LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÈME
NanTEs. — En 1868, alors qu’on remaniait le sol où avait été assise la cathédrale primitive, on découvrit dans la cour de l’évêché les ruines de l’ancien baptistère. M. l’abbé Cahour, dans une notice publiée par la Société archéologique de Nantes (1), décrit ainsi les restes de ce précieux monument : « Le mur aperçu dans la tranchée était la paroi extérieure d’une plate-forme circulaire de 3 mètres 60 de diamètre. Au milieu, s’ouvrait une cuve octogonale dans laquelle on descendait par trois marches en briques superposées, de 20 à 21 centimètres d’élévation chacune. Ces marches régnaient dans tout le pourtour intérieur de la cuve, bien que plusieurs fussent endommagées, et elles prenaient la forme de l’octogone, dont tous les côtés n'étaient pas non plus parfaitement égaux. Une couche épaisse de béton, formé de briques pulvérisées, et dans lequel entraient d’autres fragments de briques, pavait le fond de la cuve et servait de lit à plusieurs dalles brisées. Trois autres pierres semblables adhéraient encore aux marches et témoignaient qu’elles leur avaient servi de revêtement. Au centre de ce pavé, en contre-bas du dallage, s’offrait une cavité carrée de 40 centimècres de côté sur 9 centimètres de profondeur. Elle était traversée par une rigole de 8 centimètres de profondeur et de 10 centimètres de largeur. Les fouilles ultérieures apprirent qu’à ce canal aboutissaient deux tuyaux en plomb dont l’un, venant du nord, était destiné à amener l’eau dans la vasque, et l’autre, se dirigeant vers le sud, servait à l’'évacuer par un trou perforé dans l’une des dalles. » Diverses considérations historiques déterminent M. l'abbé Cahour à faire remonter ce baptistère au rv° siècle.
Paris. — Les Actes de saint Denis racontent que cet apôtre s’adressa à Lisbius, personnage considérable de Lutèce, qu'il avait converti, pour acheter un champ où il construirait un baptistère. Lisbius lui offrit gratuitement ce terrain, mais le saint évêque tint à en solder le prix. Il est difficile de déterminer l'emplacement de ce baptistère. Les anciens historiens de Paris attribuent à saint Denis trois fondations d’'églises : Saint-Étienne-des-Grés, Notre-Dame-des- Champs et Saint-Benoît. D’après Du Saussay (2), saint Denis aurait établi son baptistère près de ce dernier oratoire où on lisait jadis cette inscription : {n hoc sacello S. Dionysius cœpit invocare nomen
(1) Découverte du baptistère primitif de la cathédrale de Nantes. (2) De myst. gall. script., p. 170.
sanctissimæ Trinitatis, ce qui voudrait dire qu’il baptisait là au nom de la Trinité.
Les tuyaux de plomb découverts dans la crypte de Montmartre semblent y attester l'existence d’un antique baptistère.
L'église Saint-Jean-le-Rond, démolie en 1748, était située au flanc nord de la cathédrale et lui servait de baptistère, comme celle de saint Jean-en-Grève, pour l’église des Saints-Gervais-et-Protais.
Les eaux de la Seine alimentaient le bassin de Saint-Germain-le- Rond qui fut le baptistère de la banlieue de Paris, avant de devenir l’église paroissiale de Saint-Germain-l’Auxerrois.
Quelques architectes modernes ont renouvelé l’usage du baptistère sous le vestibule, en dehors des portes de l’église : tel est celui de Saint- Sulpice. Puisque nous parlons de monuments modernes, notons le bassin baptismal, imitation prétendue des anciens baptistères, qui se trouve dans léglise des Baptistes, rue de Lille, 48.
Porriers. — L'ancienne église Saint-Jean, qui sert aujourd’hui de musée à la Société des Antiquaires de l'Ouest, fut l’unique baptistère de Poitiers jusqu’au xv° siècle. Au xvn°, le samedi saint, l’évêque perpétuait encore l’antique tradition, en y baptisant solennellement deux garçons et une fille. On ne comprend guère que M. P. Mérimée, en 1836, en soit revenu à la vieille hypothèse de tombeau romain, soutenue en 1750 par Dreux-Duradier. Les derniers travaux de restauration exécutés par M. Joly-Leterme, archi-
tecte des monuments historiques, ne peuvent laisser
Baptistère de St-Jean AUCUN doute sur l’ancienne destination de cet édifice. à Poitiers. On a retrouvé les conduits qui amenaient l’eau des hauteurs de la ville. Ils sont construits en briques et à sections rectangulaires. Le conduit servant à la vidange des eaux était construit en tuyaux de grossière poterie avec bain de mortier. Son orifice dans la piscine était un peu plus élevé que celui du conduit d'entrée, en sorte que le bassin restait toujours immergé. La piscine octogone a 1 mètre 80 centimètres de diamètre; sa maçonnerie se compose d’une margelle profonde de 40 centimètres. La construction forme un parallélogramme allongé, percé d’une ouverture circulaire sur chaque face. L'opinion la plus vraisemblable est que ce baptistère fut construit du v° au vui° siècle. Le porche ou pronaos du sud-ouest est une addition du xr° ou du x siècle. Deux fenêtres cintrées sont percées dans la