LIVRE XVIII. — ICONOGRAPHIE DU BAPTÈME
est représenté d’un âge mûr, avec une barbe médiocrement fournie. Il est vêtu tantôt d'une longue robe, tantôt d’une peau de brute affectant la forme d’une tunique très courte. Sa tête et ses pieds sont nus; il porte en guise de bâton un roseau recourbé qui fait sans doute allusion à ces paroles du Christ: Qu'étes-vous allés voir dans le désert ? Un roseau agité par le vent. Cette circonstance apparaît pour la première fois dans un diptyque milanais du v° siècle; à la fin du moyen âge, cette crosse de roseau se change en croix.
Jésus-Christ, entièrement nu, est debout (1), plongé jusqu’aux genoux ou jusqu'aux aines dans le Jourdain, ou plutôt dans un fleuve conventionnel dont les eaux sont élevées horizontalement entre des bords de fantaisie. Vers le xi° siècle, les artistes qui ont voulu figurer une immersion réelle, sans faire disparaître dans l’eau le corps du Sauveur, ont amoncelé les eaux contre lui, plus ou moins haut, en forme de monticule ondulé, de facon à voiler sa nudité; quelquefois les eaux sont métamorphosées en espèces de langes qui entourent toute la partie inférieure du corps. Tantôt le Précurseur pose la main sur la tête de Jésus, tantôt il l’arrose d’eau, soit avec la main, soit avec une coquille marine. Divers critiques ont reproché aux artistes modernes d’avoir représenté cette infusion qui, selon eux, est un anachronisme; les nombreux exemples fournis par le moyen âge justifient suffisamment ce mode iconographique, et d’ailleurs 1l n’est nullement démontré que saint Jean ne complétât pas l'immersion par l’infusion, ainsi que cela se fit plus tard dans les baptistères.
Dans une peinture du cimetière de Saint-Calliste, le Précurseur se contente de tendre la main à Jésus pour l'aider à sortir du fleuve; mais, comme le remarque M. le comte de Saint-Laurent, à qui nous emprunterons plus d’une observation, c’est plutôt là une indication du baptême que sa représentation réelle.
Parfois l’eau, au lieu d’être versée par saint Jean, descend du ciel, ou découle du bec de la colombe divine.
Dès le vi° siècle, les trois personnes de la sainte Trinité figurent dans le baptême. Le Père éternel y paraît pour traduire aux yeux ces paroles de l'Évangile : Celui-ci est mon fils bien-aïmé. Il est représenté, tantôt par une main divine, souvent rayonnante et nimbée, qui sort du ciel, tantôt par une gloire lumineuse, tantôt par un vieillard dessiné
(1) Dans les temps modernes, on a eu parfois l’inconvenance de représenter Jésus à genoux : c'est ce qu’on voit sur des fonts du xvie siècle au Val-Saint-Eloi (Haute-Saône).
à mi-corps, qui, en Orient, est habillé en empereur romain, couronne en tête et sceptre en main.
Si l'artiste avait voulu s’astreindre à la réalité historique, il n'aurait pas pu représenter l'immersion de Jésus-Christ en même temps que la manifestation postérieure du Père et de l’Esprit-Saint; mais, par une licence qu’on peut accorder à l’art, l'usage a prévalu de comprendre ces faits successifs dans une composition simultanée. Aussi voit-on toujours, planant sur l’immersion, la colombe aux ailes étendues, la tête en bas, et souvent entourée d’une auréole lumineuse.
Il ne faut point s'étonner que la colombe du baptême porte un rameau d’olivier dans son bec, comme celle du déluge; c’est le symbole de la paix apportée à l'âme régénérée. Un texte de Tertullien ne laisse aucun doute sur ce point : « Après que le monde eut été lavé de ses iniquités par les eaux du déluge, après ce baptème du vieux monde, si l’on peut ainsi parler, une colombe envoyée de l’arche, et y revenant avec un rameau d’olivier, fut le hérault qui fit connaître à la terre la paix recouvrée et la fin de la colère céleste; ainsi, par une semblable disposition, mais en un sens spirituel, la colombe du Saint-Esprit, envoyée du ciel, vole vers la terre, c’est-à-dire vers notre chair mortelle, purifiée par le bain de la régénération, et lui apporte la paix de l'Église. »
Dans un bon nombre de monuments iconographiques, c’est la colombe elle-même qui, de son bec, laisse échapper l’eau qui tombe sur la tête de Notre-Seigneur ou du Catéchumène. Il en est ainsi sur la célèbre cuiller d’'Aquilée (1), sur le tombeau de Junius Bassus (2), sur une mosaique de Sainte-Marie 27 Cosmedin à Ravenne (3) et sur un bas-relief de Monza (4). — Dans d’autres monuments, l’eau ne découle pas du bec de la colombe ou d’un vase qu'elle tient suspendu, mais elle descend du Ciel. Vettori (5) voit là une figure symbolique exprimant que l’eau tire du Saint-Esprit ou du Ciel sa vertu régénératrice. Sans rejeter complètement cette interprétation, M. de Rossi (6) pense qu’on peut y voir la représentation d’un rite réel. Dans certains baptistères, comme nous l’apprend Ennodius, l’eau d’infusion qui
Cortenovis, Sopra una iscrizione greca d'Aquileja, p. 47. Bosio, Roma sott., p. 45.
Ciampini, Vef. mon., t. IL, tab. xxin.
ozzoni, T'av. cronol., sec. vir, p. 8r.
Nummus æreus votivus vet. Christ., p. 50.
Bullet. di arch., 1876, p. r1.