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LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÈME

diverses façons. D’après le cardinal Pitra (1), un prêtre semble parler à ceux qu'on va baptiser; dans la seconde partie, le poète ou peut-être le même prêtre, manifeste sa piété envers le Sauveur et envers ses parents défunts. Les premiers vers expriment trois rites du baptême : la tradition de la foi par le symbole, la grâce conférée par le sacrement, lEucharistie administrée après le baptême. M. Lenormant (2) croit que « celui qui a composé l'inscription tumulaire d'Aschandeus a cité, en tête de cette épitaphe, comme profession de foi contre les païens et les gnostiques, un petit poème dogmatique renfermant l'expression des vérités les plus augustes du Christianisme et composé par un auteur plus habile, soit contemporain, soit plutôt antérieur. »

Le sentiment de M. Rossignol (3) estque « ce poème est une épitaphe consacrée à un seul mort, et ce mort est Pectorius. Le poète, quel qu’il soit, fait parler le défunt, comme il arrive si souvent. Pectorius est un ieune homme qui appartient à une famille chrétienne, chrétien luimême, plein de foi et de piété. Du fond de sa tombe, il proclame d’abord l’efficacité merveilleuse des deux plus grands mystères de la religion chrétienne, le Baptême et l’Eucharistie, et il y convie instamment ses frères en Jésus-Christ. Pectorius, après cet hommage et cette invitation fraternelle, implore pour lui-même, et par les mérites des deux grands mystères du Baptème qu’il a reçu, de l'Eucharistie dont il s’est Honri la grâce et la miséricorde du Christ. pre s'adressant à un père et à une mère tendrement aimés, ainsi qu’à tous ses proches, il les conjure de se souvenir de lui. »

Le P. Garucci, donne une interprétation toute différente : « Je conclus, dit-il (4), que l'inscription d’Autun a trois parties : dans la première, on exhorte les fidèles à mener une vie pure et à s’aider pour cela de la lecture des Livres saints, de l'assistance aux prédications, afin que leur foi demeure toujours vive et leur cœur contrit : enfin on les presse de s'approcher du banquet sacré, afin d’y recevoir l’aliment de vie qui nous a été laissé par Jésus-Christ. Dans la seconde, Pectorius prend la parole et prononce des actes fort tendres dans le désir de recevoir Jésus-Christ entre ses mains; il prie la mère du Sauveur de Jui obtenir la grâce de le recevoir dignement. Enfin la troisième partie

contient ses dernières paroles à son père Ascandius, à sa mère et à

) Spicil. Solesm., I, 554.

) Mémoire, etc., dans les Mélanges d'arch. des PP. Cahier et Martin, t. IV, p. 127. 3) Explication et restitution de l'inscription chrétienne d’Autun, p. 38.

4) Nouvel examen de l'inscription grecque d'Autun, p. 47.

15e HISTOIRE DU SACREMENT DE BAPTÈME

ses frères : il les prie de se souvenir toujours de son âme au moment de la messe. »

Selon M. Davin (1), qui réfute l'interprétation très hasardée du P. Garucci, l'inscription n’est point l’épitaphe, mais l’œuvre de Pectorius. « La première partie est relative au baptistère de l’église ; la seconde au mausolée de la famille qui avait consacré son monument funéraire à la naissance et à la vivification spirituelle des fidèles. Nous sommes ici chez un bienfaiteur insigne, chez un chrétien également considérable et pieux, Aschandée, qui a été pour l'Eglise d’Autun ce que le sénateur Pudens a été pour l'Église romaine. Nous sommes en présence de sa noble famille. Le fils d'Aschandée qui a parlé d'abord d’une manière générale, résumant en vers l’enseignement et les exhortations qu’il a entendus de la bouche de l’évêque, et inscrivant des vers, déjà connus peut-être, qui les résument, auxquels il va adapter si parfaitement les siens, qu'il n'y a pas deux styles, supposé qu'il y ait deux auteurs. Pectorius entre en scène, à côté de la piscine sacrée et de l’autel, en face du tombeau de ses parents... L’'inscription d’Autun est un vrai symbole de foi, mais bien autrement développé que celui des apôtres. On y trouve le. nom de Jésus ; ses titres de fils de Dieu, de Christ, de Sauveur ; son baptême, car il apparaît comme Poisson; et, dans ce baptème, l’image de sa mort, de sa sépulture et de sa résurrection, car c’est au sortir du baptême qu'il a reçu la plénitude de l’Esprit-Saint et l’onction qui l’a fait Christ, au sein de la lumière descendant des cieux ouverts sur sa tête. Les Chrétiens y sont appelés la race divine du Christ participant à son baptême, où ils reçoivent, mortels, la ie immortelle. On y voit les saintes Écritures, les enseignements des docteurs de l'Église, les leçons et les inspirations de l’Ésprit-Saint dans les âmes sous la figure des eaux qui coulent toujours de la sagesse donnant la richesse ; puis l’Eucharistie, le mode antique de sa réception, sa réception sous la seule espèce du pain, la ferveur du vrai fidèle qui la tient à la main, qui la porte à ses lèvres. Suit la prière des vivants pour les morts et la demande aux morts de prier pour les vivants, une fois arrivés au repos. Ce repos, caractérisé par la lumière, indique suffisamment la vision béatifique. Quelle catéchèse encyclopédique que ce petit poème d’Autun, gravé sur le marbre, exposé comme les Tables de la Loi aux murs du

(1) L'Jnscription d'Autun, série d'articles publiés dans le Monde, n° des 14, 15 et 28 mai, des 20, 28 et 30 juin 1873.

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