LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÈME Gt
dans l'axe de l'édifice. Les murs, en petit appareil bien caractérisé, étaient parementés avec soin sur chaque face jusqu’au niveau du dallage ancien. Ce dallage est formé d’un béton très résistant de 10 c. d'épaisseur... La piscine baptismale était en place, dans la partie septentrionale du vestibule, enfoncée en terre au-dessous du dallage dans lequel elle affieurait pour qu’on y püt descendre de plain pied ; elle était encore environnée d’une chape de glaise blanche de 15 à 20 c. d'épaisseur, destinée à en assurer la stabilité, et dont l'intégrité attestait que le vase n'avait pas été changé de place depuis la pose primitive. Cette piscine est un grand vase en terre cuite de forme semi-ovoïde, terminé inférieurement par un fond plat assez large pour recevoir les pieds du Catéchumène. En place, ce fond était à r mètre 35 cent. au-dessous du dallage, ce qui détermine la hauteur de la piscine. La terre dont se compose cette poterie est une argile rougeâtre d’un grain assez fin, semée de gros grains de sable quartzeux, destinés à lier la pâte. Au pied du vase existe un rebord circulaire saillant. Le bord supérieur se terminait par un quart de rond, appuyé sans doute sur le dallage. Ajoutons que la piscine était comblée de fragments de dallage mosaique et de tuiles à rebord... »
Don. — Grégoire de Tours (1) nous raconte que saint Grégoire, évêque de Langres, dans un long séjour qu'il fit à Dijon, habitait une maison voisine du baptistère. La nuit, sans que personne s’en aperçüût, il se levait et se rendait au baptistère dont la porte s'ouvrait d’ellemême, et dans ce sanctuaire, enrichi de nombreuses reliques, il chantait pendant trois heures les louanges du Seigneur.
Emprun (Hautes-Alpes). — L'auteur anonyme du vi* siècle qui nous a laissé les Actes de saint Marcellin, premier évêque d’'Embrun, au iv° siècle, nous raconte ainsi le miracle annuel du baptistère d'Embrun, dont saint Grégoire de Tours (2) dit aussi quelques mots : « A la vaste église bâtie par saint Marcellin, on ajouta un baptistère, travail peu important, il est vrai, mais recommandable avant tout par un miracle divin. Là, par les prières du Saint, ou plutôt, pour parler selon la vérité, par la bonté du Seigneur qui se plaît à accorder tout ce qu'une foi sincère lui demande, coule une fontaine abondante et inta-
(1) Wilæ Patr., c. vit; Hist. Franc., 1. Il, c. xxxt. (2) De glor, confess., c. LxIx.
rissable, et, par la volonté du Seigneur, elle coulera à jamais. L'éclat de l'argent ne brille pas aussi pur que la limpidité de ces eaux. Lorsque, pendant la nuit sacrée de la résurrection du Seigneur, le moment de se réunir est venu, l’eau, par une faveur divine, jaillit assez pour remplir le bassin destiné à la recevoir ; pendant les sept jours très saints de la Pâque, elle se conserve dans la même plénitude; puis, le huitième, on la voit diminuer peu à peu, sans cependant disparaître entièrement, mais assez pour montrer, l'année suivante, par sa recrudescence, un miracle nouveau. Un homme en proie à quelque infirmité vient-il s’'abreuver avec foi à cette source sacrée, il obtient aussitôt la guérison de tous ses maux; et ce n’est point là seulement un événement des âges passés, c’est un fait qui se reproduit de nos
jours. »
Excixs (Isère). — Son antique baptistère fut démoli au xr° siècle pour devenir le chœur d'une église dédiée à saint Jean-Baptiste. On y a conservé une cuve baptismale en pierre calcaire, taillée au marteau, qui paraît être une cuve du vin‘ siècle, destinée au baptême vertical des enfants (1).
FoNTAINEBLEAU. — On donne vulgairement le nom de Baptistère à la porte Dauphine, construite en 1601, par Henri IV, à l'entrée de la cour ovale du château. C’est dans la partie supérieure, couronnée d’un dôme capricieux et accessible aux regards, que fut baptisé Louis XIII à l’âge de cinq ans. Comme le premier ordre toscan à bossage appartient au xvi° siècle, on doit supposer que c’est là une sorte de placage provenant d’un édifice plus ancien. On remarque sur ce monument les lettres initiales des noms de Henri et de Marie de Médicis et des dauphins entrelacés dans les chapiteaux des pilastres. Ce dôme, d’un aspect étrange, a été restauré en 1862.
Frésus. — Le baptistère octogone de Fréjus (vi® ou vi siècle) a conservé son ancienne destination. Il s’ouvre à l'Orient, sous le porche de la cathédrale de Saint-Étienne, et n’est éclairé que par une seule fenêtre. Le dôme, composé d’une série d’arcs en plein cintre reposant sur une corniche en saillie, est soutenu par huit colonnes antiques en granit, avec chapiteaux en marbre blanc; leurs bases se trouvent en
(1) Rev. de l'Art chrét., t, IX, p, 578.