues ont pu rappeler aux yeux des initiés le nombre des sacrements, aussi bien que celui des dons du Saint-Esprit.
FLeuves. — Dans les peintures des catacombes, toutes les images où apparaissent des eaux se rapportent plus ou moins directement au baptême. Sur des fonds de verre et des sarcophages, on voit Notre- Seigneur donnant à saint Pierre un livre déroulé, et lui conférant par là l'autorité suprême de l’enseignement. De la colline où le Sauveur se tient debout, découlent sept fleuves qui symbolisent les sept sacrements de la nouvelle Loi, bases de la vie chrétienne. On voit encore plus souvent le Christ ou l’Agneau divin, debout sur un monticule d’où s'échappent quatre fleuves. C’est la représentation du Paradis qui nous a été gagné par Jésus-Christ. Les quatre fleuves figurent en un sens général les quatre évangélistes et toutes les grâces qui nous sont appliquées par l’Église, spécialement l’ablution du baptême. On ne connaît aucun exemple de ce groupe symbolique qui soit antérieur au ve siècle. Dans un Pontifical latin de la bibliothèque de la Minerve,
(1) Ciampini, Vet. monim., Il, tav. 3.
les quatre fleuves du Paradis sont figurés par quatre têtes vomissant des flots, à côté d'une scène représentant la bénédiction de l’eau baptismale (1).
Les archéologues sont loin d’être d'accord sur la signification des sujets représentés sur le tombeau de Vincentius et de Vibia, au cimetière de Saint-Prétextat. Tandis que le P.
Garucci n’y voit que des sujets paiens, M. Lenormant père y reconnaît une représentation gnostique de l’Eucharistie et du baptême. Ce dernier sacrement aurait été figuré par une source dont le dessin a disparu, mais qu’on peut restituer en raison des détails qui indiquent la fraîcheur d’un terrain bien arrosé (2).
JourDAINX. — Quand un seul fleuve découle de la montagne où se trouve le Sauveur, c’est le Jourdain, c’est-à-dire l’eau sacramentelle. Ce fleuve historique est souvent représenté, surtout en Orient, par un personnage nu, assis SUr un rocher, appuyé sur une urne et portant une branche feuillée ; ses cornes ont parfois la forme de pattes de crabes. Le nom du fleuve a été décomposé en deux parties Jor et Danus, dont on a fait deux sources, figurées par deux petits êtres humains, versant leur urne
Les sources du Jourdain, :
D'après un manuscrit de la Bibliothèque nationale. dans le Jourdain (3). Dans une
(n) D'Agincourt, Perntk, pl'exxix, nu (2) Cahier et Martin, Mél. d’arch., t. IV, pp. 131 et 142.
(3) En réalité, le Jourdain a trois sources dans lAnti-Liban : le Dan, le Banias et le Nahr-Hasbani,
mosaique de Saint-Côme et Saint-Damien (vr° siècle), une large bande azurée porte le nom de Jordanes, au-dessus de douze brebis, représentant les douze tribus d'Israël, image du peuple fidèle qui doit s’abreuver à la source mystérieuse des eaux régénératrices. La réception du sacrement est partout indiquée par des figures de baigneurs, de très petites proportions, comme dans une miniature grecque de la Bibliothèque vaticane (1) et dans les fresques de Saint-Jean-de-Latran et de Sainte-Marie-Majeure.
Licorne. — Elle se désaltère aux eaux du Jourdain, dans une peinture des catacombes représentant le baptême du Sauveur. On lui donnait donc la même signification qu’au cerf, image de l'âme altérée de la parole divine et de l’eau régénératrice.
MoïisE FRAPPANT LE ROCHER, — Rien de plus fréquent dans les catacombes que Moïse faisant jaillir l’eau du rocher qu’il frappe avec sa baguette. Le fait biblique est assez important pour qu’il ait été uniquement représenté dans son sens direct; mais souvent aussi Moïse figure Jésus-Christ, saint Pierre ou le prêtre chrétien régénérant les âmes par l’eau du baptême. Parfois la résurrection de Lazare se trouve en regard du frappement du rocher. Ce rapprochement n’exprime-t-il pas les deux termes extrêmes de la vie du chrétien, la naissance nouvelle qu'il a puisée dans l’eau régénératrice et la vie éternelle dont cette régénération est le gage ? Le symbolisme devient encore plus palpable lorsque Moïse a les traits de saint Pierre et que le nom de Petrus est à côté de son image, ou bien encore lorsque cette scène se trouve en regard de la chute du premier homme, comme dans un arcosolium du cimetière des saints Marcellin et Pierre.
Moïse-Pierre frappant le rocher, — (Fond de verre.)
(1) D'Agincourt, Peinture, pl. xx1v,
b20 HISTOIRE DU SACREMENT DE BAPTÈME
PASSAGE DE LA MER Rouce. — Les Hébreux passant sans danger la mer Rouge, tandis que les Égyptiens y sont ensevelis, sont, nous disent les Pères, une représentation symbolique du baptême qui affranchit les chrétiens de l’esclavage du démon, et devient le salut du fidèle. Cette scène allégorique est reproduite dans un grandnombre de mosaïques et de sarcophages. La mer Rouge, dans les manuscrits grecs, est figurée elle-même par une espèce d'Hercule qui saisit Pharaon et le noie.
Sur la magnifique cuve baptismale d'Hildesheim, on lit ces deux vers autour du bas-relief qui représente le passage de la mer Rouge.
Per. mare. per. Moysen. fvgit. egiptum. genus. horum. Per. christum., lavachro. fugimvs. tenebras. vitiorvm.
MULTIPLICATION DES PAINS. — Lorsque ce miracle se trouve rapproché d’une scène baptismale, comme au cimetière de Pontien, il est probable, d'après Buonaruotti, qu’il représente la multiplication des enfants de Dieu par le baptême.
OISEAUX PALMIPÈDES.— | Cesontdesemblèmesdu baptême, parce qu'ils vivent souvent dans l’eau. Ce type de l’art primitif persévère dans le cours du moyen âge.
On en trouve aux chapiteaux de la cathédrale de Poitiers : « Ils se jouent, dit le chanoine Auber (1), dans les replis de larges plantes W | aquatiques et trouvent leur bonheur dans cette vie solitaire, comme le chrétien dans la vie cachée de son baptême. »
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= À — Il est figuré, dans de nombreux monuments,
(1) Hist. de la cath, de Poitiers, t. 1, p. 308.